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?Des mesures fermes pour aider et soutenir Maurice?
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?Des mesures fermes pour aider et soutenir Maurice?
Renforcement de l?aide afin de faire de Maurice une cyber-île, formation des Mauriciens dans divers secteurs ? de l?informatique à la médecine, de l?ingénierie la fabrication de produits artisanaux pour touristes. Pripuran Singh Haer, haut-commissaire de l?Inde, a annoncé hier que ce pays ne lésinera pas sur les moyens pour aider au développement économique de Maurice ?au moment où le sucre et la zone franche, les deux piliers de votre économie, entrent dans une phase de démantèlement?.
Cette nouvelle affirmation d?offre de l?aide de l?Inde se situe dans le cadre de la visite de son Premier ministre, Manmohan Singh, qui arrive à Maurice demain. Selon le haut-commissaire, les autorités mauriciennes n?ont qu?à formuler leur demande auprès de la Grande Péninsule pour qu?elle soit satisfaite.
D?ores et déjà, l?Inde a décidé d?étendre son aide à la formation : bourses d?études en informatique (le Premier ministre indien sera accompagné de son ministre de l?Informatique) et la mise sur pied d?écoles spécialisées de médecine et d?ingénierie. Le but est d?aider à faire de Maurice un centre d?excellence dans ces deux secteurs.
L?aide indienne à la formation couvrira d?autres secteurs, tels que les petites et moyennes entreprises. Des travailleurs spécialisés seront formés pour être capables d?offrir des produits artisanaux de bonne facture à ce marché de 800 000 visiteurs, au lieu de les importer comme actuellement.
?L?Inde a pris des mesures fermes pour aider et soutenir Maurice. Cette aide débouchera sur une win-win situation pour les deux pays. Maurice occupe une position stratégique et son appartenance à des blocs régionaux africains est un atout pour la production et l?exportation vers des pays de ces blocs?, devait aussi préciser le haut-commissaire indien. Il a anoncé le retour des vols d?Air India dès le 29 avril, avec trois vols hebdomadaires sur le trajet Delhi ? Maurice ? Afrique du Sud. Air Mauritius va augmenter le nombre de ses vols et des connexions possibles à partir de l?Inde.
Inauguration du Centre de Pailles
Pripuran Singh Haer a par ailleurs affirmé que le Joint Study Group for a comprehensive economic cooperation and patnership agreement, demandé par Premier ministre Paul Bérenger lors de sa visite en Inde en novembre 2003, est prêt. Il sera présenté aux autorités mauriciennes par Manmohan Singh.
Le haut-commissaire a rappelé que le Premier ministre indien vient à Maurice pour inaugurer la Cyber- tour et le Centre de conférences Swami Vivekananda à Pailles. La Cybertour a été construite à travers une ligne de crédit de 100 millions de dollars accordée par l?Inde. Ce pays a participé au financement du Centre de conférences au moyen d?un don de 7,5 millions de dollars et une ligne de crédit de d?un montant égal. La Cybertour est presque entièrement occupée. Le Centre de conférences a été déjà utilisé pour la conférence des Small Islands Development States (SIDS) en janvier dernier.
L?invitation pour l?inauguration de la Cybertour avait été lancée par Sir Anerood Jugnauth, alors Premier ministre, à son homologue indien Atal Behari Vajpayee. Celui-ci n?avait pu se déplacer en raison des élections générales anticipées, élections qu?il a perdues. L?invitation a été étendue à Manmohan Singh par Paul Bérenger. Le Premier ministre indien n?a pu faire le voyage à temps, ni pour l?inauguration du Centre de conférences avant celle des SIDS, ni avant l?occupation des locaux de la Cybertour par des entreprises.
Le Premier ministre indien logera au Royal Palm et rencontrera les Mauriciens de divers groupes sociaux lors d?une civic reception. Pour des raisons de sécurité, le programme détaillé de sa visite, avec les heures précises des diverses activités, n?a pas encore été divulgué.
Chronique d?une présence indienne privilégiée
La visite du Premier ministre de l?Inde, le Dr Manmohan Singh, marque le passage des relations puremement culturelles à celles prioritairement économiques avec Maurice.
Dans les années 69-70, le Premier ministre d?alors, Sir Seewoosagur Ramgoolam va proposer au Premier ministre indien, Indira Gandhi, de permettre à des entreprises indiennes de transférer des devises à Maurice. La démarche est faite par le haut-commissaire mauricien en Inde, sir Rabindranath Ghurburun. Des opportunités d?achat des établissements sucriers se présentaient et il était espérait que des investisseurs indiens, dont Bajaj, se montreraient intéressés.
