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Dev Manna inculpé
Seewoosagur Manna, alias Dev, a été arrêté une nouvelle fois dans la soirée de jeudi. Cet analyste de 27 ans est soupçonné d?être impliqué dans la séquestration et l?agression sexuelle de Marie Linley Savriacooty. Ce suspect avait déjà été arrêté le 7 février pour une affaire d?agression sur la même victime.
Dev Manna, qui a nié toute implication, a fourni des alibis qui pourraient le disculper. Au moment où le délit a été commis, il se trouvait sur son lieu du travail, soutient-il. Ses collègues précise-t-il, pourraient en témoigner. Les Criminal Investigation Divisions (CID) de Moka-Flacq et de Grand-Port- Savanne qui enquêtent sur cette affaire s?attellent à vérifier ces alibis depuis hier.
La déposition de Dev Manna a été enregistrée par l?inspecteur Seedheeyan en présence de l?assistant surintendant de police Seeballuck, de la CID de Flacq. Durant la journée d?hier, les limiers de la CID de Flacq ont effectué un interrogatoire approfondi du suspect.
Les enquêteurs de Flacq et de Rose-Belle espèrent pouvoir élucider cette affaire. Aucune piste n?est négligée. Chaque information, déclare un enquêteur, sera minutieusement vérifiée. Cette équipe s?intéresse également au résultat des analyses toxicologiques effectuées sur Marie Linley Savriacooty.
Sur le coup de 15 heures, hier, Dev Manna arrive au tribunal de Pamplemousses. Il est présenté en chambre devant le magistrat Vinesh Ragobur. Deux accusations provisoires pèsent sur lui : séquestration et attentat à la pudeur. Le sergent V. Mohun, Police Prosecutor, informe la cour que la police objectait à la remise en liberté sous caution du suspect vu que l?enquête policière n?est pas terminée. Il est donc maintenu en cellule policière jusqu?au 7 juillet.
<B>Témoignages</B>
Tout commence par une convocation au bureau de la CID de Rose-Belle en fin d?après-midi, jeudi. Cette démarche cadre avec la déposition effectuée un peu plus tôt par Marie Linley Savriacooty devant les limiers de la CID de Moka-Flacq à l?hôpital de Flacq.
Accompagné de son homme de loi, Me Ritesh Sumputh, Dev Manna se rend dans les locaux de la CID. Avant que sa déposition ne soit enregistrée, un officier lit l?avertissement d?usage. Le jeune analyste est informé qu?il est sous le coup d?une arrestation concernant l?enlèvement et l?agression physique de Marie Linley Savriacooty. Les enquêteurs se sont appuyés sur les témoignages de la victime pour appréhender Dev Manna.
Selon Marie Linley Savriacooty, lorsqu?elle était agressée dans le champ de cannes, mardi, elle a entendu un de ses ravisseurs appelant son complice Dev. Ce dernier aurait alors dit à son interlocuteur de ne pas citer de nom.
Marie Linley Savriacooty a été retrouvée nue, blessée et inconsciente aux abords de la route Royale de Camp-de-Masque mardi en fin d?après-midi. Dans sa déposition consignée jeudi, elle a fait le récit de son enlèvement aux arcades Sunnassee à Rose-Hill vers 14 heures.
Droguée, elle reprend connaissance dans un champ de cannes. Elle est entourée de trois hommes encagoulés et armés de couteaux et cutters qui l?injurient. Elle tente de lutter, mais elle est malmenée et ils lui arrachent ses vêtements. Ils lui donnent des coups de cutter et lui enfoncent un morceau de canne dans le vagin. Ses agresseurs lui donnent le choix : «soi to boir sa bann konprime la ou nou koup to licou». Marie Linley Savriacooty avale au moins une trentaine de comprimés. Elle sombre dans une somnolence. Après avoir repris connaissance, elle rampe jusqu?en en bordure de route où elle a été secourue.
Me Sumputh compte présenter une motion en début de semaine devant le tribunal de Flacq pour que son client soit libéré sous caution. En début de soirée, l?avocat l?a rencontré au centre de détention de Moka.
