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De l?apprenti au ressenti
Les prix font tourner le monde. Apprendre la musique ? ?Vous rêvez ma chère. On tire déjà le diable par la queue. Comment voulez-vous que je trouve les moyens ? La vie n?est pas assez difficile comme cela ?? Réaction de parent d?élève, à la sortie d?une leçon particulière pour classe de Certificate of Primary Education.
Au même moment, à l?étage d?une maison, dans une salle étroite, un orchestre répète. Chacun a juste assez de place pour s?asseoir. Les deux flûtes traversières se touchent presque. Les coudes frôlent le mur. One, two, three. Pieds nus, le chef donne la mesure, empoigne son saxo et emmène les autres. Il est 18 heures à Roche-Bois. L?Atelier Moz?art répète. Oye como va, Carlos Santana.
Une fausse note. ?Si to pa kapav zoue morso la to dir. ?Le groupe reprend. Nouvelle fausse note. ?Li pa bon. To dakor li pa bon ?? Une pause s?impose. Le temps que José Thérèse nous explique qu?aux antipodes des conservatoires, L?Atelier Moz?art se bat contre la vie chère. Cherche à mettre la musique à la portée de ?zanfan lari ?.
Première étape de l?apprentissage : se procurer l?instrument. Une flûte traversière vaut Rs 25 000, les percussions Rs 40 000, un saxophone Rs 50 000. Pour le piano, comptez à partir de Rs 90 000.
?La grosse majorité des élèves possède son instrument?, explique Claudie Ricaud, directrice du conservatoire François Mitterrand. ?Ceux qui n?en ont pas doivent venir travailler sur place trois fois la semaine. Si nous en avons en stock et si ce n?est pas trop délicat, nous prêtons l?instrument.? Elle poursuit en disant que cette question est derrière le principe des deux nouvelles branches ? à Beau-Bassin et Bambous, ainsi qu?une antenne à Mahébourg ? qui ouvriront leurs portes à la rentrée de septembre. Décentralisation qui portera le nombre d?élèves de 1 400 à 1 600.
Toujours question porte-monnaie, les cours au conservatoire sont gratuits. Les frais d?inscription ou de ré-inscription varient entre Rs 700 et Rs 900 selon le niveau. Pour ce qui est des cours privés, cela varie de Rs 300 à Rs 2 000, à la discrétion du professeur.
?Récemment, une élève m?a approché pour suivre des cours?, raconte Armand Landinaff, professeur de musique dans le secondaire. ?Quand j?ai vu qu?elle avait de très longs ongles, je lui ai demandé si son professeur de guitare ne lui avait rien dit à propos de cela. Elle m?a répondu :?Jamais.? Et d?expliquer que l?une des premières choses qu?un professeur demande, c?est ?d?enlever les ongles de la main gauche?.
Ce qui pose directement la question des techniques d?apprentissage. ?La politique du ministère est d?avoir des cours de musique dans toutes les écoles, mais comme c?est un domaine rare où l?on manque d?enseignants, il n?y a pas de classes partout?, dit pour sa part Sandy Mungur, responsable de la School of Performing Arts du Mahatma Gandhi Institute.
?Dans les écoles, on ne peut pas dire que ces cours mènent quelque part. On essaye plutôt d?intéresser les enfants?, explique Armand Landinaff.
Alors que lui-même s?est spécialisé dans les instruments à vent au Dansk Conservatory au Danemark, José Thérèse de l?Atelier Moz?art opte pour la méthode américaine. ?Là où on joue un do en classique, c?est un do dans le jazz.?
A la base : comment tenir son instrument. L?aborder, avant de commencer à en jouer. ?C?est une approche personnalisée, dépendant de la morphologie de chacun. Ce n?est pas comme si l?on remplissait un bac à glace d?eau pour faire des glaçons?, affirme Dean Nookadu, du conservatoire Frédéric-Chopin, institution privée située à Quatre-Bornes. Poignée souple, absence de tension à partir de l?épaule. Pour éviter la crispation qu?ont certains musiciens.
Conservatoire ? Beaucoup se rebiffent à ce mot. Marclaine Antoine, musicien s?interroge : ?C?est pour conserver quoi ?? Armand Landinaff, lui, est d?avis que le conservatoire c?est l?équivalent d?une université, que les institutions portant ce nom chez nous sont des écoles de musique où l??on part de rien pour acquérir la base?. Une position que ne partage pas Dean Nookadu, pour qui le conservatoire est le lieu ?où l?on préserve des traditions transmises par les maîtres?.
Au-delà des questions de définition, se posent celles de perception. Conservatoire égale élite. ?Très souvent, les parents qui ont une vision de l?éducation complète viennent d?un milieu aisé.? Pour Armand Landinaff, tout ce qui est payant érige des barrières.
Et les compétences acquises ? L?enseignant s?insurge. Ce qui manque, c?est donner aux élèves le goût de jouer. Ces enfants jouent pour gagner des points aux tests.?Après on se rend compte qu?ils n?ont pas de répertoire, qu?ils n?ont fait que des exercices. Résultat : nous avons toute une jeunesse qui apprend à jouer mais qui n?apprend pas par plaisir, qui ne s?amuse pas. Si le vent arrive et souffle la partition, ils ne peuvent plus jouer, car ils n?ont pas développé l?oreille.?
