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Dev Virahsawmy explique Zeneral Makbef
Début août 1982, le poète, dramaturge, politicien, pédagogue et linguiste Dev Virahsawmy explique, à Emmanuel Juste, son militantisme en faveur de la langue créole et sa vision de ce que peut devenir la pièce de Shakespeare Macbeth après son adaptation pour le tiers-monde des années 1980.
Ses recherches linguistiques sur la langue créole débutent en 1966-67. Il rédige alors une étude abordant les problèmes de phonologie, de syntaxe et de morphologie. Il suggère même une graphie créole. Baker ne tarde pas à soutenir ses efforts. L?express lui ouvre prophétiquement ses colonnes. Cela lui permet de publier une série d?articles, mettant en exergue l?essentiel de ses recherches. Il répond aussi aux objections qui lui sont faites. Il peaufine ainsi ses conclusions. Il participe à divers forums et autres débats sur le sujet. Cela l?aide à déblayer encore le terrain. Pour illustrer ses conclusions linguistiques, il rédige, en créole bien sûr, quelques petits sketches et des poèmes. Cela conforte ses convictions que la meilleure façon de promouvoir le créole est encore d?utiliser la langue parlée.
Son combat politique n?altère en rien son militantisme linguistique. Bien au contraire, il met à profit son année de détention politique de 1972 pour rédiger Li mais aussi un long poème Lafime da lizie et un recueil de poèmes, Disik sale. Li lui permet d?obtenir, en plein état d?urgence et de sinistre censure de presse ramgoolamienne et duvalienne, un prix décerné par un organisme radiophonique français et deux éditions trilingues à la Réunion. En font aussi partie Lafime da lizie, Bef da disab, Les lapo kabri gazuye, Trip sere, lagorz amare. D?autres ?uvres suivent comme Linconsin finalay, Zozo mayok, Trazedi Sir Kutra, Gram (en badinaz foutan) et Zeneral Makbef qu?interprète, à la mi-1982, la Mauritius Drama League de Quisnarajoo Ramana, de Gaston Valayden, de Nira Jhowry, de Vel Veeramootoo, de Prakash Lobin, de Raj Makoond, de Steve Henrisson, de Barlen Vayapooree, de Sachid Raghoonunden, de Stellio Antonio, de Ronald Rambert, de Palmesh Cuttaree.
Dev Virahsawmy doit, à un certain moment, s?écarter du Macbeth de William Shakespeare. Il s?en explique. Il commence par traduire en vers créoles ce chef d??uvre de la littérature anglaise mais pour se rendre compte que quelque chose cloche. Il repart à zéro pour une adaptation de la pièce tout en conservant son aspect tragique. Nouvel échec. Le résultat est plus mélo que dramatique. Il réfléchit alors sur ce qu?il reste de la notion de la tragédie à la fin du XXe siècle. La tragédie de style classique n?y fait plus recette. Cela marchait dans les temps anciens, pratiquant alors le culte des héros. En 1982, explique-t-il, nous vivons dans une société anti-héros. Il opte alors pour la comédie satirique.
Le Macbeth de Shakespeare commence par l?assassinat, alors inimaginable, d?un roi. C?est plus qu?un crime. C?est un sacrilège car tout roi est de droit divin. Depuis Cromwell et la Révolution française, cette notion de droit divin s?est beaucoup émoussée. Demeure le coup d?Etat si fréquent dans le tiers-monde.
Il y a aussi la notion d?invasion. Elle est répréhensible chez Shakespeare quand elle est scandinave mais acceptable et même bonne quand elle est anglaise car l?auteur est un bon English. Il en va de même à la fin du XXe siècle. L?occupation d?un territoire étranger peut être, aux yeux des bien-pensants et des médias qu?ils contrôlent, une infâme invasion ou une intervention salutaire. Nous jouons sur les mots. Nous faisons des coustics verbaux pour justifier ou condamner un tel acte. Exemple : où est la différence entre un haut fait de la Résistance anti-nazie et un attentat terroriste ? Quelle différence entre le sadisme de la Gestapo nazie et la torture française en Algérie ou américaine à Guantanamo ou en Irak et même à Diégo Garcia ? Il n?y a pas de différence car il s?agit toujours et en tous lieux de la même et bonne vision manichéenne, explicative et justificative à souhait. Washington certifiera qu?il n?y a pas de torture inquisitoriale ni encore moins sadique à Diego Garcia. Berlin disait la même chose de la rue du Cherche-Midi à Paris. Qui croire ? Qui ne pas croire ?
Dev Virahsawmy peaufine aussi, dans son Zeneral Makbef, la notion du double langage, si commune en politique, à Maurice ou ailleurs. La masse a tendance à prendre ce double langage pour argent comptant. D?où l?intérêt bénéfique de ridiculiser ce double langage et d?en faire quelque chose de risible. D?où la valeur thérapeutique de Zeneral Makbef. Et ce n?est pas Maurice d?Arifat qui nous contredira sur ce point. Faire rire et aiguiser son sens critique : peut-on rendre meilleur service à ses compatriotes et contemporains ? Ajoutons à cela que seul le créole permet à un public mauricien de dialoguer vraiment avec des acteurs et de participer comme ils le veulent à la représentation d?une pièce de théâtre.
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