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Des inundations d?il y a 25 ans

23 mars 2005, 00:00

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Il y a de ces étés pluvieux, laissant des souvenirs mouillés derrière eux. Celui de 2004-05 sera-t-il de cette catégorie ? La tempête tropicale annoncée, avec un effroi particulier, par le directeur de la météo, M. Sok Appadu, ne nous incitera pas à répondre négativement à cette interrogation. Nous sommes également inondés de déclarations officielles quand elles ne sont pas ministérielles ou propagandistes, visant à nous faire accroire que, à présent que le comité catastrophes naturelles s?est réuni devant les complaisantes caméras de la MBC/TV, les accumulations d?eau s?évaporeront, les maisons inondées s?assécheront, les appareils électroménagers fonctionneront de nouveau, les garde-manger seront réapprovisionnés, le drainage des eaux ne sera plus aussi engorgé que nos routes submergées, menant vers nos centres-villes et centres-villages inondés.

Un tel optimisme officiel oublie que nous ne sommes pas amnésiques et que nos mémoires gardent le souvenir inoubliable de toutes les inondations subies en raison d?une imprévoyance notoire. La presse écrite, cette presse honnie, cette presse vouée aux gémonies tant par la majorité gouvernementale que par l?opposition parlementaire ou extra-parlementaire, unifiée ou divisée, nos collections de journaux conservent noir sur blanc le souvenir de chacune de ces inondations mémorables.

Il y a 25 ans, en mars 1980, les Mauriciens subissent toujours les séquelles d?un été marqué par le passage de Claudette, des cyclones Hyacinthe, suivis par leurs petits frères aux prénoms féminins tels Jacinthe ou encore Laure, le fraudère de fête nationale. L?Express du 23 mars 1980 consacre ainsi à Grand-Baie le village inondé un article qu?on pourrait dater du 23 mars 2005. Le village se vante déjà de sa vocation touristique mais doit dissimuler ses coins inondés, ses eaux stagnantes, ses bains de pied obligatoires qui durent pourtant depuis la mi-décembre 1979. Les cours de Camp-Carol sont inondées depuis cette date. La situation empire à l?arrivée de toute nouvelle alerte cyclonique. Ces courettes tentent simplement de redevenir les marécages qu?elles étaient avant leur squattérisation par des familles aux revenus modestes en quête d?un chez-soi. L?homme propose, la Nature dispose. Les mesures prises ne servent à rien. Des pompiers bien méritants s?évertuent à pomper l?eau. La mare voisine déverse volontiers son trop plein sur le bidonville en aval. La rue Kalimaye maille l?eau et les inondations y élisent domicile. Des funambules utilisent la murette longeant la cour d?une école pour rentrer chez eux. La piscine servant de cour à l?école voisine affiche ses 30 cm d?eau lors des journées les plus ensoleillées. Tant pis pour les ?petits bouts de chou? n?ayant pas atteint le mètre de hauteur car le maître d?école ne peut résoudre le problème. Une lueur d?espoir : le conseil de district aurait promis d?asphalter la rue Kalimaye. Autant dire aux calendes grecques.

Une nouvelle averse de menaces de révélations scandaleuses, émanant du Dr Krishnalall Coonjan. Il fait une déclaration à la police le mercredi 19 mars 1980. Il craint plus particulièrement une agression extérieure de l?île Maurice, agression commandée par un parti local. Comme si la pluie interminable et ses inondations ne suffisent pas. Il a raison dans un sens et nous pensons, ici, plus particulièrement au leader incontesté d?un de nos groupuscules, se plaignant que la plupart de ses compagnons de formation supérieure à l?étranger sont déjà les auteurs d?un coup d?Etat dans leur pays respectif. Une façon comme une autre de traduire son impatience de s?asseoir sur un fauteuil de Premier ministre. Coonjan lâche des indications sur la présence d?un instructeur en maniement de cocktails Molotov, à Maurice, en août 1979. Il parle d?une ?force de frappe de 20 personnes? dans chacune des circonscriptions, de l?explosion de la bombe fizette Sheik-Hossen, en pleine Assemblée, en avril 1978. N?en jetons plus, nous sommes déjà submergés.

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