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De l?électricité dans l?air

23 septembre 2006, 20:00

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● <B>Assirvaden, le déterminé</B>

Patrick Assirvaden met de la hargne à vaincre. À démentir les insinuations de Jack Bizlall et à continuer son programme de réformes au Central Electricity Board (CEB). Il en a surpris plus d?un cette semaine. Alors qu?on s?attendait qu?il se réfugie derrière des communiqués pour répondre aux questions du « consommateur-syndicaliste » Bizlall, le président du conseil d?administration du CEB a laissé tomber sa cravate et a convoqué la presse pour un exercice de questions-réponses. Pourtant cet exercice périlleux lui avait été déconseillé, surtout en l?absence au pays du Premier ministre. D?autant plus que son entourage voit en l?acharnement du syndicaliste une vindicte personnelle.

« Je n?ai rien à cacher. Et si aujourd?hui, Jack Bizlall m?entraîne sur le terrain de la vie privée, cela prouve qu?il n?a plus rien à dire après les réponses que j?ai fournies à toutes ses questions », lâche-t-il, peinant à dissimuler son énervement. Patrick Assirvaden a pris au dépourvu nombre d?observateurs politiques en jouant carte sur table. « Si Ramgoolam était au pays, Assirvaden aurait à coup sûr été démis de ses fonctions », avance l?un d?eux. Conscient du risque, il a tout de même choisi de prendre les devants.

« Ça a été très gênant d?étaler ma vie privée sur la place publique, mais je l?ai fait pour dissiper tout soupçon. Oui, j?ai une compagne, oui elle m?a accompagné à Paris, mais ce n?est pas le CEB mais moi qui ai payé son billet. Où se trouve le problème de Bizlall ? », déclare-t-il. Et de mettre au défi Jack Bizlall de venir prouver s?il y a eu des irrégularités. L?animosité entre les deux hommes n?en est que plus palpable.

De son côté, le syndicaliste n?en démord pas. « Il y a des zones d?ombre et j?espère que la commission anti-corruption, que je compte saisir dès lundi, va tirer tout cela au clair. »

Si au départ, c?est en tant que consommateur du CEB qu?il a écrit à l?organisme au sujet du voyage de Patrick Assirvaden, à Paris du 23 août au 2 septembre, cette semaine, c?est en tant que représentant de l?un des trois syndicats du CEB qu?il a rencontré la presse, pour protester contre la possible suppression du 14e mois au CEB. « Il s?est emmêlé les pinceaux en voulant à tout prix nuire à Patrick Assirvaden. Et comme il ne veut pas le reconnaître, il continue dans cette voie », fait observer un proche du dossier.

<B> « C?est archifaux » </B>

Patrick Assirvaden réclame Rs 5 millions de dommages et intérêts à Jack Bizlall « pas pour qu?il arrête de parler, mais pour qu?il sache que cette fois-ci, il a été trop loin. Il a déversé des insultes face à la presse sur ma compagne, la traitant de tous les noms, insinuant que j?ai été à Paris pour m?amuser et qu?elle a profité des fonds du CEB. C?est archi-faux. J?ai produit des documents pour étayer mes dires. Maintenant, qu?il aille à l?Icac, mais moi je l?attends de pied ferme face à la justice. »

Ses détracteurs ne de-mandent qu?à voir l?évolution de cette affaire. Harish Boodhoo, qui n?a jamais pardonné à Assirvaden, son ancien bras droit, d?être resté proche de l?Alliance sociale, s?abstient de commenter cette affaire : « Je hais regarder dans le rétroviseur d?un traître et d?un Judas inné. »

L?affrontement entre Bizlall et Assir-vaden ne laisse pas les employés du CEB insensibles. Si d?aucuns estiment que Bizlall a « raison » de poser des questions, d?autres pensent qu?après avoir obtenu des réponses, le syndicaliste ne fait qu?empiéter sur la vie privée du président. Menant de front ses réformes au sein du CEB, le président du conseil d?administration souligne toutefois qu?il ne le fait pas de gaieté de c?ur. « Il y a des sacrifices à faire dans l?intérêt du pays », explique-t-il. Et puis, le plus important, dit-il, c?est de pouvoir poursuivre le travail qui a été commencé au CEB.

