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Devoir de critique

12 décembre 2004, 00:00

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Ils font dans le convenu. Et cela semble satisfaire. évidemment, quand on est de l?establishment, il n?y a aucune raison de se montrer exigeant, d?autant plus qu?on peut faire dans la critique en respectant les édifices. Mais lorsqu?on aspire à une nouvelle ambition nationale, on ne peut plus se contenter seulement du prévisible. Justement le temps du souhaitable est révolu.

Aujourd?hui, on sait quel est le discours, le ton et les colères d?un Paul Bérenger. Dans chacune de ses interventions, il nous propose un quadrillage de notre imaginaire. Dans ce jeu de rôle, Paul Bérenger est imbattable. L?homme ne manque pas de qualités, mais là il est franchement au degré zéro d?une quelconque intelligence politique. Le savoir-faire est ailleurs. Il est dans les calculs et les stratagèmes. Quant au discours, il fait du pareil au même de semaine en semaine, essayant de créer l?impression d?un discours qui énonce des choses nouvelles, mais qui est fondamentalement l?assemblage de formules usées. Il suffirait, avec Paul Bérenger, de déplacer une virgule pour créer le meilleur des mondes. En fait, tout est lisse, propre et cosmétique dans son discours et dans sa construction de l?univers politique qu?il met en scène.

Quant à Navin Ramgoolam, c?est un avenir politique et national qu?il fait miroiter. Lui, il se la joue rassembleur, démocrate et flambeur sur les bords. Il estime qu?il suffit de dire qu?il a commis des erreurs et qu?il a appris d?elles pour mériter un nouveau « blanc-seing ». Depuis quatre ans, il serine des théories sur les possédants et les parias. Depuis qu?il s?est engagé en politique, il vend des illusions comme bien peu de fumistes savent le faire. Et c?est avec un tel passé qu?il nous promet de construire un avenir meilleur. À bien des titres, c?est l?exemple le plus criant du contenant sans contenu.

Navin Ramgoolam a surtout l?art d?afficher la plus grande conviction dans ce qu?il dit. Véritable funambule, il s?énerve, s?émeut, se réjouit? sur commande. Tout est fondé sur une représentation qu?il se fait de la population. Pour les idées et les principes, il faudra repasser. Son grand projet se résume à une formule très simple : rendre le pouvoir à la majorité. Inutile de l?interroger sur ce qu?il comprend par « majorité ». Ce terme lui permet, en effet, de revendiquer tout et son contraire. Cela lui sied si bien, l?ambivalence et les sophismes !

Il serait toutefois injuste de s?acharner sur les seuls dirigeants politiques. Ne sont-ils pas aussi, quelque part, prisonniers des limites qui semblent si bien satisfaire l?électorat ? Si leurs discours ne se renouvellent pas, à qui la faute ? Quand on n?a pas de projet, mais qu?on reste des idoles de la population, c?est qu?on est devenu roi des médiocres, comme le dirait Salieri. Pourquoi donc chercher des notes nouvelles, prétendre être Mozart et s?efforcer à innover quand le monde autour de soi se contente de si peu ?

Alors, bon gré mal gré, en termes de politique identitaire, on s?est arrêté à l?unité nationale. Pour d?autres besoins, on a l?unité dans la diversité ou encore la nation arc-en-ciel. Bref des slogans creux qui ne veulent rien dire, et qui pourtant ne sont jamais remis en question. Pour d?autres encore, ce serait se montrer irrévérencieux et pointilleux que de dire son insatisfaction dans un pays qui, malgré tout, vit dans une relative stabilité sociale et où le jeu démocratique fonctionne avec plus ou moins de réussite.

Mais parfois, il faut faire le choix de l?impertinence. Il faut également savoir quand ne pas s?essuyer les pieds à la porte de ceux qui s?extasient devant des symboles vides. Il y a d?autres recours, d?autres possibilités, une voie différente. Le devoir de critique se justifie pleinement lorsqu?il participe d?un effort qui provoque la remise en question.

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