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Dev Hurnam refuse d?être examiné par les médecins légistes

10 mai 2004, 20:00

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L?avocat et parlementaire Dev Hurnam, provisoirement accusé d?avoir commandité l?assassinat de deux inspecteurs de police et l?agression d?un juge, est toujours à la City Clinic de Port-Louis. Ce séjour prolongé dans l?établissement privé suscite une polémique, d?autant plus qu?il donne du fil à retordre aux médecins légistes et aux enquêteurs. Ainsi, hier après-midi, il a catégoriquement refusé de se faire examiner par les Drs Abdool Khalick Mohungoo et Sudesh Kumar Gungadin.

Les médecins légistes étaient accompagnés d?enquêteurs de la brigade anti-drogue, dont l?inspecteur Hector Tuyau. Cette démarche fait suite aux directives du commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh. Dans une lettre adressée au Dr Patrick Chui Wan Cheong (Sr), directeur de la City Clinic, le commissaire a sollicité l?autorisation de faire examiner le patient Hurnam qui est toujours sous surveillance policière. Le

Dr Chui Wan Cheong n?a pas objecté mais a fait comprendre aux médecins de l?Etat et aux enquêteurs qu?il devait au préalable obtenir l?aval du patient. Il a alors contacté Dev Hurnam par téléphone et ce dernier a accepté de recevoir cette délégation officielle dans sa chambre.

Selon nos informations, la conversation n?aurait duré qu?une dizaine de minutes. L?avocat-parlementaire, qui n?est jamais à court d?arguments, leur a fait comprendre qu?il objectait à tout examen par les médecins légistes. Il a évoqué ses droits constitutionnels, précisant qu?il ne peut se prononcer non plus sur son état de santé en l?absence de son médecin traitant, le généraliste Basdeo Goolaup.

Dev Hurnam leur a aussi rappelé ?qu?il? n?était pas en ?police custody? mais en ?judicial custody?. De ce fait, il leur a demandé de se présenter avec un ordre de la cour. C?est à cette condition, dit-il, qu?il acceptera de se faire examiner et cela, en présence de son médecin.

Contacté hier soir, le Dr Basdeo Goolaup, alors en consultation à son cabinet de Mont-Roches, déclarait que Dev Hurnam est malade. ?Il a des problèmes cardio-vasculaires et son état nécessite encore des traitements médicaux.? Il se fonde, dit-il, sur des analyses médicales effectuées hier matin à la City Clinic. Il précise que les résultats de ces analyses sont les mêmes que ceux obtenus la semaine dernière par des médecins dont un de l?Etat. Ceux-ci, sont entre autres, le Dr Santosh Reebye, du Centre de chirurgie cardiaque de l?hôpital du Nord et le Dr Prakash Doolub qui consulte à la clinique Med Point. Selon nos sources, le Dr Doolub aurait envoyé une lettre au CP pour l?informer qu?il ne pourrait continuer à soigner l?avocat-parlementaire car il part en vacances. Comme aucun autre médecin de la clinique Med Point ne souhaite hériter du brûlant dossier, Dev Hurnam aurait tenu à se faire admettre à la City Clinic où un médecin était disponible.

Face à nos questions, l?actuel médecin de Dev Hurnam, le Dr Basdeo Goolaup, a précisé que Dev Hurnam ne peut rester éternellement à la clinique mais qu?il doit aller mieux pour pouvoir en sortir. Il souligne qu?il n?a aucune objection à ce que Dev Hurnam retourne en cellule policière, ?à condition qu?il y obtienne les mêmes traitements?. Il ajoute : ?S?il lui arrive quelque chose en cellule, c?est aux autorités de prendre leurs responsabilités.?

Sur cette question, les avis diffèrent au plus haut niveau de la police. L?ACP Ravin Sooroojbally, responsable de la brigade anti-drogue (Adsu), estime que Dev Hurnam est dans son droit. ?Dev Hurnam a parfaitement le droit d?évoquer ses droits constitutionnels. S?il ne veut pas se faire examiner par des médecins légistes, nous n?y pouvons rien.?