Toutefois, malgré son soft spot pour Maurice, Indira Gandhi ne parviendra pas à satisfaire la demande mauricienne, se souvient Sir Rabindranath Ghurburrun. Les Indiens n?avaient alors droit qu?à 5 dollars américains en devises pour leurs voyages à l?étranger.
Les relations Inde-Maurice étaient alors surtout culturelles et éducatives, avec des bourses pour la formation des Mauriciens. L?aide économique se traduisait par l?envoi de techniciens indiens pour le développement de Maurice ? du développement bancaire à la création d?une unité de garde-côtes ? et par l?ouverture de lignes de crédit indiennes, permettant à Maurice d?acheter des équipements indiens: autobus, tracteurs, rouleaux compresseurs...
Cette relation va complètement changer une trentaine d?années plus tard. De sentimentale, culturelle, éducationnelle et religieuse (ponctuée de distribution de jhals et dolok, ainsi que de la présence du haut commissaire indien aux manifestations socio-religieuses), elle se manifeste dorénavant dans une prédominance économique. L?Inde finance désormais massivement de nombreux projets nécessaires à assurer l?avenir de Maurice, dont les nouvelles technologies informatiques et le développement de l?infrastructure.
Mais quelles sont les ambitions indiennes à Maurice ? A quel point l?aide accordée influencera la politique étrangère mauricienne, quand les intérêts indiens sont en cause ? Dans quelle mesure l?Inde influence-t-elle la politique locale et l?issue des élections ?
Dans le passé, il a été allégué que le représentant diplomatique de l?Inde à Maurice essayait de favoriser l?arrivée au pouvoir, ou le maintien au pouvoir, de tel ou tel parti politique. Un de ces ex-hauts-commissaires indiens (de 1989 à 1992), Kishan S. Rana, devait finir par avouer ces menées indiennes sur l?échiquier politique locale.
Il écrivait, dans un article publié dans The Indian Express : ?Dans le passé, l?Inde a fait preuve d?in intérêt politique direct à Maurice. Aux élections générales de 1983, quand le père de la nation mauricienne et leader du Parti travailliste, Sir Seewosagur Ramgoolam, était défié par le parti d?Anerood Jugnauth, le commissaire indien à Maurice reçu l?ordre de Delhi d?adopter une politique partisane en faveur d?Anerood Jugnauth. Après coup, l?Inde apprit qu?une telle politique partisane ne lui donne aucun avantage spécial. L?Inde comprit aussi que tout gouvernement mauricien, quel que soit le parti dont il est issu, verra qu?il a avantage dans une relation de coopération avec la Grande Péninsule. Ainsi, nous ingérer dans les élections ne nous rapporte rien. Cette attitude indienne est restée la politique officielle pendant ces vingt dernières années, mais cette politique rencontre une opposition intérieure en Inde.?
Les reunions dans les ?baïtkas?
L?article a été publié en juin 2003 et ?l?opposition intérieure? à la politique de neutralité ne viendrait, selon Kishan Rana, que du ?Sang Parivar ?, c?est-à-dire la famille politique et idéologique qui comprend les partis politiques indiens dont l?action est fondée sur le nationalisme et un certain intégrisme hindouiste, entre autres.
Or le ?Sang Parivar?, qui a laissé entrevoir les résultats catastrophiques de ses menées à travers les violences interethniques au Gujerat en 2002, n?a jamais pu influencer la politique de l?Inde à Maurice. Cela malgré la présence du gouvernement nationaliste d?Atal Behari Vajpayee au pouvoir en Inde.
Hier, le haut-commissaire indien expliquait la grande générosité de l?Inde pour Maurice par la recherche d?une win-win situation pour les deux pays. Une illustration en serait la fabrication et l?exploitation de produits indiens vers les blocs économiques auxquels appartient Maurice. Il s?agit de la version indienne.
