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De l?arc-en-ciel à la rue

31 mai 2008, 00:00

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«Qu?est-ce qui fait peur aux gens ? Ce qu?ils ne connaissent pas. Et quand vous ne savez pas, cela peut vous braquer.» Constat de Cynthia Coignet, responsable et coordinatrice de la soirée et de la marche de visibilité du collectif Arc-en-ciel.

Plutôt qu?évolution, Audrey Kelly, vice-présidente du collectif préfère parler de « conscientisation ». « Les gens en entendent davantage parler parce qu?on fait ce qu?il faut pour cela. »

Exemple concret : « il y a dix ans, jamais nous n?aurions pu organiser la marche de visibilité, parce que la société n?était pas prête pour cela », poursuit Cynthia Coignet. Entre autres moteurs de ces changements, « les chaînes satellitaires, les étrangers. » Autant d?éléments qui aident les gens à « se dire que ce n?est pas si grave. Je ne dirai pas que le terrain est totalement défriché mais disons que maintenant il y a des passages que nous pouvons emprunter », ajoute Cynthia Coignet.

Action concentrée sur l?écoute

Transformation graduelle qui passe par le collectif Arc-en-ciel, association de lutte contre l?homophobie et les discriminations liées à l?orientation sexuelle, fondée le 17 mai 2005. Son action se concentre sur l?écoute. Au téléphone ou aux heures où les gens peuvent venir au centre et trouver une oreille attentive.

Ce soir, se tiendra aussi la Pride Party au Kart Loisirs. De mardi à vendredi, se tiendra le festival de films lesbian gay, bisexual and transgender (LGBT). Le dernier jour, deux productions locales seront projetées, celles réalisées par Annick Sandian et Jason Lafolle. Le samedi 7 juin, aura lieu la marche de visibilité au Plaza à Rose-Hill.

TEMOIGNAGES

Spirit, 29 ans

Le «coming out» s?est passé «assez tard» ? à 22 ans ? pour cette jeune femme qui travaille dans le marketing. Au départ, elle semble avoir une vie toute tracée. Fiancée, s?apprêtant à convoler en justes noces, cette Mauricienne «vadrouille» pas mal en Europe. Son travail pour une société française l?amène à faire le va-et-vient entre Maurice, Paris et Genève. «Au cumul, j?ai passé six ans hors de Maurice.»

Mais la maladie de sa mère et l?opération qu?elle doit subir précipitent le retour de cette benjamine de 12 enfants. Engagée dans une relation avec un fiancé «très jaloux et possessif», voilà, qu?à une soirée, elle rencontre une femme qui comme cela, de but en blanc, s?est mise à s?épancher. A confié ses galères, ses déboires. Coup de foudre. «Je me suis dit ? je vais t?aimer tellement fort que tu vas tout oublier.»

Pour Spirit (nom fictif) c?est un «défi». Qui durera quatre ans. Non, ce n?est pas sa première expérience. À 18 ans déjà, elle avait eu sa «première copine». Et avait vécu des relations bisexuelles. Avant de tomber sur la personne, pour qui «le c?ur a des raisons que la raison ne connaît pas». Au milieu de sa fratrie, c?est sûr, elle a toujours été «différente», «celle qui ose», la «curieuse». C?est après l?opération de sa mère, à la faveur d?une émission télé ? ça va se savoir ? que Spirit lui annonce son orientation sexuelle. «Elle a pleuré, elle a dit qu?elle n?attendait que moi pour lui offrir un petit-enfant avant de mourir.» Après un temps sans beaucoup se parler, les relations se rétablissent entre la mère et sa fille qui ont toujours été très proches. «Elle est de la vieille école», justifie sa fille. Depuis, même si l?un de ses frères s?amuse à appeler sa copine, «beauf», on n?en reparle pas dans la famille. Spirit peut y amener sa copine, qui «est bien acceptée». En public, place au grand respect. «Je ne m?affiche pas». Pas de marques d?affection trop marquées, juste un bisou sur le front ou les cheveux en public. «Pour les autres, ma copine peut passer pour être juste ma colocataire.»

Stéphane, 29 ans

Sortir hors du placard, Stéphane (nom fictif) l?a fait à 15 ans. «Cela a pris tout le monde au dépourvu.» Sauf que l?ado d?alors n?en pouvait plus de garder cela pour lui. «Je me sentais mal dans ma peau.» à la «première occasion», il se confie. Dit tout bas ce qu?il vit tout bas. Donnant une réponse cinglante aux taquineries récurrentes, genre : «Pourquoi t?as pas de copine ?» Réaction des parents : ils culpabilisent. «Ils pensaient que c?était de leur faute, ils ont dit qu?ils s?en étaient aperçus mais qu?ils auraient dû ouvrir les yeux.» C?était leurs rêves qui s?écroulaient. Celui de la mère de conduire son fils à l?autel, celui du père d?avoir des petit-fils pour perpétuer son nom.

Une fois la première vague d?émotions passée, les parents se raccrochent à un espoir. «Tu verras, tu vas changer.» Ils vont même pousser Stéphane à sortir avec des filles. Une fois que les parents «se sont bien mis dans la tête» que Stéphane préfère les garçons,le copain pourra habiter le week-end chez lui. Les proches acceptent cette situation. Réticence des oncles et tantes, pour qui, «tant que ce n?est pas devant eux, cela va».

Au restaurant par exemple, Stéphane, pour éviter d?avoir les regards braquéssur lui, n?arrivera pas en tenant son copain par la main. «Dans une fête où il y a des hétéros, je fais attention.» Plus radical sur son lieu de travail, quand certains ressortent la sempiternelle question «tu n?es pas encore marié à ton âge ?», Stéphane coupe court en disant : «Je n?ai pas le droit, c?est interdit à Maurice.»

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