Les moyens de passer un mois en clinique

Selon ce responsable de l?Adsu, qui a consulté les Codes pénal et civil, c?est uniquement dans des cas spécifiques, notamment de viol, d?assassinat, de meurtre ou d?homicide involontaire qu?un accusé malade ne peut refuser de se faire examiner par un médecin légiste. Pour l?ACP Sooroojbally, les accusations qui pèsent sur Dev Hurnam ne peuvent exiger des examens médicaux obligatoires.

Un autre haut responsable de la police est plus nuancé : ?Si un suspect malade a les moyens, il peut se faire admettre dans une clinique privée. Mais tout le monde n?a pas autant d?argent pour passer près d?un mois dans une clinique.?

Cependant, afin de ne pas donner l?impression qu?il y a une politique de deux poids, deux mesures dans le traitement des suspects, l?avis du parquet serait recherché aujourd?hui sur le cas Hurnam par la police. Un membre influent du barreau donne sa lecture des événements : ?Dev Hurnam est certes détenu sur ordre de la cour, mais il demeure sous la responsabilité de la police. De ce fait, c?est à la police de décider s?il doit aller en cellule ou pas. La cour ne dispose pas de cellule. C?est au magistrat et même au Directeur des poursuites publiques (DPP) de statuer sur cette affaire en convoquant les enquêteurs.?

Dev Hurnam a été arrêté le vendredi 16 avril suite aux allégations d?Antoine Chetty selon lesquelles l?avocat-parlementaire aurait commandité le meurtre de deux policiers et l?agression du Senior Puisne Judge Bernard Sik Yuen. Après avoir passé quelques heures en cellule, Dev Hurnam avait déclaré se sentir mal en point. Il a demandé aux enquêteurs de l?emmener à la clinique Darné. Mais la police y a objecté. Il a alors été examiné à la Cardiac Unit de l?hôpital Victoria, à Candos. Le soir même, il a été reconduit en cellule. Mais le lendemain il a de nouveau déclaré se sentir mal et a été admis au Cardiac Centre de l?hôpital du Nord.

Après la décharge, de son patient, le Dr Santosh Reebye a stipulé, dans le certificat médical délivré à Hurnam, qu?il devait pour- suivre son traitement. C?est avec ce document que Dev Hurnam s?est rendu à la clinique Med Point et ensuite à la City Clinic.

COMPLOT ALLÉGUÉ

Le juge Sik Yuen invité à donner sa déposition

La police invitera dans les jours qui viennent le Senior Puisne Judge, Bernard Sik Yuen, à consigner une déposition dans le cadre de l?accusation provisoire portée contre Dev Hurnam. Ce dernier, avocat et parlementaire, arrêté le 16 avril dernier, est provisoirement accusé d?avoir donné des instructions à Antoine Chetty, l?ex-bras droit du notaire Vinay Deelchand, pour agresser physiquement Bernard Sik Yuen. Cette agression, selon Antoine Chetty, devait se produire à Rodrigues.

C?est l?ASP Pierre Murugan qui, dans un affidavit visant à faire le point sur le déroulement de l?enquête, a donné cette indication hier. Il précise qu?une enquête est toujours en cours sur la réservation du billet d?avion pour ce voyage faite par la Cour suprême pour Bernard Sik Yuen.

L?appel interjeté par le Directeur des poursuites publiques (DPP) contestant la décision de relâcher sous caution Dev Hurnam a été mentionné hier devant le Senior Puisne Judge p.i., Keshoe Parsad Matadeen. Le magistrat Lutchmeeparsad Auyajeb avait agréé à la remise en liberté, mais le DPP y a objecté en raison, entre autres, de la gravité du délit.

Depuis hier, Me Désiré Basset, Leading Counsel, ne représente plus Dev Hurnam. Me Basset en a demandé l?autorisation au juge Matadeen. Dev Hurnam sera doréavant représenté par Me Nandraj Patten, Me Viren Ramchurn et Me Sanjeev Teeluckdharry.

