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De la rareté et du prix du lait

15 octobre 2007, 20:00

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Les mérites du lait ont été vantés depuis tout temps. Connu pour ses apports en calcium, vitamines ou en protéines, le lait est présenté comme un produit indispensable pour une alimentation équilibrée. Les produits dérivés du lait ont également des qualités similaires. Vanté pour ses vertus diététiques ? une personne étant invitée à consommer quelque 500 ml de produits laitiers quotidiennement ? le lait déserte pourtant les rayons des boutiques et des grandes surfaces. Même les produits dérivés se font rares, sinon les prix pratiqués font fuir de nombreux consommateurs. Un retour à la normale était annoncé pour ce mois d?octobre. A ce stade, il n?en est rien. Même si le ministre du Commerce, Rajesh Jeetah, insiste à dire qu?il n?y a pas de pénurie, dans les faits c?est une autre histoire qui se conte.

Avec des propriétaires de supermarché pris en contravention pour stockage illégal de lait ou encore des irrégularités sur les dates d?empaquetage, la situation empire alors que le spectre du lait indien Amul refait surface.

Selon un opérateur du secteur, qui tient à garder l?anonymat, il y a une forte propension à la spéculation, autant sur le marché local qu?international, qui contribue à rendre la situation encore plus difficile. ?Nous importons la quantité qu?il faut. Il n?est pas crédible de dire que la consommation peut doubler du jour au lendemain. En fait, il faut aussi chercher du côté des consommateurs.On achète parce qu?on craint que les prix n?augmentent davantage. Mais il est aussi clair qu?il y a un réel problème au niveau de certaines marques provenant de pays spécifiques. A cet effet, d?ici deux mois, les choses devraient s?éclaircir car les prix ne peuvent pas subir que la logique de la hausse. Même les pays exportateurs en sont conscients. Ils ne vont pas exploiter une situation qui pourrait tourner à leur désavantage dans le long terme. Que ce soit pour le riz, le lait ou les grains secs, on ne peut tout mettre sur le dos de la Chine. Il y a, en ce sens, une tendance à spéculation,? explique cet interlocuteur.

Si les discours tendent à la dédramatisation, il n?empêche que la hausse est bien réelle et qu?elle ne cesse de se poursuivre. Moins coûteux que le pétrole, mais d?une importance égale sinon substantielle, l?or blanc devient une denrée très prisée. Cela s?explique aussi par le fait que la Chine et d?autres pays asiatiques en consomment de plus en plus à la suite de la découverte par les populations de ces pays des produits comme le cheeseburger ou autre café latte. D?autres causes expliquent la raréfaction du lait sur le marché mondial. En effet, la réduction des réserves laitières européennes et les sécheresses en Océanie, principale région exportatrice du monde, rendent la situation plus compliquée.

Les choses risquent d?empirer si les producteurs mondiaux n?arrivent pas à élargir leur cheptel laitier. Une aggravation de la situation qui accentuerait les hausses des prix qui déjà, pour la période couvrant novembre 2006 à avril 2007, ont pris l?ascenseur avec une augmentation de 46 %. Dans un tel contexte le pouvoir de marchandage et de pression de Maurice est relativement faible. Des pays exportateurs comme l?Australie préfèrent se tourner vers de grands marchés comme les pays asiatiques au lieu de se consacrer aux petites destinations comme Maurice. C?est une tendance qui devrait se poursuivre. Mais qu?en est-il d?autres éventuelles sources d?approvisionnement ? Les habitudes de consommation des Mauriciens sont bien ancrées. La qualité est ainsi jugée moins bonne que dans des pays comme l?Australie et la Nouvelle Zélande. Mais il est aussi vrai que des importateurs n?encouragent pas le recours à de nouveaux fournisseurs.