Sir Rabindranath Ghurburrun, ancien haut-commissaire de Maurice en Inde et ancien ministre travailliste, estime que l?Inde n?a aucun intérêt à s?ingérer dans la politique locale et dans les élections. Ils sont plusieurs diplomates mauriciens à partager la même opinion. Anand Neewoor, ex-haut-commissaire, abonde dans le même sens. Le Dr Satteeanund Peerthum, ancien représentant permanent de Maurice à l?ONU,s?exprime : ?Il est évident que l?Inde, comme n?importe quelle autre puissance, cherchera à pousser son avantage du fait de son soutien financier généreux à l?égard de Maurice. Je suis d?avis, après mes expériences de la politique en Inde, qu?elle cherchera à obtenir un rayonnement international à travers son aide économique et son aide au développement. Et puis, l?Inde a toujours considéré ses relations avec Maurice comme étant privilégiées, relations qui datent de bien avant notre Indépendance.?
La présence diplomatique de l?Inde à Maurice date de 1947, avec un commissaire nommé Dharma Yash Dev. Anand Newoor se souvient de cette époque, quand les Mauriciens d?origine indienne portaient des vêtements neufs, se réunissaient dans des baitkas, ou des salles de réunion des villages, pour fêter l?indépendance de l?inde en chantant le jana mana gana, l?hymne national indien, alors qu?on faisait flotter le tricolore : orange, vert et blanc frappé d?un rouet.
Du culturel à l?économie
?Musulmans et hindous se réunissaient dans une communion d?esprit pour célébrer cette indépendance, de Lallmatie à Saint-Julien, en passant par Rivière-des-Anguilles et Triolet? raconte Sir Rabindranath Ghurburrun, qui avait alors 18 ans.
Maurice connaissait l?Inde notamment par les livres obtenus du commissariat indien, dont les bureaux se trouvaient au Champ-de-Mars. Mais l?Inde était aussi présente par le biais de All India Radio et de la station Akash Vani que les mauriciens d?origine indienne écoutaient le soir.
?Ce sont les films en hindi, que les salles projetaient dans les villages et le cinéma mobile de la commission indienne que le hindi, langue nationale de l?Inde, allait s?enraciner, tandis qu?en même temps la conscience d?appartenance à cette culture allait se raffermir au sein de la population d?origine indienne?, explique sir Rabindranath Ghurburrun.
C?est, selon le Dr Peerthum, à partir de cette époque qu?on doit trouver les racines des relations privilégiées Inde-Maurice. Anand Neewoor, haut-commissaire de Maurice en Inde de 1993 à 1996, explique ces relations privilégiées en ces termes : ?Toutes les requêtes d?aide de Maurice auprès de l?Inde sont toujours considérées positivement. Dans les années 70 et 80, Maurice était en crise économique. C?est l?Inde qui nous a aidés, au moyen des lignes de crédit et de l?envoi de ses experts pour le développement de plusieurs secteurs, des gardes-côtes au secteur bancaire. L?inde a aussi formé bon nombre de nos techniciens. Notre premier plan de développement, qui prévoyait celui des secteurs industriel et touristique, a été préparé avec l?aide indienne.
Aujourd?hui, Maurice ne se qualifie plus pour l?aide internationale, en raison de son revenu par tête d?habitant. Pourtant, l?Inde n?a pas hésité à nous aider pour la Cyber tour avec une ligne de crédit de 100 millions de dollars et un don de 7,5 millions de dollars pour le Centre de conférences Swami Vivekananda. C?est ce que j?appelle une relation privilégiée.?
Ces anciens diplomates pensent que les Mauriciens d?origine indienne n?ont changé ni leur attitude, ni leurs liens sentimentaux envers l?Inde. Akash Vani a été remplacée par des émissions télévisées, en direct, de la station nationale de l?Inde, Doordarshan, alors que les fils de Bollywood sont surtout suivis à la télé, sur lecteur DVD, ou sur ordinateur, par des Mauriciens de toutes origines.
Dans son article, Kishan Rana explique ?? les Mauriciens d?origine indienne sont nos amis naturels dans l?île, nous devons cependant développer de meilleures relations et des liens avec les autres groupes ethniques de l?île, que nous avons eu tendance à négliger dans notre politique passé ? que ce soit la communauté créole ou d?origine française. Mon expérience a démontré qu?une telle ouverture peut se faire sans aliéner aucun des groupes ethniques?.
L?Inde a certes apporté son aide au développement du pays considéré dans son ensemble toutes ethnies confondues. Cependant, elle n?a pas toujours su étendre sa zone d?influence à tous les groupes ethniques du pays. Cela sera très probablement réalisé avec le programme de formation très étendue annoncé par le haut-commissaire indien hier.
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