Le juge Matadeen a durci le ton, face à Me Ramchurn, en rejetant sa demande qu?un greffier se rende à la clinique pour permettre à Dev Hurnam de jurer son affidavit. ?Où se trouve votre client ?? a demandé le juge. ?Il est souffrant?, a répondu Me Ramchurn. ?Quand il sera prêt, il viendra jurer son affidavit?, a rétorqué sèchement le juge.

L?avocat Dev Hurnam, selon Antoine Chetty, en voudrait au juge Sik Yuen depuis qu?il a été accusé d?avoir fabriqué un faux alibi pour un des ses clients. Ce dernier était un suspect dans le braquage de la SBM de Grand-Bois. Dev Hurnam aurait alors donné des instructions à Antoine Chetty, selon ce dernier, dans son bureau et en présence du notaire Vinay Deelchand, pour qu?il sectionne le poignet de Bernard Sik Yuen lors du voyage du juge à Rodrigues le 10 avril 2002. Dev Hurnam nie ces allégations et affirme qu?il n?était pas au courant de ce voyage.

Dans son affidavit, l?ASP Murugan indique qu?Antoine Chetty affirme que cette agression a été commanditée par Dev Hurnam entre 2001 et 2002. Le policier indique avoir reçu des informations à l?effet que la police avait contacté Dev Hurnam en juin 2000 suite à des allégations faites par un suspect contre lui dans l?affaire du braquage. Il affirme que la police a obtenu des informations selon lesquelles une réservation pour un voyage à Rodrigues aurait été faite en février 2001 par Antoine Chetty. Toutefois, la police attend toujours d?autres informations relatives à ce sujet.

Dev Hurnam avait, dans un contre-affidavit, invité la police à vérifier dans un agenda qui se trouve à son étude, les appels téléphoniques reçus, pour savoir s?il a eu des contacts avec Chetty. Il a parlé d?un autre agenda avec les noms de ses visiteurs. Il affirmait pouvoir produire des photocopies pour 1999-2001. Or, l?ASP Murugan soutient dans son affidavit qu?aucun de ces agendas n?a été soumis à la police.

L?enquête concernant le délit imputé à Dev Hurnam n?a pas encore été bouclée. La police doit confronter l?avocat à certaines accusations d?Antoine Chetty. L?appel a été renvoyé de nouveau à lundi prochain pour être fixé.

INTERROGATOIRE DE RAJ DAYAL : UNE ÉTAPE DÉLICATE

L?interrogatoire de l?ex-commissaire de police, Raj Dayal, dans le cadre de l?affaire Deelchand, est prévu aujourd?hui. Il constitue une étape difficile pour les enquêteurs de l?anti-drogue. Raj Dayal, qui a eu des séances de travail avec ses avocats, pourrait leur donner du fil à retordre et invoquer l?Official Secrets Act. En tant qu?ex-haut fonctionnaire, il pourrait se retrancher derrière l?intérêt national.

Depuis dimanche, une escouade spéciale de la police épierait les moindres déplacements de l?ex-commissaire. Son interrogatoire portera sur les allégations d?Antoine Chetty. Ce dernier l?accuse d?avoir été partie prenante d?un complot ourdi par Vinay Deelchand en 1993-1994 et consistant à piéger un homme d?affaires avec un colis de drogue.

Ce complot, selon Chetty, aurait été orchestré dans les locaux de la Special Mobile Force (SMF) et la drogue placée chez la victime par Chetty lui même et le dénommé Mooraghen. L?homme d?affaires avait été interpellé avec de la drogue, puis relâché faute de preuves.

Vinay Deelchand nie avoir participé à ce complot. Raj Dayal, de son côté a réfuté les allégations à son égard et a évoqué un complot des trafiquants de drogue contre lui.

Antoine Chetty poursuivra sa déposition aujourd?hui sur certains aspects des relations alléguées entre Deelchand et Dayal. La possibilité qu?il devienne State Witness dans cette affaire a été évoquée par ses avocats qui pourraient en faire la demande en temps et lieu.

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