Un avis auquel un importateur donne une autre analyse. ?On travaille avec un même fournisseur depuis longtemps et on n?a jamais reçu de critiques. On ne peut donc prendre des risques à importer ailleurs pour la même qualité, mais pour un produit qui pourrait ne pas marcher,? soutient cet importateur qui intervient sous le couvert de l?anonymat. Ce dernier tient une lecture des faits qui est en déphasage avec les discours qui veulent que la situation va s?améliorer. ?Je ne crois pas que les prix changeront positivement. On est déjà en train de négocier les prix avec les fournisseurs et les premières indications démontrent que les prix aussi bien que les difficultés en approvisionnement vont demeurer les mêmes. La situation restera la même jusqu?au second semestre de l?année prochaine,? estime cet importateur.

N?y a-t-il d?autre solution ? Toujours selon le même importateur, il faudrait privilégier la piste d?une production laitière locale ?si on veut être patriotique?. A ce chapitre, la production locale ne représente qu?une quantité négligeable de la consommation. L?Etat s?est fixé certains objectifs pour inverser la tendance. Une production annuelle de 20 millions de litres est fixée d?ici 2015. A ce stade, seulement 2,2 % de la consommation est produit par des fournisseurs mauriciens. Pour changer les choses, l?Etat a mis en place le concept de villages laitiers. On est encore loin de toute ambition d?autosuffisance pour un pays qui consomme à peu près quelque 120 millions de litres, qui importe pour Rs 1,3 milliard de lait et quelque Rs 500 millions de produits laitiers.

Si on veut modifier la donne, il faudrait ainsi regrouper les producteurs individuels et maximiser la productivité. Lindsay Uthile, retraité, qui a passé plus de 40 ans dans le secteur de l?élevage et qui a été senior research assistant à l?Agricultural Research and Extension Unit (Areu), insiste à dire qu?on peut trouver des solutions au problème de la production locale de lait. ?La situation actuelle devrait nous encourager à prendre des initiatives nouvelles. Le problème majeur est que nous sommes trop dépendants des fournisseurs étrangers. On ne peut pas non plus être tributaire d?un marché mondial précaire. Il faudrait donner plus de sens à ces concepts de démocratisation de l?économie et de diversification agricole. C?est la raison pour laquelle je propose un Meat and Milk project?, avance Lindsay Uthile. Un projet, assure-t-il, dans lequel l?Etat n?aura rien à apporter.

?Supposons qu?on ait une quinzaine de propriétés sucrières en opération ou non. Si chaque propriété possédait 200 vaches laitières, cela voudrait dire que 160 d?entre elles donneront quelque 2 400 litres de lait par jour, soit 36 000 litres pour les quinze propriétés. Cela voudrait aussi dire qu?on créerait de l?emploi, qu?on aurait 3 000 vaches dont la viande serait écoulée sur le marché local et qui en reproduiraient un certain nombre annuellement. Pour faire aboutir ce projet, l?Etat devrait accorder le soutien nécessaire et mettre en place un board qui comprendra l?Areu, le ministère de l?Agro-industrie et les services vétérinaires. Ce n?est pas un rêve mais un projet réalisable,? assure Lindsay Uthile.

Il ne fait pas de doute que la production locale de lait peut être une solution. Encore faudra-t-il sortir de la production artisanale pour évoluer vers l?industriel. Le regroupement des petits éleveurs est une première étape. Mais d?autres possibilités ne devront pas être écartées comme celle que propose Lindsay Uthile.

Autrement, la tendance des prix à la hausse et la précarité du marché mondial de production de lait nous confineraient à une situation inextricable. Comme l?a d?ailleurs expliqué un importateur : les négociations pour l?année prochaine n?augurent rien de réjouissant.

