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De la prise de conscience aux avenues d?espoir

14 juin 2007, 00:00

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Expositions itinérantes du National Heritage Trust Fund (NHTF) sur l?esclavage, initiatives privées de sauvegarde de monuments, journées du Patrimoine, dossier de candidature du Morne : depuis l?inscription de l?Aapravasi Ghat au Patrimoine mondial de l?Humanité, le pays vit une période charnière de son histoire et cette nouvelle dimension accordée au passé semble refléter une authentique prise de conscience qui se traduit aussi par la création de musées, de filières d?emplois liées à la recherche et à la promotion touristique, de plates-formes de défense des sites menacés.

?Notre rapport à l?histoire est scellé par notre quête d?identité?, rappelait récemment le Professeur Richard Blair Allen, Research Consultant à l?Aapravasi Ghat Trust Fund (AGTF). Qu?il s?agisse d?engagisme ou d?esclavage, ou encore d?ère industrielle, ces époques ont disparu avec leurs acteurs. Les monuments et autres sites naturels sont les témoignages tangibles de ce passé qui nourrit notre mémoire collective.

Pourtant, l?évolution des mentalités n?en est pas encore au stade de révolution. Les cas de vandalisme au cimetière de l?Ouest en sont un signe, tout comme la récente tentative de vol de canon d?une ancienne épave à Baie-du-Tombeau. ?Les malfaiteurs avaient réussi à tirer le canon de l?eau mais n?avaient pu l?emmener au-delà du rivage, exposant le canon à la corrosion?, nous a rapporté Philippe La Hausse de Lalouvière, de la Société de l?Histoire de Maurice. Le commerce des pierres de taille aiguise aussi l?appétit des moins scrupuleux. Goorah Beebeejaun, président du conseil d?administration des musées, a mentionné la tentative, avortée cette fois, de pillage d?objets à Mahébourg au niveau d?un vieil abreuvoir de chevaux. L?intervention du conseiller Georges Ah Yan avait alors sauvé la situation.

?Une meilleure conscientisation est nécessaire pour que ces choses ne se répètent pas?, concède Goorah Beebeejaun. D?ores et déjà, le NHTF, en collaboration avec les musées, a organisé des expositions itinérantes au Morne et à Rivière-du-Rempart sur le dossier du Morne et l?esclavage.

Mais il n?est pas question de s?arrêter là : ?Notre policy decision porte sur plusieurs projets de musée, dont celui du Chemin de Fer. Nous avons mis en place un comité technique depuis quelque temps et le travail de recherche est présentement confié à un muséologue?, ajoute le Chairman.

Cet engouement réel ne convainc pourtant pas tout le monde. ?Au fil des dernières années, nous avons constaté un certain effort des autorités mais force est de constater, pour le plus flagrant, l?état de délabrement de certains bâtiments publics, et la sourde désaffection qui semblent indiquer des lacunes dans l?Heritage police? ce que dénonce Jean-François Guimbault, de l?association ?SOS Patrimoine en péril?, c?est par exemple le désolant spectacle qu?offrent actuellement des bâtiments publics comme l?Hôtel du gouvernement, mais aussi des trésors inestimables que constituent les boutiques chinoises.

?Le patrimoine, c?est quelque chose de commun. La restauration de la tombe de Tiroumoody, au cimetière de Pamplemousses, ne nous a pas paru moins intéressante que celle de la cheminée de Bonne-Terre.?

Ceux qui se réclament du patrimoine reconnaissent ces valeurs fondées sur l?histoire commune. C?est un des axes majeurs de l?inscription de l?Aapravasi Ghat au Patrimoine mondial de l?Unesco : ce projet demeure un exemple puisqu?il est le premier ?de son envergure à avoir été mené de manière professionnelle et répondant à de tels standards? à Maurice, pour reprendre les termes de Corinne Forest, de l?AGTF. ?Ce qu?apporte aujourd?hui le classement de sites comme l?Aapravasi Ghat, c?est l?occasion de se retrouver autour de valeurs communes, loin de tout amalgame réducteur ?.