<B>Un plan d?action d?ONG contre la violence </B>
Après l?agression sexuelle ignoble dont a fait l?objet Marie-Linley Savriacooty, des organisations non gouvernementales (ONG) se sont constituées en collectif. Elles ont fait une évaluation de la prévention contre la violence à Maurice. Elles ont fait un constat d?échec des actions mises en place par les autorités. Elles préparent un plan d?action national contre la violence envers les femmes et les enfants. Et elles entendent bien le voir appliquer. C?est ce qu?a indiqué Loga Virahsawmy, une des porte-parole du collectif. Elle souhaite «que les 16 jours de militantisme contre la violence domestique ? du 25 novembre au 10 décembre ? soient étendus à toute l?année».
En août, Colleen Lowe-Morna, experte en genre, basée en Afrique du Sud, viendra former 25 personnes à la prévention de la violence envers les femmes et les enfants. Une fois formées, ces personnes iront à leur tour sur le terrain pour sensibiliser les autres au problème de la violence.
Le collectif considère que les actions doivent être simultanées. Audrey d?Hotman précise que l?heure est venue de commencer à former les écoliers à la résolution des conflits. Car, dans la plupart des cas, ils répondent à la violence par la violence. Ameena Sorefan parle de l?importance de diffuser des spots publicitaires anti-violence à la radio et à la télévision. Sandra O?Reilly, elle-même victime d?un viol a fait ressortir une ineptie. Les gens ont tendance à s?apitoyer sur la femme dont les signes de violence sont extérieurs. «Elle doit paraître physiquement mal pour qu?on la prenne en pitié. Si elle a été victime d?une autre forme de violence non visible, elle n?est pas considérée.» Sandra O?Reilly organise une marche pacifique le 17 juillet à 10 heures au Champ-de-Mars. Le collectif demande de manifester son désaccord envers la violence en portant un ruban blanc dès le 3 juillet. Par ailleurs, le collectif des forces vives de Sainte Croix se dit solidaire de Marie Linley Savricacooty.
<B>Des relations de voisinage rendues difficiles par le bruit</B>
L?origine du conflit entre les Manna et les Savriacooty aurait pour toile de fond une banale histoire de pollution sonore. Ce qui aurait envenimé les relations entre ces deux familles. C?est ce qui ressort d?une enquête que nous avons menée hier à Ville-Noire.
Nous y avons recueilli des témoignages auprès des personnes ayant toujours côtoyé Marie Linley Savriacooty. Il s?avère que les Manna reprochaient au couple Savriacooty de jouer de la musique à tue-tête et de faire trop souvent la fête. C?est qui avait provoqué un certain malaise dans le voisinage de Mauripark, à New Grove.
Serait-ce le problème qui a débouché sur les incidents du 29 janvier ? Les connaissances de la victime racontent qu?elle évoquait souvent ses problèmes avec eux. D?ailleurs, les Manna ont déjà allégué qu?un membre de la famille Savriacooty aurait menacé un groupe d?individus venu semer du désordre chez elle en janvier de bien se tenir, car elle reviendrait à la charge avec des renforts. Les personnes rencontrées hier se demandent si Marie Linley Savriacooty n?aurait pas recherché l?aide de ses deux fils, Warren et Richard Vallet, et de proches résidant à Ville-Noire, à Mahébourg. Les deux fils de 18 ans et 17 ans, ont été interpellés par la CID de Rose-Belle mardi, le jour de l'agression de leur mère.
Waren et Richard Vallet sont issus du premier mariage de Marie Linley Savriacooty. Ils ont été inculpés mardi pour dommages à la propriété des Manna le 29 janvier. Treize autres habitants de Cité La Chaux, à Mahébourg ont été également arrêtés, toujours dans le cadre des incidents chez les Manna. La région de Ville-Noire n?est pas inconnue de Marie Linley Savriacooty. Elle y a passé son enfance et une partie de sa vie d?adulte. Sa mère Solange y habite toujours et y travaille comme poissonnière. Son père est retraité de la propriété sucrière de Beau-Champ. Récit des évènements.
■ <B>Dimanche 29 janvier </B>
Une bagarre éclate entre deux familles, les Manna et les Savriacooty. Des membres de la famille Manna se seraient rendus à Mauripark. Une femme leur aurait barré l?accès et les aurait insultés. Elle aurait affirmé que sa famille ne va plus tolérer cet empiètement.
