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De l?importance de la langue maternelle?
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De l?importance de la langue maternelle?
<B>C?EST</B> avec un enthousiasme toujours renouvelé que Lindsay Collen, de Ledikasyon pu Travayer, parle de l?importance de la langue maternelle dans l?éducation. Expliquant les origines du langage et des facultés linguistiques humaines avec la verve qu?on lui connaît. Le samedi 21 février 2004, elle a donné, dans le cadre de la deuxième édition de la Journée internationale de la langue maternelle, décrétée par l?Unesco, et célébrée le même jour, une conférence, titrée Linportans langaz maternel dan ledikasyon, au quartier général de l?organisation, ?Mama Bul Later?, à Grande-Rivière-Nord-Ouest. Sur fond d?une exposition-vente de nombreux livres d?auteurs mauriciens, en créole et en bhojpuri, publiés par LPT.
Rada Kistnasamy, qui présidait la séance, a d?abord souligné la raison impérieuse de ce décret par l?Unesco, notamment son importance ?dan ledikasyon?. Il précise, citant l?instance, que la moitié des 7 000 langues existant de par le monde, seraient vouées à la disparition, si les langues maternelles n?étaient pas officialisées.
Puis la conférencière Lindsey Collen, Sud-Africaine de naissance, Mauricienne par le mariage, prend la parole et surprend, par sa maîtrise à sculpter l?espace de chacune de ses paroles créoles. Elle retrace l?histoire de l?humanité, pour en extraire les similitudes de croyance des diverses civilisations par rapport à la genèse de toute langue maternelle.
Ainsi, rappelle-t-elle qu?à une époque très reculée, dans un mélange de mythologie et de religion, dans l?Inde, zot ti croire qui bondie Indra ? samem chef tout bann bondie ? ti invente la parol.? Pour Platon, philosophe grec, disciple de Socrates, ce sont les dieux qui ont ?fixé? les appellations. Dans La Genèse, poursuit la conférencière, ?Bondie faire Adam nomme tout bann créatures lors la terre.? Chez les musulmans, ?c?est Allah qui donne la langue à Adam.? Ces explications ?plutôt religieuses? perdurent encore.
Elle considère que ces exemples véhiculent ?trois faussetés majeures?: d?abord que c?est Dieu qui invente la parole et que la parole et le langage humains ne sont qu?un développement prolongé de la communication d?un chien : ?bow-wow, pooh-pooh?? ou encore que la parole est une forme secondaire des réflexions-idées-pensées, ?de ce qui existe dans la tête. Quant à ?bow-wow? c?est considéré ridicule par les scientifiques depuis 150 ans.?
L?historien grec, Hérodote, raconte que le roi égyptien Psammetik 1er avait fait grandir un enfant dans un milieu de sourds-muets, dans le but spécifique de lui couper tout contact avec la langue, quelle qu?elle soit. Il lui présenta plus tard un pain, en écoutant attentivement le mot que l?enfant emploierait pour le désigner. Ce qui, d?après lui, déterminerait la langue originale humaine. Et ce fut ?bekos?, qui en Phrygien signifie pain. ?Une explication farfelue?.
La seule thèse reconnue aujourd?hui date de 1960. Elle est du linguiste Noam Chomsky, qui pense que ?langage enn héritage humain, génétique, inné.? C?est notre moyen de penser, de comprendre le monde extérieur. Que nous captons de l?intérieur par nos sens, ?nou feeling. Ce qui veut dire qui langage li pas enne outil secondaire à la réflexion. Li enne map qui agir comme enne template. Le monde externe li représenté lor sa template langaz inné la. C?est coumsa qui nous comprend le monde. Linguistes commence comprend tout ça.?
En 1921, Edouard Sapir, linguiste anthropologue, ferait ressortir que ?tou structure grammaticale, tou langage et tou dimoune, li égal : Platon ti fréquente gardien b?uf Macédoine comme Confucius ti fréquente sauvage, cannibale depi Assam. Zot égal.?
La langue, dite innée, se développerait entre 18 mois et 3 ans. Son apprentissage au-delà de cet âge serait donc ardu, ?un casse-tête?. De là, selon Lindsey Collen, l?importance de la langue maternelle, la méthode naturelle pour appréhender l?approche académique et cognitive. Que ce soit pour l?apprentissage d?autres langues ou pour les mathématiques, les sciences? Elle fait aussi ressortir qu?une langue maternelle n?est pas du même domaine qu?une langue ancestrale ou étrangère. La première serait de beaucoup plus importante que la seconde. Cette conférence voit son importance optimisée par le débat actuel sur la langue créole utilisée comme médium d?instruction.
<B>Lalit réédite son ?Program lor langaz?</B>
- Lalit s?est trouvé une double raison de rééditer son ?Program lor langaz?. D?abord l?épuisement du stock de sa publication, parue pour la première fois en septembre 2003, et, non des moindres, le débat actuel au sujet de la langue créole comme médium d?enseignement.
A vrai dire, cela fait un quart de siècle que Lalit recherche un tel débat. Mais ne se réjouit pas totalement des conjonctures actuelles. En ce sens, ?le contexte actuel?, explique Alain Ah-Vee, figure de proue des activistes de Lalit, ?constituera un facteur positif, dans le débat sur le langage, sur l?importance de la langue maternelle à l?école. Mais, la vraie raison de cette rééedition, c?est que nous sommes inquiets.?
Car selon lui, le débat se fait dans un ?climat hystérique, irrationnel, dans un dérapage communal dangereux. Dan Lalit nou condamne tout individu avec regrupman sekter qui pe alimente conflit communal comme ça. C?est enn l?occasion pour nous amène un peu plus de rationalité dans réflexion. Program Lalit lor langaz, c?est un outil qui, nous l?espérons, ramènera le calme, et bon sens dans cet océan d?intolérance.?
Dans le même temps, ajoute Alain Ah-Vee, la presse véhicule aussi certaines prises de position, certains avis ?éclairés? qui peuvent faire avancer la cause du créole. Sont cités : Mme Alfred, S?ur Cyril Mooney ou encore les voix de Ledikasyon pu travayer, Dev Virahsawmy ou Arnaud Carpooran? Alain Ah-Vee déplore le fait que trop souvent, les gens réduisent le langage à un facteur purement technique, à un moyen de communication, d?identité culturelle. ?Mais ça va bien au-delà.? L?organisation propose ainsi une explication scientifique qui est la même que celle prônée par Ledikasyon pu Travailler, et expliquée exhaustivement par Lindsey Collen lors de sa conférence ?Limportans langaz maternel dan ledikasyon?. (Voir plus haut). S?appuyant sur le recensement officiel gouvernemental de 2000, pour signaler que 93 % des Mauriciens ont pour langue maternelle le créole ou le bhojpuri, il développe sa thèse en assurant que l?utilisation de la langue créole comme médium d?enseignement à l?école verrait se décupler chez l?enfant mauricien ses possibilités de connaissance et de compréhension du monde environnant.
Alain Ah-Vee précise que Lalit prend une position pédagogique ?en faveur d?utiliser les langues maternelles?. Ne pas les utiliser, dit-il, équivaudrait à une ?corruption de ces langues, à un génocide de ces langues?. Ainsi condamne-t-il tout Etat qui entraverait l?utilisation de la langue maternelle à l?école. Tronquant, par là même, selon lui, le développement maximal de l?enfant? Le groupe plaide aussi, dans un deuxième temps, pour l?enseignement du créole du primaire à l?université.
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