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Dev Manraj accusé de corruption et de blanchiment d?argent
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Dev Manraj accusé de corruption et de blanchiment d?argent
Ses liens privilégiés avec Teeren Appasamy se seront révélés, au bout du compte, fatals. L?ancien secrétaire financier, Dev Manraj, partenaire jusqu?en septembre 2000 de l?homme d?affaires mauricien établi à Londres, a été inculpé hier. Deux charges provisoires pèsent sur lui : corruption et blanchiment d?argent.
L?Independent Commission against Corruption (Icac) reproche en premier lieu à Dev Manraj d?avoir remis, en mai 2002, une gratification de Rs 2 millions à Thierry Sauzier. Cette somme aurait été versée à ce cadre de la Mauritius Commercial Bank (MCB) afin que ce dernier s?abstienne de prendre les mesures nécessaires pour que l?établissement recouvre le découvert bancaire accordé à Angel Beach Resorts. Selon la commission anti-corruption, Dev Manraj a agi de concert avec l?avoué Ravi Kumarparsad Ramdewar et le businessman Teeren Appasamy. Ce faisant, il a enfreint l?article 16(2) de la Prevention of Corruption Act.
La deuxième inculpation concerne un paiement fait au nom d?Angel Beach Resorts, règlement que l?Icac juge «illégal». Ladite transaction est effectuée le 6 janvier 2003 au bureau du Registrar General.
La commission reproche à l?ancien secrétaire financier d?avoir réglé Rs 169 625, somme représentant la taxe de transfert relative à une portion de terre située à Belle-Mare et appartenant à Angel Beach Resorts.
L?Icac soutient que cet argent proviendrait du détournement des fonds du National Pensions Fund (NPF) auprès de la MCB. La commission estime que, en tant qu?ancien secrétaire financier, donc expert en finances, Dev Manraj aurait dû soupçonner que cette somme provenait d?une fraude. En vertu de l?article 3(1) et 8 du Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act 2002, ce délit équivaut à un blanchiment d?argent.
Les charges logées contre Dev Manraj ont toutes en commun des transactions faites au nom d?Angel Beach Resorts. La compagnie ? dont il était directeur et dont il disposait de 10 % du capital ? a emprunté Rs 56,9 millions de la MCB et ce en trois ans.
Complexe haut de gamme
C?est en août 1999 que Teeren Appasamy, l?un des principaux suspects et bénéficiaires du détournement des fonds du NPF à la MCB, acquiert Ocean Villas. Il rebaptise la compagnie Angel Beach Resorts. Celle-ci a pour projet la construction d?un complexe hôtelier haut de gamme, au coût de Rs 587 millions, disposant de 159 chambres. Le projet sera revu à trois reprises. Toutefois le gouvernement issu des élections de septembre 2000 ne lui accordera pas le feu vert.
Lorsque l?affaire dite MCB-NPF éclate, l?Icac, chargée de l?enquête, réclame et obtient le gel des avoirs de dix compagnies appartenant à Teeren Appasamy, dont Angel Beach Resorts. De plus, à l?issue d?investigations internes, la MCB accuse la dite compagnie d?être l?une des bénéficiaires du détournement des fonds du NPF.
L?ancien secrétaire financier ne cache pas ses liens d?affaires avec Angel Beach Resorts. Dans un affidavit en date du 25 février 2003, juré dans le sillage du gel de ses avoirs, Dev Manraj affirme avoir été l?un des directeurs et actionnaires de la compagnie incriminée jusqu?au 19 septembre 2000.
Toutefois, lorsque le scandale MCB-NPF est étalé au grand jour, ainsi que ses liens privilégiés avec Teeren Appasamy, Dev Manraj, ancien président du conseil d?administration de Business Parks of Mauritius, se retire de toutes les instances de l?Etat. «I have always acted lawfully and I have no knowledge of any unlawful transactions involving any of the aforesaid companies (NdlR: Angel Beach Resorts et Direct Properties) nor did I have any reason to suspect that those companies could have been involved in any unlawful and/or irregular transaction», souligne Dev Manraj dans son affidavit du 25 février.
La commission anti-corruption ne l?entend pas de cette oreille. Elle le convoque à maintes reprises à son quartier-général, à Mer-Rouge. Dans la matinée d?hier, il est de nouveau convoqué et les enquêteurs l?informent de son inculpation.
La journée d?hier aura été, sans nul doute, la plus dure pour Dev Manraj. Visiblement inquiet, il arrive à la New Court House, à Port-Louis, vers 11 h 55, à bord d?une voiture de l?Icac. Il sera rejoint par ses hommes de loi : Mes Rishi Pursem et Thierry Chellen, avocats et Rajeshwar Buctowonsing, avoué.
Caution de Rs 200 000
Il patientera une heure durant sur les derniers bancs du tribunal de troisième instance, avec ses proches, en attendant que les accusations provisoires soient logées. A l?appel de l?affaire, la police n?objecte pas à sa remise en liberté. Le magistrat Raj Seeballuck fixe la caution à Rs 200 000 et exige une reconnaissance de dettes de Rs 1,5 million. Et tant que l?affaire ne sera pas bouclée, Dev Manraj ne pourra quitter le pays.
Entré par la grande porte, c?est par les escaliers situés à l?arrière de la New Court House que l?ancien secrétaire financier quitte l?enceinte du tribunal. Point de déclaration. Il arbore un sourire crispé, saluant son entourage, avant de vite s?engouffrer dans sa voiture, une Honda Civic bleu roi.
L?Icac fait encore chuter un grand d?hier?
De l?hôtellerie au cinéma
Les liens entre l?ancien secrétaire financier Dev Manraj et l?homme d?affaires Teeren Appasamy ne se résument pas à la construction d?hôtels. Ils couvrent plusieurs secteurs, allant de l?investissement foncier au Mozambique aux cinémas des Chady.
Quand Dev Manraj quitte la Fonction publique, en mars 1999, il exprime son intention de mettre son expertise au service de groupes financiers pour des investissements au Mozambique, qui s?avère être un regroupement de businessmen autour de Teeren Appasamy. Plusieurs créneaux sont identifiés : la pêche et l?hôtellerie. Et le contact dans ces projets n?est nul autre que Nyimpine Chissano, fils du président.
Alors que Dev Manraj dit n?être qu?un consultant, Teeren Appasamy affirme qu?à un moment donné, ce dernier serait même devenu le Managing Director d?un projet de pêche. Le tandem se lance dans divers autres projets à Maurice, à travers Direct Properties : le cinéma, en acquérant des parts des entreprises des Chady, et la presse.
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