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Derrière les portes de boîtes ?privées?

20 novembre 2006, 00:00

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Samedi, 23 h 30. Alors que la grande majorité des Mauriciens passent tranquillement la soirée chez eux, un certain nombre de noctambules sont en train de s?adonner aux plaisirs du nightlife. Parallèlement, des activités que l?on peut qualifier d?un peu plus osées ? et pas totalement légales ? se déroulent dans des boîtes dites privées.

À son ouverture, il y a quelques années, une boîte de l?île a suscité beaucoup d?interrogations et bien des spéculations. Que se passait-il derrière ces murs gardés jalousement par des videurs à la mine renfrognée? Nous sommes allés voir.

Le mythe qu?il fallait être membre de cet établissement privé ? à raison de plusieurs milliers de roupies ? pour y accéder est détruit quand un chauffeur de taxi, au fil d?une conversation anodine avec une connaissance, lui montre un ?catalogue? vantant les charmes d?une quinzaine de filles ?chaudes? qui sont prêtes à se dévêtir en échange de quelques pièces sonnantes et trébuchantes. Ces Mauriciennes s?exposeraient les week-ends dans cette boîte de strip-tease très prisée par la gent masculine, du moins ceux qui peuvent se le permettre.

L?entrée est payante mais le prix n?est pas exorbitant. Les responsables, très soupçonneux, nous toisent à l?entrée, visiblement en train de peser le pour et le contre avant de décider s?il serait sage de nous admettre. Nous retenons notre souffle... C?est bon. Nous avons passé l?examen.

?Si vous avez besoin d?une chambre...?

L?intérieur n?est pas du tout ce que l?on pouvait attendre d?une boîte privée de ce genre. Pas de confort pour le client : on lui offre des tables en bois recouvertes d?une nappe en plastique rouge et des chaises assorties. La salle, qui ressemble à une salle de restaurant, est comble : une centaine de clients à peu près, dont seulement deux femmes. Une fille en tenue légère est entre-temps en train de danser de manière très suggestive sur un petit podium circulaire. Nous sommes dévisagés par les habitués, qui ont l?air aussi soupçonneux que les responsables de l?établissement. La musique bat son plein.

Elles étaient sept filles à ?danser? en ce samedi. Nous apprenons qu?elles sont normalement une quinzaine. Certaines prennent visiblement plaisir à bouger langoureusement en faisant des gestes qui ne laissent aucun doute à ce qu?elles ont en tête. Car le strip-tease n?est, semble-t-il, qu?une couverture pour les activités de cette boîte, qui serait en fait une maison close.

Pendant que les filles se déhanchent et font de la gymnastique avec les barres, vêtues d?un minuscule G string et d?un soutien-gorge transparent, un travesti qui se fait appeler Jessica passe de table en table pour expliquer aux clients qu?il s?occupe ?des filles?. ?N?hésitez pas si vous avez besoin d?une chambre.? La chambre avec la fille de votre choix est à Rs 4 500 pour une heure. Compris dans le prix : un préservatif. S?il vous en faut un second, il est en vente à Rs 35.

Des sept filles qui ont dansé, seules deux se sont adonnées au strip-tease. La première, qui est montée sur le podium, vêtue d?un G-string et d?un soutien-gorge noir, commence à danser langoureusement. Et puis, hop ! On se débarrasse du haut. Les applaudissements pleuvent. Elle continue à danser, se caresse? et la culotte s?en va aussi. Les clients retiennent leur souffle.

Imperturbable ? même si elle ne donne pas l?impression de s?éclater, notre strip-teaseuse continue sa danse langoureuse. Entourant deux barres disposées symétriquement de ses jambes, la fille s?écarte dans un effort gymnastique époustouflant, devant les clients cloués sur leurs chaises. Se caressant, elle continue à se déhancher. Son visage ne traduit aucune émotion. Ce sera le seul acte de nudité complète de la soirée. Une deuxième fille enlèvera son haut une quinzaine de minutes plus tard.

Arrondir les fins de mois

Mais le message est passé. Entre-temps, le travesti continue sa ronde et quelques filles vont à la rencontre des clients, s?asseyant à leurs tables, dans un ultime effort de s?arrondir les fins de mois. Certaines disparaissent pendant un bon moment. Nous apprenons que ce sont les travestis (ils sont deux et l?un d?eux danse sur des chansons indiennes et se fait passer pour une actrice de Bollywood mais ne se déshabille jamais) qui décident de l?emploi du temps des filles.

Les responsables de l?établissement sont toujours sur le qui-vive. Une tentative de prendre une photo de notre portable est vite déjouée. Un serveur nous demande sévèrement d?effacer les photos prises parce que ?si vider trouv ou li pou pran ou telefon?.

Entre-temps, le whisky aidant, les clients sont plus bruyants, certains allant même jusqu?à s?approcher du podium pour danser. Si les serveurs sont bizarrement des hommes habillés de façon conservatrice, de temps à autre, une fille fait le tour de la salle. Elle porte une robe noire qui lui arrive jusqu?aux genoux. De face, la robe lui couvre le corps. De dos, il n?y a qu?un fil qui rattache les deux côtés pour la tenir et pour toute couverture, son G string.

À l?image de cet établissement privé, ne surtout pas juger par la couverture... Interrogé, le propriétaire nous a déclaré : ?Je ne sais pas qui vous a dit ça, je préfère ne pas faire de commentaires?.

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