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De la dernière palanquée sucrière au vrac
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De la dernière palanquée sucrière au vrac
Le Kapta Michalis est en rade de Port Louis. Il embarque les derniers sacs de sucre, chargés manuellement, à dos de dockers, à la sueur du front des travailleurs “bord la mer”, pour ne rien dire de l’angoisse des responsables sucriers à l’idée que tout retard dans le calendrier du chargement du quota sucrier à destination de la Communauté économique européenne (CEE) entraîne automatiquement, sauf cas de force majeure, une diminution du quota alloué à chaque pays ACP producteur et exportateur de sucre.
Le Kapta Michalis lève l’ancre dans l’après-midi du 27, après avoir embarqué la dernière palanquée de sucre. Le palan du navire soulève la dernière vingtaine de sacs de sucre pour les déposer à fond de cale et compléter ainsi la cargaison de 13 850 tonnes à destination de la CEE via les raffineries de Tate and Lyle. Permettons-nous un dernier sourire en direction de l’ère pré-vrac : le Kapta Michalis est arrivé au Port-Louis le 1er mai 1980.
L’embarquement de sa cargaison de 13 850 tonnes de sucre commence le surlendemain. Il s’achève le 27 mai et tout le monde semble content qu’il ait fallu, à l’époque, 25 jours pour charger ces 13 850 tonnes de sucre, soit un demi-millier de tonnes par jour. L’avant-dernier bateau sucrier de l’ère pré-vrac est l’Omega Leros. Il lève l’ancre le 23 mai 1980 avec à son bord 8 015 tonnes de sucre.
L’ère pré-vrac n’a pourtant pas dit son dernier mot car deux autres cargaisons de sucre seront encore embarquées manuellement. La première de 15 000 tonnes est destinée à la CEE mais il s’agit d’une avance sur l’embarquement du contingent 1980-81. La seconde de 14 000 tonnes sera vendue aux Etats-Unis.
Mais c’est avec le départ du Kapta Michalis que s’achève le chapitre de l’histoire de l’industrie sucrière mauricienne, ayant trait à l’embarquement du sucre en semi-vrac, autrement dit en sacs jusqu’au chargement de la palanquée puis en vrac à fond de cale. Le ministre de l’Agriculture, Sir Satcam Boolell, peut à juste titre dire qu’une nouvelle ère s’ouvre car, désormais, le sucre mauricien sera embarqué grâce à une des installations de chargement en vrac les plus modernes au monde.
Il rappelle la version gouvernementale du projet vrac. Elle diffère quelque peu de celle du secteur privé. Selon Boolell donc, ce projet remonte à 1977. Il a coûté Rs 335 millions. Il possèdera la 3e plus grande capacité de stockage au monde, soit 350 000 tonnes ou 25 fois une cargaison semblable à celle du Kapta Michalis. Le vrac, rappelle Boolell, n’affecte pas que la manutention portuaire. Le transport routier du sucre se fera désormais par des containeurs spéciaux entre les différentes sucreries et le Bulk Sugar Terminal à Cassis, immense entrepôt qui défigure à jamais l’incomparable vue que ce jardin public, si beau et tant méprisé, offrait jadis sur la rade de Port-Louis.
Le départ du Kapta Michalis coïncide avec l’annonce du départ de Maurice de Guy Beaubois. Ce dernier peut être considéré comme un des pères fondateurs du vrac. Il est l’auteur d’une thèse de doctorat sur ce nouveau type de chargement du sucre. Avant d’être, pour une très brève période, directeur technique du Bulk Sugar Terminal, il a été l’assistant chimiste du Syndicat des Sucres. Il détient un BSc en Technologie sucrière de l’Université de Maurice. Il est membre de l’Institut des ingénieurs agricoles de Grande-Bretagne. Il soumet en 1977 une thèse sur le chargement du sucre en vrac à l’Université de Brunel en Grande-Bretagne, en vue de l’obtention d’une Maîtrise en art mécanique.
Les employeurs du port ne sont pas satisfaits pour autant. Le sucre s’en va avant la date butoir du 31 mai 1980 mais à quel prix ? Ils font et refont leurs comptes et s’aperçoivent que le chargement de la récolte sucrière de 1979-80 leur coûte Rs 28 millions additionnelles. Ils préfèrent donc ne pas participer à la fête que le gouvernement veut organiser en son Hôtel, à la Place d’Armes, en l’honneur des travailleurs portuaires. Ils considèrent que le travail portuaire ne s’est pas accompli de façon satisfaisante en 1980 et que les travailleurs concernés ne méritent donc pas les félicitations officielles.
Ils n’oublient pas les nombreux coups de main donnés par des travailleurs extra-portuaires qui ne seront pas de la fête. Ils tiennent toutefois à témoigner leur gratitude au nouveau ministre du Travail, Razack Peeroo, et à Aurélie Perrine le président de la PLHWU. Un nom qui fait partie de l’histoire du Port-Louis et que nous ne devons pas oublier.
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