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Des ponts et des ruisseaux plus beaux que nature
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Des ponts et des ruisseaux plus beaux que nature
Ponts, ruisseaux, berges pavées et pas seulement de bonnes intentions, aqueducs, pierres taillées, fruits du patient travail de l?homme et que l?Histoire patine, sont bel et bien là autour de nous, dans et autour de Port-Louis. Certains de ces vestiges importants de notre patrimoine architectural et sacré sont là depuis plusieurs siècles. Ils peuvent pourtant disparaître d?un moment à l?autre et parfois même avec la bénédiction, sinon avec la sinistre complicité, des autorités pourtant chargées de veiller à leur protection, à leur entretien, à leur mise en valeur.
Il suffit pourtant d?un simple moment d?inattention de la part de ces enquiquineurs patentés, mais bienfaiteurs courageux, désintéressés et dévoués pour que ces trésors publics disparaissent à jamais. Faut-il rappeler, ici, de sinistres exemples récents de patrimoine architectural détruit par ceux-là même chargés de leur sauvegarde ?
Ponts, ruisseaux, aqueducs, vieilles pierres taillées sont donc encore heureusement là autour de nous. Essayez donc d?aller les admirer de visu. Essayez donc de les photographier sous tous les angles possibles et imaginables. Vous découvrirez alors avec stupéfaction, mais aussi avec ravissement qu?ils ne sont pas aussi beaux que lorsqu?ils sont crayonnés et peints par le talentueux pastelliste qu?est Siddick Nuckcheddy. La réalité, la nature même, s?inclinent humblement devant le savoir-faire irréprochable de ce créateur de luminosité nouvelle sur toile. Faisons de même.
Dans la réalité, nos ponts, les berges de nos ruisseaux urbains, de blancs laiteux qu?ils peuvent être, tirent toutefois vers un gris tristounet car bétonné, maussade, routinier, passe-partout. Survient Siddick Nuckcheddy avec son matériel de peinture, et voilà nos ponts Bourgeois, nos ruisseaux des Créoles, notre Armoury Bridge, qui se mettent à rivaliser en luminosité avec les coins les plus pittoresques du Montmartre du début du XXe siècle, celui du Lapin Agile, amoureusement croqués par Maurice Utrillo.
Le blanc le plus lumineux qui soit domine les toiles portlouisiennes de Siddick Nuckcheddy, exposées au Foyer du Théâtre municipal de Port-Louis jusqu?à vendredi. Attention toutefois ! Ce blanc n?est pas tout à fait blanc. Il est même parfois carrément gris ou pire encore gris la police. Mais gris foncé ou pâle, il tire toujours vers le blanc le plus éclatant. Il se laisse volontiers souligné, encadré, caressé du blanc le plus vif afin de guider notre regard émerveillé vers cette trouée de splendeur illuminant pourtant un environnement bien malade.
Invitation à l?élévation de l?âme
Le blanc miraculeux de Nuckcheddy ressemble à s?y méprendre au lait qui ruisselle sur le miel qui tapisse, paraît-il, la terre promise. Il nous y transporte. Il réchauffe notre c?ur de pèlerin d?absolu en quête de Beau et du merveilleux, autour de nous et dans notre vie.
Les fées, peuplant les contes de notre enfance, brandissent volontiers une baguette magique. Siddick Nuckcheddy leur est pourtant supérieur. Celles qui se sont penchées sur son berceau, à sa naissance, lui remettent, en effet, un pinceau magique, un crayon magique, bref de quoi rendre la réalité qui nous entoure encore plus belle que nos rêves.
Cette réalité architecturale et portlouisienne devient déjà un superbe décor, digne d?accueillir les opéras les plus sublimes. Nuckcheddy plante donc talentueusement des décors plus beaux que nature, les uns plus émouvants que les autres. Il sait les peupler de petits personnages leur donnant une dynamique, un sens additionnel. Il n?hésite pas à le faire en plongée, regardant amoureusement le paysage urbain qui s?enfonce à ses pieds. Il a tort cependant de n?avoir pas plus souvent recours à la contre-plongée. Le canal Dayot, par exemple, doit s?admirer d?en bas, couché dans l?herbe même, si l?on veut qu?il nous invite vraiment à l?élévation de l?âme.
Certains décors urbains avantageusement mis en exergue par Nuckcheddy nous sont bien connus. Pour d?autres la découverte est totale et toujours agréable. C?est qu?il faut du courage au peintre pour descendre au fond du ruisseau pour découvrir, d?en bas, un pont dans toute sa beauté conservée, car là-haut, on s?ingénie surtout à le banaliser afin de taire nos revendications les plus légitimes, mais pas toujours faciles à satisfaire.
Un travail admirable et digne d?éloge
Nuckcheddy se livre en fait à un véritable inventaire de tous les trésors architecturaux que possède notre capitale et pas seulement en matière de ponts, de berges de ruisseau pavées, d?aqueducs, de dénivellations. Ce travail admirable et digne d?éloge est rassemblé jusqu?à vendredi au Foyer du Théâtre de Port-Louis, disponible à qui veut le voir et l?admirer.
Saisis d?admiration devant la nouvelle réussite incomparable de Siddick Nuckcheddy, nous ne pouvons que nous demander : « Quand donc deviendrons-nous une nation intelligente et digne des plus talentueux artistes qui foisonnent en nous ? »
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