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Dette publique : Le déséquilibre
Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, a rejeté, lors de sa dernière conférence de presse, les arguments selon lesquels la décision de rééchelonner la dette publique enverrait un mauvais signal à la communauté internationale. Cette mesure, dit-il, s?inscrit dans le processus de rééquilibrage des finances de l?Etat et a même obtenu l?aval de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.
Certes, la composante externe des emprunts est peu conséquente (9,5 % de la dette publique en 2002-03) pour faire froncer les sourcils de la communauté des bailleurs des fonds et des investisseurs privés étrangers. C?est plutôt la structure de la dette domestique qui est la source des problèmes.
Le gouvernement a de loin privilégié les instruments à court terme, dont les bons du Trésor, pour lever des fonds. Durant l?exercice financier 2002-03, le montant des emprunts à court terme était six fois supérieur aux dettes à moyen et à long terme.
La part des bons du Trésor dans la dette publique a connu une ascension fulgurante au cours des dernières années : 58 % en 1999-00 à 78 % en 2002-03. Durant la même période, la part des financements à plus longue maturité a diminué de moitié.
Le gouvernement a mobilisé d?énormes ressources financières pour investir dans les infrastructures, l?éducation, le logement social et la santé, entre autres. Il a dû emprunter massivement pour réaliser ces projets d?envergure. L?Etat aura puisé plus qu?il n?en faut dans le segment des ?short-term debts?. Il agit comme un industriel ayant choisit de financer la construction de nouvelles usines à partir des fonds de roulement.
La nette prédominance des ?T-bills? dans le portefeuille est très critiquée par les travaillistes, qui trouvent ici le résultat d?une mauvaise planification des dépenses, des revenus et du service de la dette. Mais le gouvernement rétorque que c?est son prédécesseur qui est à l?origine du mal. L?administration précédente aurait mal utilisé les recettes provenant de la privatisation partielle de Mauritius Telecom. Au lieu de rembourser les dettes, l?argent a été utilisé pour financer les dépenses courantes, estime le gouvernement.
Au-delà de la polémique politique, il y a nécessité de revoir le portefeuille de la dette publique. Les autorités recherchent des emprunts à plus longues échéances afin de mieux agencer le ?cashflow?. Toutefois, les taux à moyen et à long terme sont plus élevés que ceux frappant les emprunts de courte maturité, selon la courbe de rendement. Le rééchelonnement ne se fera pas sans coûts additionnels.
Mais il n?y a pas de meilleur moyen de résoudre le problème de la dette que de s?attaquer au déficit budgétaire. Le gouvernement a beaucoup dépensé afin de pouvoir exécuter ses politiques. Sa marge de man?uvre est dorénavant très limitée.
L?exercice financier 2004-05 lui sera très difficile. Il lui faudra trouver des modes de financement alternatifs, tels que les PPP (Private-Public Partnership) afin d?alléger la trésorerie de l?Etat. Mais le gouvernement met trop de temps avant de faire démarrer ce plan. Il s?est privé de cette possibilité alors qu?il y avait plusieurs projets budgétivores qui étaient susceptibles d?intéresser les promoteurs privés.
Le gouvernement n?a par ailleurs jamais eu une politique sur la privatisation ? une source sûre de recettes pour financer le budget de développement de l?Etat. Le gouvernement paie cher aujourd?hui son manque d?audace en matière de désinvestissement étatique.
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