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Devoir de mémoire

22 avril 2007, 00:00

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Son père marin de Trinidad lui a donné envie de filmer la traversée des mers des peuples jadis asservis aux causes des dominateurs. Après Des Iles aux Indes, Khal Torabully vient de terminer Les Indiens de la Guadeloupe, une ?uvre vibrante témoin de l?engagisme indien en Guadeloupe. Faisant à chaque fois cause commune avec l??uvre citoyenne, Khal le poète s?est trouvé une voie nouvelle : le documentaire.

Réinterpréter l?histoire pour réveiller les consciences et humaniser l?homme. Le propos de Khal Torabully n?a jamais été aussi clair. En 2004 lorsque nous le laissions terminer Des Iles aux Indes, un vaste projet cinématographique sur l?immigration indienne aux Indes, son esprit bouillonnant et sa quête assoiffée de l?histoire, ne laissait guère de doute sur ses projets futurs.

Toujours fidèle à son envie de raconter l?histoire et de la rendre accessible, il veut continuer à assujettir l?idée idéologique du dominant. En fouillant les archives, en restituant le passé par le biais de l?image, son objectif a toujours été de « mettre en perspective des données, des faits, des dates, pour trouver des solidarités dans le passé pour vivre le présent et appréhender le futur. L?idée c?est d?apporter un bien vivre ensemble qui passe nécessairement par une réappropriation de l?histoire. »

Cette fois, c?est en Guadeloupe, en Inde et à Paris, qu?il a posé son regard de cinéaste, aux côtés de Gérard César et de Barcha Bauer, cinéastes africains. Avec eux, il montre le parcours de ces Indiens de Guadeloupe venus remplacer les esclaves libérés du joug des colons. À l?écran : la souffrance, « le manque à être » de ces hommes et de ces femmes qui se sentent à la périphérie de l?identité culturelle. À chaque fois, ce besoin de dire leur présence. À chaque fois aussi, la mer, lieu de transit pour ces « déportés », devient un lieu de passage d?une terre à l?autre.

Les Indiens de la Guadeloupe ne se cantonne pas à être un documentaire historique, rehaussé par la présence de nombreuses images d?archives et d?intervenants à l?instar de cet illustre écrivain Raphaël Confiant. Il est aussi un documentaire qui fait état d?éléments religieux et sociologiques. En même temps, Khal Torabully veut établir des passerelles communes entre notre histoire et celle des Indiens immigrés de la Guadeloupe : la même désillusion pour ces travailleurs engagés, cette main-d??uvre bon marché venue travailler les champs de cannes et ces mêmes promesses bafouées d?un avenir meilleur. Et Khal Torabully n?occulte pas non plus cette longue lutte pour que les travailleurs indiens en Guadeloupe obtiennent la nationalité française.

« Pour construire un meilleur vivre ensemble, il faut dépasser nos blocages liés à l?histoire. En travaillant sur ce genre de projets cinématographiques, mon but c?est aussi d?instaurer un dialogue fraternel entre descendants d?esclaves et descendants de travailleurs engagés, » insiste Khal Torabully. Racheté par RFO, Les Indiens de Guadeloupe a fait son chemin jusqu?à l?United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization, (Unesco) .

Aujourd?hui Khal Torabully bénéficie du patronage de cette organisation des Nations unies pour développer le dialogue des descendants d?esclaves et des descendants de travailleurs engagés, dans le cadre de la politique interculturelle de l?Unesco. Le 12 mai prochain, il sera au Café du Vieux Conseil aux côtés de Menwar et de Sanedhip Bhimjee, pour un « Partage des mémoires », sous la houlette de la Fondation Arts et Culture. « Il est important que Maurice devienne un haut lieu du dialogue entre mémoire d?esclaves et mémoire de l?engagement. Il y a chez nous tellement de richesses endormies qu?il faut réveiller d?un baiser d?artiste. » D?autres projets cinématographiques, Khal Torabully en a à la pelle. Avis aux producteurs intéressés.

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