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La prolongation imminente de l’AGOA synonyme de renaissance pour les industriels

12 août 2026, 08:00

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Littéralement au fond du trou après l’annonce du président américain, Donald Trump, en avril 2025 d’imposer des surtaxes douanières de 40 % aux exportations mauriciennes dans le cadre du fameux «Jour de la Libération», les industriels peuvent pousser un énorme ouf de soulagement et songer sérieusement à se lancer une nouvelle fois à l’assaut du marché américain. Car tout porte à croire que la prolongation de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), du Third-Country Fabric et du Regional Apparel Article Program jusqu’en 2028 est imminente. Cela après l’adoption par le Sénat américain du texte H.R. 6500 par une écrasante majorité de 90 contre 6. L’information est confirmée par l’United States Africa Desk dans un rapport publié le 7 août.

Si tout se passe bien, le texte pourrait être adopté par la Chambre des Représentants après la reprise des travaux parlementaires aux États-Unis en septembre prochain. Il est permis d’espérer que Donald Trump signe le texte et que la prolongation de l’AGOA devienne force de loi avant les élections de mi-mandat en novembre.

Le renouvellement de l’AGOA signifie que les exportations de produits manufacturiers mauriciens bénéficieront à nouveau d’un accès en franchise de droits sur le marché américain. Autrement dit, environ 85 % des exportations du secteur manufacturier seront frappées d’un taux de 0 % à l’entrée sur le territoire américain aussitôt après la promulgation du texte de loi sur la prorogation de l’AGOA. Grosso modo, on parle d’exportations avoisinant les USD 70 millions (environ Rs 3,2 milliards). De facto, cela donnera un avantage concurrentiel à Maurice sur d’autres gros producteurs de textile, à l’instar du Vietnam, de la Chine, du Bangladesh et de l’Inde qui restent frappés par des taxes douanières de l’ordre de 10 % à 12,5 % aux États-Unis. Ainsi, en l’espace de 16 mois, la situation s’est totalement inversée.

En avril 2025, le changement de cap dans la politique commerciale des États-Unis modifiait du jour au lendemain notre statut de pays privilégié au statut peu enviable d’un des pays les plus lourdement taxés par l’administration américaine. Qu’on se le dise : ces droits réciproques de 40 % étaient une véritable bombe atomique. Pour de nombreux industriels exportant vers les États-Unis, leur horizon s’obscurcissait. Car, avec une taxe aussi lourde, il était difficilement envisageable qu’ils puissent concurrencer les Vietnamiens, les Bangladais, les Chinois, les Indiens ou encore les Kenyans, beaucoup moins pénalisés par les surcharges douanières.

Mais on n’a pas baissé les bras pour autant. Graduellement, la situation s’est décantée grâce notamment aux missions de lobbying entreprises par les pouvoirs publics et le secteur privé, avec la Mauritius Export Association en première ligne. En août 2025, les droits réciproques étaient ramenés de 40 % à 15 %. Après le jugement de la Cour suprême américaine rendant caduc l’Emergency Economic Powers Act, un tarif temporaire de 10 % était introduit en vertu de la section 122 de l’US Trade Act en février 2026. Quand la section 122 est arrivée à expiration en juillet dernier et qu’un nouveau cadre commercial était institué sous la section 301 de l’US Trade Act, Maurice sera alors exclu de ces nouvelles mesures, signifiant que les exportations mauriciennes ne sont plus sujettes aux tarifs additionnels des Américains.

Aujourd’hui, le textile mauricien est en position de force. Outre l’AGOA, la dérogation de Third-Country Fabric sera également reconduit. C’est une autre victoire. Il faut savoir que le Third-Country Fabric permet aux États membres de l’AGOA de s’approvisionner en matières premières, notamment du tissu, auprès de pays tiers, c’est-à-dire en dehors de la zone de l’AGOA. Initialement, quand l’AGOA entrait en vigueur en 2000, cette dérogation était une forme de discrimination positive en faveur uniquement des pays les moins avancés. Or, quoique Maurice ne répondait pas à ce critère car étant un pays à revenu intermédiaire élevé, il a continué à être qualifié sous le Third Country Fabric. Cela a permis aux industriels d’acheter leurs matières premières à bon marché et de maintenir leur compétitivité outre-Atlantique.

Le prolongement de l’AGOA donne au pays un peu de répit. Il n’empêche qu’on doit réfléchir à l’après-AGOA. Après 2028, on opérera, en effet, dans un environnement commercial sans filet de protection. Il faudra se préparer à cette échéance. La tenue du Sommet des affaires États-Unis–Afrique devant se tenir du 6 au 9 décembre sera l’occasion pour Port-Louis d’engager les discussions en vue de la conclusion d’un accord de libre-échange commercial avec Washington.

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