Car il s?agit bien de se divertir. Soi-même, avant d?en faire profiter les autres. Citant Michel Legris, Marclaine Antoine commente : ?C?est un routinier, qui a appris à l?oreille, sans formation formelle. Et pourtant, il sait nous faire vibrer. D?ailleurs, 90 % des musiciens de studio sont des routiniers.? Pour lui, un musicien de ce type sera bien embarrassé le jour où ?il doit accompagner un groupe étranger parce qu?il est incapable de lire une partition. Sa qualité, c?est qu?il peut broder, y mettre du sentiment?.
Si José Thérèse est d?avis que ?seulement une poignée de musiciens a compris qu?il faut une formation formelle?, le conservatoire François-Mitterand introduira en septembre une filière ?musique actuelle?, en guitare électrique, basse, clavier et batterie.
Un cours qui s?ajoute aux deux filières existantes : les cours formels qui préparent aux examens et ceux dits de ?démarche libre? destinés au grand public, sans obligation d?examen.
?Nous avons toute une jeunesse qui apprend à jouer mais qui n?apprend pas par plaisir, qui ne s?amuse pas... Ces enfants jouent pour gagner des points aux tests.?
Un apprentissage qui commence vers six-sept ans, se divise en trois cycles de trois-quatre ans, pour culminer avec une moyenne de dix ans d?études. Au bout desquels l?élève décroche un certificat, qui lui permet d?enseigner à temps partiel soit au conservatoire, soit dans une école d?Etat. S?il le désire, l?élève peut poursuivre ses études sur trois ans pour obtenir un diplôme, ce qui lui permet d?être titularisé. ?Le conservatoire débouche en général sur l?enseignement, lié à un travail sur scène. L?élève ne pourra vivre de la scène?, explique Claudie Ricaud.
Et le séga enseigné dans les conservatoires ?
Quoi, uniformiser le folklore ? Et par-là même le tuer ? Dean Nookadu est formel : ?Le séga ne peut être enseigné, il se transmet.? Jean-Jacques Arjoon réagit : ?Je ne suis pas puritain. De toute façon, nous ne sommes pas propriétaires du séga. Nou pa finn invant larou.? Selon lui, si un conservatoire faisait appel à Menwar, qui a écrit une méthode de la ravanne, pour l?enseigner au conservatoire, il ne serait pas contre.
Fête de la musique
<B>Des gammes pour ?met lagam?</B>
De midi à 13 heures, des notes sonneront dans divers endroits de la capitale. L?orchestre de la police sera devant l?Hôtel du gouvernement. Des groupes égayeront le public à la place Victoria, au Air Mauritius Building, près du marché central, au Jardin de la Compagnie, à la place de l?Immigration, au Renganaden Seeneevassen Building et à la rue sir Seewoosagur Ramgoolam Street (ex-Desforges). De 11 heures à 13 heures, un concert se tiendra dans la cour de l?Hôtel de ville de Curepipe. Demain, le conservatoire François-Mitterand propose une soirée musicale à 19 heures à la mairie de Quatre-Bornes. L?esplanade du Plaza sera occupée par des élèves de la ville dès 10 heures ce matin. A Vacoas, la mairie accueillera un concert en collaboration avec l?Aryan Vedic Aided (Primary School).
Où apprendre ?
<B>> Le Conservatoire François-Mitterand </B>
Il existe depuis 1987 et dispense à la fois des cours formels et des cours ?à démarche libre?. Des cours théoriques et une formation classique en pratique instrumentale préparent les élèves aux examens de musique que le conservatoire organise en collaboration avec le Mauritius Examinations Syndicate et le Conservatoire national de région de l?île de la Réunion. Cette institution prépare aussi les élèves à des concours internationaux tels que ceux de l??Associated Board of the Royal Schools of Music?.
Les solistes sont préparés pour les épreuves de piano, violon, alto, violoncelle, contrebasse, flûte à bec, flûte traversière, hautbois, clarinette, saxophone, cor, trompette, trombone, guitare et percussions.
Le conservatoire a à sa charge la formation musicale des enseignants du pré-primaire au secondaire. Il compte des branches à Grand-Baie et Curepipe depuis 2006.
<B>> Le conservatoire Frédéric-Chopin </B>
Fondé en 2000 par Dean Nookadu et Lilia Poustovoytova, des anciens du conservatoire François-Mitterand, il est situé à Quatre-Bornes. Le conservatoire compte une antenne à Mapou.
<B>> L?Indira Gandhi Centre for Indian Culture </B>
Le centre propose des cours pour débutants, diplôme et ?hobby courses?. A chaque niveau, l?apprenant reçoit un certificat d?appréciation qui n?est pas reconnu par d?autres institutions. ?C?est pour éveiller l?intérêt pour la culture indienne?, explique Natarajan Rajappa, le directeur. Il n?y a pas de limite d?âge. Frais d?admission à Rs 300 et cours gratuits, en tabla, danse, chant et yoga.
<B>> School of Performing Arts, au MGI </B>
L?école propose des cours pour enfants, des ?hobby courses? et des cours formels menant au certificat, au niveau avancé et au diplôme universitaire (BA (Hons) Performing Arts with Education). A partir d?août, un Masters? in performing arts pour le sitar sera proposé aux étudiants. Sur la liste des cours : sitar, violon, mridangam et tabla.
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