<B> Nazim ESOOF</B>

<B> Et si on n?en avait pas besoin ? </B>

Et si le lait n?était en fait pas bon pour la santé ? Malgré toutes les idées reçues (un processus aidé en grande partie par les publicités des fabricants de lait) ? que le lait est essentiel à la croissance de l?enfant, qu?il renforce les os et qu?un manque de lait dans le système provoque des carences ? cela n?a jamais été prouvé. Et parmi toutes ces idées reçues non prouvées, émerge un fait ? l?homme est la seule espèce qui continue à consommer le lait après son sevrage ; tous les animaux qui boivent du lait provenant de leurs mères, s?arrêtent systématiquement au sevrage. Pourquoi cela ne devrait-il pas s?appliquer à l?homme ? En tout cas, la question fait débat ailleurs. Et les ?anti-lait ? vont même plus loin en affirmant que le lait serait en fait nocif à la santé. Le site notmilk.com donne une longue liste de maladies supposément développées à partir de la consommation de lait ? une liste allant des allergies aux cancers. Une étude médicale de l?université de Harvard affirme aussi qu?en fait, loin de renforcer les os, le lait aurait des effets contraires surtout chez une majorité de femmes américaines qui souffrent de l?ostéoporose malgré le fait qu?elles consomment le lait en grande quantité. Outre ces raisons médicales, l?ONG People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) ajoute l?argument émotionnel (qui n?est pas dénué de rationnel) ? le lait de vache n?est pas destiné à l?être humain, mais aux veaux qui ont quatre estomacs. Selon cette ONG, les vaches ne produisent naturellement qu?une quantité adéquate pour nourrir leurs petits. Le fait que l?on ait pu jusqu?ici produire autant de lait pour nourrir toute la population mondiale, consommatrice de lait, n?est que le fruit de la manipulation génétique, des antibiotiques et les hormones qui forcent chaque vache au monde à produire 18 000 litres de lait chaque année.

<B>Deepa BHOOKHUN</B>

<B> L?Onu et la Journée mondiale de l?alimentation</B>

■ L?Organisation des Nations unies (Onu) pour l?alimentation et l?agriculture dédie chaque 16 octobre à la Journée mondiale de l?alimentation. Le thème retenu cette année est : le droit à l?alimentation. ?Le choix du thème témoigne du fait que la communauté internationale est de plus en plus consciente de l?importance des droits de l?homme dans l?éradication de la faim et de la pauvreté, et dans l?accélération et l?intensification du processus de développement durable,? est-il expliqué sur le site de l?Onu. Le droit à l?alimentation a été reconnu comme un principe du droit de l?homme dès 1948 dans la Déclaration universelle des droits de l?homme. Ce droit est introduit et adopté par 156 Etats en 1966 dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Dans son message pour cette Journée 2007, le directeur général de la Food and Agriculture Organisation (FAO) rappelle qu?il existe déjà une production des aliments en quantité et qualité suffisantes pour nourrir toute la population. Cependant, à ce jour, 854 millions de personnes n?ont pas de quoi se nourrir quotidiennement. ?C?est pour que la voix des plus défavorisés se fasse entendre que le thème de la Journée mondiale de l?alimentation cette année est ?le droit à l?alimentation?. Ce thème reflète la prise de conscience par la communauté internationale du rôle fondamental des droits humains dans l?éradication de la faim et de la pauvreté? Le droit à l?alimentation apparaît de plus en plus dans les Constitutions nationales et figure également dans les textes législatifs, les réglementations et les stratégies. Afin que tous les citoyens puissent bénéficier plus facilement de leurs droits, les programmes sociaux prévoient davantage de mesures visant à réclamer le droit à l?alimentation.? C?est en cela aussi que la Journée de l?alimentation représente une bonne occasion d?engager des débats et de trouver des consensus sur de nouveaux progrès dans la réalisation progressive du droit à l?alimentation. ?Le droit à l?alimentation implique une réorientation de l?idée de charité vers le concept de droit. Garantir à chaque être humain une alimentation adéquate et régulière ne constitue pas seulement un impératif moral et un investissement pouvant se traduire par des gains économiques énormes : c?est l?accomplissement d?un droit humain fondamental. Le monde a les moyens de le réaliser,? affirme ainsi le directeur général de la FAO à un moment où l?insécurité alimentaire touche un septième de la population mondiale.

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