● <B>Varma, l?agitateur</B>

Il agace souvent par son envie d?être à l?avant-plan. Et aussi de par ses points de vue, quelquefois aux antipodes de ceux de son parti. Yatin Varma, avocat parlementaire, affirme se battre pour ses principes, quitte à laver le linge sale du Parti travailliste sur la place publique. Ce qui n?est pas pour plaire à certains dirigeants rouges.

Yatin Varma s?est une fois de plus illustré cette semaine dans le conflit l?opposant aux Casinos de Maurice. Il aurait menacé de démissionner de son poste de député après avoir appris que ses services en tant que conseiller légal des Casinos de Mau-rice ne seraient plus nécessaires. Il est, par la suite, revenu à de meilleurs sentiments.

C?est réglé, lâche-t-il, laconique, balayant les critiques formulées à son égard d?un revers de la main. « Il ne s?agissait que d?une affaire en interne entre les casinos et moi qui a été blow up sur la place publique. »

Pourtant, cet « énième coup d?éclat » du jeune avocat parlementaire exaspère ses collègues parlementaires déjà agacés par sa façon de faire. « Il est difficile de dire s?il est capricieux ou ambitieux. Ce qui est sûr, c?est qu?il tape du pied à chaque fois qu?il n?obtient pas ce qu?il veut », déclare un agent politique de sa circonscription. Une opinion partagée par plusieurs députés rouges qui expliquent l?attitude du jeune avocat parlementaire par une frustration de ne s?être pas vu offrir un portefeuille ministériel.

Le jeune député, qui est aussi président du comité parlementaire sur l?Independent Commission against Corruption (Icac), ne semble pas se soucier outre mesure des critiques qu?il suscite au sein de son propre parti. D?aucuns expliquent qu?il se sent « intouchable » à cause de sa relation privilégiée avec Navin Ramgoolam. « Il n?en fait souvent qu?à sa tête et accepte très mal de recevoir des leçons de ministres ayant une plus grande expérience politique », déclare un député rouge qui ne porte pas le jeune parlementaire dans son c?ur. Ils ont encore en mémoire la guerre fratricide qui l?a opposé à son colistier, Vasant Bun-waree, lors de la dernière campagne électorale dans sa circonscription, Mahébourg-Plaine-Magnien. Yatin Varma reproche à ce dernier de faire cavalier seul et va jusqu?à s?en plaindre à la direction du parti.

L?animosité entre les deux hommes s?est poursuivie au-delà des élections. L?avocat parlementaire, en voulant défen-dre ses « principes », va même jusqu?à porter plainte contre son colistier dans l?affaire MCB-NPF en réclamant publiquement que celui-ci step down de son poste de ministre en attendant que l?enquête soit bouclée.

Pour calmer ses ardeurs, qui mettent l?image de l?Alliance sociale à mal, la présidence du comité parlementaire sur l?Icac lui a été offerte, affirme-t-on dans les rangs travaillistes. Une responsabilité qu?accepte Yatin Varma qui voit dans ce geste un signe de confiance de la part du Premier ministre. « Ils lui ont donné ce poste pour détourner son attention et lui n?y a vu que du feu », estime un membre de l?opposition.

Françoise Labelle, députée MMM siégeant sur ce comité, pense que Yatin Varma a su insuffler un esprit d?équipe. « C?est quelqu?un de très consciencieux avec qui j?ai eu l?occasion de travailler lors de quelques sessions. Il fait de grands efforts pour que le comité fasse le travail qui lui a été confié », souligne la députée mauve. Pour Yatin Varma, fait ressortir l?une de ses connaissances, ces responsabilités sont des preuves qu?il pourra, dans un proche avenir, assumer un poste ministériel. « Il veut montrer qu?il a du caractère même s?il doit s?opposer aux dirigeants de son parti », analyse un parlementaire.

Au niveau politique, Yatin Varma donne plutôt l?impression de ronger son frein depuis l?accession du Parti travailliste au pouvoir. Mais des députés rouges, fatigués des maladresses du jeune politicien, affirment que ce dernier serait en sursis.

« Ce ne sont que des rumeurs sans fondement », affirme, pour sa part, un proche de l?avocat parlementaire.

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