Une dispute s?ensuit. La police est mandée pour calmer les esprits. Un membre de la famille Savriacooty aurait menacé le groupe de bien se tenir car il reviendrait à la charge avec des renforts.
En fin d?après-midi, une quinzaine de personnes débarque dans la maison des Manna, semant du désordre. La maison et la voiture des Savriacooty sont aussi saccagées.
■ <B>Lundi 30 janvier : </B>
Les Savriacooty portent plainte contre les Manna. Ils font de la marche dans les rues du morcellement. Une voiture fonce sur eux. Une femme, qu?ils disent ne pas connaître, est au volant. Un homme est à ses côtés. Stephano Savriacooty déclare avoir demandé à la conductrice de faire attention. La conductrice se serait emportée, et aurait exhibé son permis à Linley Savriacooty : «Lire sa papie la salete», avant de repartir. Quinze minutes plus tard, une cinquantaine de personnes parmi lesquelles se trouvent la conductrice et son compagnon, les ont poursuivis en disant: «Ran enn servis, kit sa landroi-la.» Les policiers, à leur stupéfaction, leur déclarent que le couple Manna allègue que c?étaient eux, les Savriacooty, qui les avaient insultés.
■ <B>Mardi 31 janvier</B>
Marie Linley Savriacooty affirme avoir reçu un coup de pierre dans le dos. Peu après avoir alerté son époux, ils sont encerclés par un groupe d?individus. Le couple s?enfuit et fait du stop pour se rendre au poste de police de Rose-Belle. Ils sont déposés à 500 mètres du poste de police. Là, ils sont à nouveau poursuivis par une cinquantaine de personnes.
Marie Linley Savriacooty, enceinte, dit avoir été agressée sexuellement à même le trottoir sous les yeux des habitants qui n?auraient pas bronché. Entre-temps, son mari se serait fait taper et menacer. La police intervient et le couple est conduit à l?hôpital. Le médecin légiste confirme l?agression sexuelle.
■ <B>Mardi 7 février </B>
La police appréhende Dev Manna pour attentat à la pudeur sur Marie Linley Savriacooty.
■ <B> Mercredi 15 mars </B>
Stéphano Savriacooty est interpellé à l?aéroport, sur son lieu de travail. Sa femme Marie Linley est également arrêtée. Ils sont provisoirement accusés de possession of explosive substance, retrouvés dans leur maison.
■ <B>Mardi 21 mars. </B>
Les incidents de New Grove font l?objet de questions parlementaires. Le parti pris de certains enquêteurs dans l?affaire est évoqué.
■ <B>Lundi 22 mai </B>
Sur décision du Directeur des poursuites publiques la charge contre les Savriacooty est rayée. Marie Linley évoque un harcèlement de certains policiers de Rose-Belle. Elle perd son bébé dans les toilettes de ce poste de police.
■ <B>Mercredi 24 mai </B>
L?assistant commissaire de police Pritamsing Juwaheer prend les fonctions de Divisional Commander de la Southern Division. Dans le sillage de cette affection, la réorganisation du poste de police de Rose Belle est évoquée. Des membres de cette unité de la police sont mutés. L?enquête se dirige désormais vers les suspects ayant saccagé la maison du couple.
■ <B>Dimanche 28 mai</B>
Marie Linley Savriacooty identifie au cours d?une parade d?identification Kabeeduth Ramlogun, un chauffeur de New Grove qu?elle accuse d?attentat à la pudeur sur sa personne.
■ <B>Mercredi 21 juin</B>
La CID de Grand-Port-Savanne arrête 13 personnes de Cité La Chaux, suspectées d?être derrière les dégâts causés à la propriété de Dev Manna.
■ <B> Mardi 27 juin</B>
Warren et Richard Vallet sont inculpés au tribunal de Flacq pour damaging property by band. Ils sont accusés d?avoir le 29 janvier saccagé la résidence des Manna, à Mauripark. L?acte d?accusation dit que les deux frères auraient infligé des blessures à la famille Manna. Ils sont libérés sous caution.
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