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Deux organes du Pentagone sur la sellette

19 février 2004, 20:00

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Deux bureaux du Pentagone accusés d?avoir manipulé les renseignements sur l?Irak pour justifier l?invasion américaine sont de nouveau sur la sellette, même si le département de la Défense continue de présenter l?activité de ces deux unités comme totalement innocente.

Il s?agit du Bureau des plans spéciaux (OSP, Office of Special Plans) et du Groupe d?évaluation du contre-terrorisme, chapeautés par le sous-secrétaire à la Défense Douglas Feith, un ?faucon? notoire dans les cercles de pouvoir à Washington.

La commission sénatoriale des Renseignements a annoncé ce mois-ci qu?elle examinerait les activités relativement opaques de ces deux agences dans le cadre de son enquête sur les renseignements américains d?avant-guerre concernant les armes de destruction massive irakiennes.

Pour les adversaires de l?administration Bush, l?OSP et son homologue ont opéré en dehors des canaux traditionnels afin de manipuler et de politiser les données recueillies sur l?Irak, dans le but de présenter le régime de Saddam Hussein sous ses aspects les plus menaçants.

?Ce qui est profondément troublant, c?est que cette administration était acharnée à recourir à la force?, souligne la démocrate de Californie Ellen Tauscher, membre de la commission des armées de la Chambre des représentants.

Tauscher mène un combat depuis des mois sur cette question des renseignements. Elle a présenté un projet de loi créant un jury spécial de la Chambre des représentants chargé d?examiner si l?OSP a concurrencé ou contourné l?activité des agences de renseignement officielles.

Face à ces accusations, Douglas Feith et d?autres responsables du Pentagone dénoncent les théories du complot qui émergent à propos de ?la cabale?, surnom donné à l?OSP.

Pour un responsable du département de la Défense qui souhaite conserver l?anonymat, ces allégations de complot sont tout simplement ?écoeurantes?. ?Il s?agissait d?une planification politique prudente fondée sur des renseignements collectés et partagés au sein du gouvernement fédéral?, dit-il.

Les deux organes dirigés par Feith ont été créés après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Le Groupe d?évaluation du contre-terrorisme s?était ainsi fixé pour but d?étudier les relations entre les organisations terroristes et leurs Etats parrains.

Feith a ainsi indiqué que cette agence avait découvert des ?liens entre l?Irak et Al Qaïda? et en avait informé à la fois le chef du Pentagone Donald Rumsfeld et le directeur de la CIA George Tenet. L?administration Bush a évoqué cette connexion avant la guerre, même si le lien fait toujours débat. Le groupe d?évaluation a été démantelé peu après août 2002, assure Douglas Feith.

Les activités de l?OSP restent assez obscures. Selon des responsables du Pentagone, il a été créé sur les bases d?un autre organe en septembre 2002, six mois avant l?invasion, pour développer les options de l?après-guerre en Irak. Il a depuis été réduit en taille et rebaptisé.

Au département de la Défense, on assure que les deux organismes n?ont pas collecté d?informations, mais simplement dégagé une nouvelle perspective par rapport aux données recueillies par les services de renseignement.

Steven Aftergood, directeur du projet ?secret d?Etat? au sein de la Fédération des scientifiques américains (FAS, qui regroupe 50 prix Nobel), estime que le fait qu?elles aient collecté ou non des renseignements importe peu.

La vraie question, estime-t-il, porte sur l?honnêteté du processus d?analyse et sur la manière dont les renseignements ont pu infléchir les décisions politiques.

Aftergood souligne que ces activités étaient menées par des conservateurs notoires comme Feith, William Luti et Abram Shulsky. ?Leur réputation ne tient pas à la fulgurance de leurs analyses sur le renseignement, mais plutôt à leurs préférences idéologiques?, dit-il.

?Ils ont le droit d?avoir eu tort de bonne foi. En revanche, ils n?ont pas à profiter de leur position pour tromper la nation et fausser le processus politique?, conclut-il.

Will Dunham

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