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Festival du livre de Trou d'Eau Douce
Questions à… Barlen Pyamootoo, fondateur du festival : Des livres et du pain
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Festival du livre de Trou d'Eau Douce
Questions à… Barlen Pyamootoo, fondateur du festival : Des livres et du pain
■ Barlen Pyamootoo, fondateur du festival à l’ouverture du festival, le vendredi 2 octobre. © Tony Fine
■ Un premier bilan de la cinquième édition du festival ?
Le temps n’était pas toujours avec nous.
■ La pluie intermittente, samedi, a-t-elle eu beaucoup de répercussions sur l’affluence ?
Non, pas sur l’affluence, ni même sur l’ambiance. Mais c’était le seul point négatif de cette cinquième édition. Il y avait du monde. Les exposants sont très contents, à chaque fois je vérifie. C’est un bon signe. Les festivaliers aussi sont contents ; c’est une occasion assez rare de se rencontrer autour du livre, d’avoir autant d’invités, autant de points de vue. Pas seulement de la France, de La Réunion, mais aussi de Madagascar, des Comores, etc. De découvrir, par exemple, Rahma Aboubacar, une éditriceautrice de Moroni, aux Comores (NdlR : Elle préside la maison d’édition jeunesse Pomme d’humour). Une fois, avant qu’elle ne vienne, j’ai eu une conversation avec elle au téléphone ; tout d’un coup, j’entends le chant d’un coq et ça me ramène à mon enfance. Je me suis dit : les temps étaient durs à l’époque. Donc peut-être, aux Comores, ils vivent un moment difficile.
Nous avons tendance, que ce soient des Français, des Mauriciens, à nous plaindre des conditions des artistes. Mais quelquefois, il faut regarder ce qui se passe aux Comores et à Madagascar. Il y a Zoniaina Rajaonarivelo, jeune architecte malgache, scénariste et dessinateur, qui est venu au festival. Ce sont eux qu’il faut absolument aider.
■ Au chapitre des échanges culturels dans l’océan Indien, on connaît parfois mieux des artistes d’Europe que ceux des îles à côté de nous. Le festival a-t-il aussi vocation à être un trait d’union avec les voisins ?
Le début de cette coopération c’est avec La Réunion. On est bien rodés. Maintenant, il faut aller vers les Comores, Madagascar, les Seychelles.
■ L’an dernier, le festival avait mis à l’honneur la littérature des Mascareignes. Et le prochain ?
L’année prochaine, c’est l’Histoire. L’Histoire est transversale. La géographie et l’histoire qui se rencontrent, cela peut être intéressant. La géographie, ce sont les îles de l’océan Indien, avec une histoire plus ou moins commune. Et l’histoire, dans le sens de nos histoires à nous, les îles de l’océan Indien. Donc, il ne faut pas faire une édition spéciale, il faut faire des éditions transversales et toujours inclure les îles de l’océan Indien. Sans oublier la France ou l’Angleterre. Par exemple, j’ai très envie d’inviter un historien mauricien qui enseigne en Angleterre et que je trouve brillant : Sudhir Hazareesingh (NdlR : en poste à l’université d’Oxford).
■ Un mot sur les invités étrangers, surtout français, qui étaient à Trou-d’Eau Douce durant le weekend. Comment les avez-vous choisis ?
J’ai demandé conseil parce que l’image n’est pas véritablement mon domaine. Pierre Makyo a été choisi pour deux raisons…
■ Dans son cas, sa collaboration avec le bédéiste Laval Ng, c’est une évidence, non ?
Oui. C’est lui qui a permis de mettre en lumière Laval Ng, un dessinateur talentueux. Nous avons invité Pierre Makyo en lui disant : «Bravo d’avoir aidé des jeunes». Un jour, Laval Ng va aider plus jeune que lui aussi. Il faut qu’il y ait cette transmission.
■ Vue partielle du festival le samedi 3 octobre.
Pour Pénélope Bagieu, elle le mérite amplement. Elle est ultra connue, avec la série Culottées ; elle est féministe, humaniste, universaliste. J’ai trouvé son dernier roman graphique avec Lola Lafon (NdlR : La nuit retrouvée) ; merveilleux. Il y avait la queue pendant une heure pour la séance de dédicace de son livre. J’espère qu’une fille, qui serait venue écouter Pénélope Bagieu et Natacha Eloi, se dira : c’est ma passion. Moi aussi, je peux.
J’ai vu des enfants de l’école primaire du village au festival. Le Groupement pour le soutien (GPS) de Trou- d’Eau-Douce vend des livres neufs et d’occasion à Rs 25 ; c’est rien du tout. J’ai offert des livres aux enfants, c’était comme du pain pour des affamés.
■ Le livre n’est pas mort ?
C’est une denrée rare. Il faut faire de gros efforts pour des personnes qui n’ont pas les moyens. Le directeur de l’hôtel Tropical Attitude, Désiré Prodigson, soutient des cours de rattrapage pour les enfants du village. À chaque édition du festival, il donne 200 pains fourrés, des muffins, du jus, etc. C’est pour les festivaliers, avant la Nuit du cinéma. On en a aussi distribué à Le Maho, quartier populaire de Troud’Eau-Douce ; c’est parti en quelques secondes. Le festival doit aussi servir à ça, grâce au sponsoring.
■ Samedi soir, quel accueil a reçu la Nuit du cinéma ?
Les gens qui sont restés avaient très froid. Ils sont venus comme pour un hiver en Europe, avec leur doudoune. Une nouveauté pour l’année prochaine : nous avons négocié avec Alain Gordon-Gentil pour diffuser la série de documentaires Venus d’ailleurs. Les Mauriciens ne connaissent pas l’histoire de leur pays. Beaucoup d’intellectuels ont lutté pour changer ça. C’est important de connaître son passé pour avancer.
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