Publicité
Deux soeurs pour un roi
Ce qui attire les touristes américains en Angleterre ? Le patrimoine, évidemment : monuments, châteaux, jardins, vieilles reliques, famille royale, etc. Il y a donc une sorte de logique à voir des acteurs américains tenir les rôles principaux dans ce film anglais dont l?action se situe dans l?Angleterre du XVIe siècle, à la cour du roi Henri VIII. Nathalie Portman, Scarlett Johansson et Eric Bana y interprètent respectivement les rôles d?Anne Boleyn, de sa s?ur Mary Boleyn et du roi Henri VIII. Les critiques anglais ne manquent pas de souligner que ces trois acteurs arrivent à s?exprimer dans un anglais irréprochable, excepté pour Nathalie Portman dont l?accent a tendance à déraper par moments. Il est donc rassurant de voir que Deux s?urs pour un roi, film de Justin Chadwick, porte le label BBC Films. Comme tout un chacun le sait, cette vénérable institution s?est toujours distinguée (entre autres) dans ce genre de production, employant des metteurs en scène dont l?excellence au fil des générations, a fini par devenir la griffe de la maison.
Justin Chadwick en fait partie, mais, comme nombre de ses collègues effectuant le passage du petit au grand écran, ce réalisateur semble avoir gardé quelques réflexes acquis du premier médium. Deux ou trois très courtes scènes d?intérieur en témoignent, tournées en plans serrés alors que le cadre et le grand écran auraient justifié des plans plus larges. Mais, d?un autre côté, ces choix pourraient aussi s?expliquer par la relative modestie des moyens mis en ?uvre pour ce film ; celle-ci étant plus qu?apparente. Deux s?urs pour un roi n?est pas un film à grand spectacle avec foules, costumes et décors somptueux, mais un drame intimiste à l?intérieur d?un contexte historique. Les acteurs portent de beaux costumes d?époque, on y voit quelques beaux tableaux avec bannières et oriflammes et les intérieurs de certains bâtiments historiques, mais le spectacle ou plutôt le spectaculaire, s?arrête là. Il s?agit d?un film centré avant tout sur ses personnages et ce sont ces derniers qui remplissent l?écran. Eux, et les éclairages, même si sur ce point le réalisateur tend à se montrer discret mais efficace.
Adapté d?un roman de Phillipa Gregory, Deux s?urs pour un roi passe rapidement sur quelques évènements majeurs (comme le divorce du roi d?Angleterre et la rupture avec l?Eglise catholique) pour nous raconter une supposée rivalité entre les s?urs Boleyn pour les faveurs du roi d?Angleterre. D?abord pour une question d?orgueil de jeune fille, puis pour des questions d?ambitions familiales, de pouvoir et, finalement, de survie. Construite à partir de déchirement familial, d?intrigues de cour et de mesquineries, sans compter les tragédies, l?intrigue est des plus prenantes. Le scénario signé Peter Morgan (The Queen) est solide, même si on pourrait reprocher à ce dernier de cantonner Scarlett Johansson dans un rôle de brave fille et de ne faire du roi qu?un sujet de l?intrigue, Eric Bana se retrouvant ainsi sous employé dans son rôle. Toutefois, nous avons droit à quelques beaux personnages secondaires habités par quelques grands acteurs anglais : Mark Rylance dans le rôle de Sir Thomas Boleyn, Peter Morrisey jouant le duc de Norfolk et surtout Kristin Scott Thomas dans le rôle de la mère des deux s?urs.
Ceux qui veulent du vrai drame historique seraient mieux inspirés de se trouver une copie de A man for all seasons, chef-d??uvre de 1966, signé Fred Zinnemann. Deux s?urs? se veut avant tout un drame humain imaginé dans un contexte historique, une envolée de l?imagination tirant parti d?une zone d?ombre de l?histoire. «Se non è vero?» et justement, on ne s?y ennuie pas une seconde.
Publicité
Publicité
Les plus récents