<B>Manque de moyens</B>

Cette communauté du patrimoine, qui est comme une démocratie de l?héritage, ne peut sans doute pas se passer du soutien du peuple. Mais, qu?en est-il du soutien des élus et comment discerner ce qui est important à leurs yeux ? Si tout être humain porte consciemment ou non en lui une quête de son histoire, en politique, chacun a ses motivations?

?On dénombre à Maurice quelque 108 monuments classés selon l?actuel National Heritage Act?, explique Diana Bablee, du NHTF. Jusque dans les années 1990, ces sites classés n?avaient qu?une valeur réduite aux yeux des autorités et de l?opinion publique. On assistait par la même occasion à la démolition rapide de beaucoup de bâtiments de valeur, de l?Imprimerie du gouvernement à certains bâtiments avoisinant l?actuel site de l?Aapravasi Ghat.

Depuis, bien des choses ont changé : le Réduit a fait l?objet, par exemple, d?une restauration récente. Néanmoins, le classement ne s?accompagne pas toujours d?une véritable attention : du Donjon Saint-Louis aux Batteries qui longent la côte, pour ces traces du passé, le mot commun semble être ?abandon?.

Le manque prégnant de moyens des organismes comme le NHTF, dont il faut avoir vu les locaux, semble en être l?explication. Ce manque allégué de moyens reflète-t-il pour autant l?absence de volonté politique ?

En tout cas, il n?y a pas manque de vocations aux métiers du patrimoine. Après avoir chapeauté l?instauration d?un curriculum menant à une licence (BA) en Histoire et Patrimoine à l?université de Maurice il y a trois ans, Vijaya Teelock évoque le projet d?une Maîtrise en gestion du Patrimoine. ?Il est aussi question d?un teaching museum en collaboration avec le ministère de la Culture, qui permettrait de former des professionnels?, nous a confié le chargé de cours, également Chairperson de l?AGTF.

Le patrimoine commence aussi à faire l?objet d?un marketing auprès des promoteurs du tourisme. Récemment, une déléguée de White Sand Tours, Khurseed Mahommed, témoignait de l?importance grandissante accordée au tourisme culturel : ?Le patrimoine est quelque chose que non seulement je défends, et que j?aime à faire découvrir, mais que je crois pleinement capable d?attirer les touristes.? Des exemples comme le Blue Penny Museum, ou celui de la photographie, à Port-Louis, ont déjà ouvert la voie en matière de marketing culturel, que des musées plus ?classiques? ont peut-être encore à acquérir.

Instrument politique, économique ou non, le patrimoine peut passionner ceux qui veulent tout simplement mieux se comprendre pour vivre mieux. D?ores et déjà, deux étudiantes de l?Université poursuivent leurs recherches sur les traces de l?ère industrielle, qui correspond à peu près à la colonisation britannique à Maurice. Parallèlement, la création d?emplois destinés aux habitants du Morne dans le cadre du management plan de ce site est dans le droit fil de la ?vision 2020?, qui place l?amélioration de la qualité de la vie parmi ses objectifs prioritaires. Il est essentiel de se réconcilier avec son histoire.

<B>Tourisme culturel : l?atout du classement</B>

■ La plus-value d?un site comme haut lieu de tourisme culturel n?est pas à mésestimer. Une étude menée par la World Tourism Organisation a d?ailleurs démontré que 60 % des touristes européens (et 40 % des voyageurs français) sont motivés par l?intérêt porté à de tels sites. Et le classement au Patrimoine Mondial de l?Humanité fait doubler le nombre des visiteurs. On peut donc imaginer l?importance et l?impact des inscriptions consécutives de l?Aapravasi Ghat et du Morne pour l?économie touristique. Cela suppose qu?ils soient gérés selon les standards internationaux car les touristes visés sont ressortissants de pays où le patrimoine tient une place significative. Le tourisme culturel à Maurice pourra se développer de façon durable si ce niveau de qualité est compris et respecté de façon à répondre aux atteintes des touristes principalement européens venus à la rencontre de l?histoire mauricienne.

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