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Des vers posés sur terre

19 avril 2008, 00:00

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Remuer la terre pour trouver les mots pour construire les vers. Décomposer les sens pour en faire une prose. Les fleurs ont mal. Baudelaire l?avait prédit. La rose n?est qu?épine dans un bouquet de verbes. Les mots s'égrènent comme les grains de blé dans les champs. La terre est fertile, propice et promet une belle récolte. Le fruit est juteux. Il ne reste qu?à l?exposer au grand jour, sur l?étal de la culture. C?est là que le mal perdure. Malgré ces «trop de genoux sur les tapis de prières,» comme l?écrit le poète Jean-Marc La Frenière, la demande n?a pas encore été exaucée. Même ceux qui égrènent les chapelets n?entendent plus l?écho de leurs angélus. Les poètes mauriciens restent dans l?ombre de leurs lignes.

Les mots noircissent la page, soulèvent l?âme mais la masse ne le voit pas, ne l?entend point, ne le ressent plus. «Poezi deal ek feeling, mood. Li nouri e anrisi nou lemosyon, » déclare Alain Ah-Vee de Ledikasyon Pu Travayer (LPT), qui vient d?éditer le recueil 40 Poet Enn Rekey. «A Maurice nous n?avons pas un grand public de lecteurs et pour la poésie c?est encore pire,» observe Michel Ducasse, l?auteur de Calindormes. Il y a, dit-il, cette perception que la poésie «est une affaire des gens qui sont dans les airs, des rêveurs. Les gens pensent aussi que la poésie est quelque chose de compliquer.» Si beaucoup de progrès a été noté depuis l?indépendance, surtout pour la langue maternelle qu?est le créole, «il reste encore à faire. Parski kreol pa enkor rekonet,» ajoute Alain Ah-Vee.

«Toute poésie qu?on crée dans une quelconque langue est un héritage commun. La poésie est une éducation de notre émotion. Mais le système éducatif ne lui donne pas sa place,» poursuit Alain Ah-Vee. Sur ce point, il est rejoint par Michel Ducasse. «Il faut introduire la poésie à l?école.»

Il y va aussi d?une volonté politique qui fait défaut. Abonné absent sur ce point, l?Etat, note Alain Ah-Vee, ne montre aucun signe de vouloir reconnaître la langue créole. Et cela constitue un obstacle à sa progression et à son développement dans l?écriture et la lecture.

Dans ce petit cercle de poètes, au public similaire, est-ce qu?il existe une division de lectorat sentre les langues, créole et français ? Si Michel Ducasse répond par l?affirmatif, Alain Ah-Vee est d?un autre avis. «Il y a des gens qui sont bloqués au niveau du langage. Et ne lisent que des poésies en français. Certes, il y a certains qui lisent les deux aussi,» souligne Michel Ducasse. Alors que pour Alain : «Si enn dimounn kontan lektir, li pou kontan pou lir dan tou langaz.» Pour dynamiser le secteur de la poésie locale, il «faudrait créer des évènements autour de cet art. Monter des animations autour de la poésie d?auteurs mauriciens,» souligne Alain Ah-Vee. En attendant le poète recherche encore son lecteur. «Je te cherche. Dans l?ombre de mes mots. Pour solder impuissant ton compte de silences,» écrit Michel Ducasse dans son dernier recueil Calindromes.

40 Poet Enn Rekey</B>

Ce recueil de poèmes est dédié à la mémoire de Kaya (Joseph Réginald Topize), poète musicien «mor dan selil Alkatrz, Layn Barak, Port-Louis, 21 fevriye 1999.» Edité par Ledikasyon Pu Travayer (LPT), il renferme des écrits de près d?une quarantaine d?auteurs mauriciens. Ce recueil s?inscrit aussi dans le cadre de la célébration du 40e anniversaire de l?indépendance de Maurice. Cet ouvrage se veut une première ici parce que «tous les textes sont en créole mauricien,» écrit Alain Ah-Vee dans la préface. «Pandan buku letan literatir dan langaz kreol morisyen finn marzinalize, finn innyore, finn sibir tu kalite prezize,» poursuit ce dernier. Parmi les auteurs participant à cet ouvrage on retrouve Dev Virahsawmy, Henri Favory, Rajni Lallah, Marcel Poinen, Sedley Assonne, Ananda Devi, Lindsey Collen, Eshan Abdool Raman, Michel Ducasse?

<B>40 Poet Enn Rekey est en vente à Rs 150 à la librairie Le Cygne. </B>

Point Barre</B>

La quatrième édition de la revue de poésie Point Barre a été lancée mercredi dernier au Centre Charles Baudelaire. Sous la thématique Anti-Poème ce numéro réunit des poètes d?ici et d?ailleurs. Cette revue du Sud, avec ce thème militant, laisse la voie ouverte à une grande liberté des mots. Espérant créer la polémique ou incitant les gens à lire les proses provocatrices de certains auteurs, on pense ici à Alex Jacquin-Ng ou à Jean-Claude Andou.

« Point Barre s?impose comme une revue de la poésie? C?est une revue en marche qui n?est pas prête de s?arrêter,» dit Jean-André Viala, directeur du CCB, lors de son «anti-discours» de lancement. Outre des poètes Mauriciens, Point Barre fait aussi de la place aux auteurs Français (Ile Eniger, Danièle Marche, Francis Ricard, Alain Gnemmi, Muriel Carrupt, Daniel Leduc et Cathy Garcia), Belge (V.K Valev et Arnaud Delcorte), Américain (Lisa Zaran), Malgache (Hadassa Raparson et Andrianjaka Rakotomanana), Réunionnais (Catherine Boudet), Québécois (Jean-Marc La Frenière), Haïtien (James Noël), Portugais (Philippe et Lisa Despeysses) et Indien (Lionel Baixas). A noter que le prochain thème de la revue Point Barre sera Pâle sang bleu.

<B>Point Barre est une édition de la librairie Le Cygne (Cygnature Publications). En vente dans les librairies à Rs 70. </B>

<B>Calindromes ? Michel Ducasse</B>

Ce 4e recueil du poète Michel Ducasse est un ouvrage où «il y a beaucoup de tendresse» mais qui évoque aussi le drame. Un jeu de mot en câlin et drame a donné vie à Calindromes. «Depuis que j?écris, je valse entre les deux thèmes.» L?auteur expose sa pensée en créole et en français. Pour lui, ces deux langues sont ses langues maternelles. Le créole, fut à l?époque de ses études en France, «le lien avec le pays.» Il n?aborde pas l?écriture d?un texte en français et en créole de la même façon, car les deux langues «ne respirent pas de la même façon.»

Entre la tendresse et l?engagement de ses mots, Michel Ducasse veut tenter de nouvelles choses dans son coup de plumes. Au bout de trente ans d?écriture, l?auteur veut «écrire de nouvelles choses? Ce qui m?intéresse aujourd?hui, c?est d?écrire en créole pour trouver d?autres images avec les mots.»

Pour cette présente publication, l?auteur a travaillé avec David Constantin qui a illustré ces écrits. «C?est un livre où David Constantin a fait un grand travail. Il y a une balance entre les textes et l?illustration. Il y a ainsi une double entrée dans le livre? Il y a aussi Patrice Offman qui apporte sa contribution. C?est un projet à trois.»

<B>Calindromes est en vente à Rs 300.</B>

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