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Dans la froideur de la nuit, avec le Samu social
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Dans la froideur de la nuit, avec le Samu social
Ils sont la main tendue aux nécessiteux qui, en hiver, connaissent plus que les autres les morsures cruelles du froid. Voici un instantané de ces hommes et femmes du Samu social.
À l?arrière de la camionnette, Farid, intervenant en urgence sociale depuis deux ans, entasse bri-ques de jus de fruits, kits d?hygiène et rations alimentaires. Un thermos rempli d?eau chaude permettra d?offrir un café ou une soupe. Il est 20 heures.
La nuit s?annonce longue et froide, à Joinville-le-Pont. À Arcueil, un homme, déjà connu des services sociaux, a composé le 115, le centre de régulation téléphonique permanente. Son appartement a brûlé, sa femme est dans le coma. Ce soir-là, il veut passer la nuit à Villiers-sur-Marne, le centre d?hébergement d?urgence de la Croix-Rouge qui peut accueillir 70 personnes. Sur le trajet, on prévient les intervenants de l?équipe mobile qu?il faut voir F., déjà présent à Villiers, car son état est inquiétant.
Après avoir tenté de frapper l?un des responsables du centre, F. s?est calmé. La trentaine et de l?écume au bord des lèvres, il somnole sur le lit lorsque l?équipe entre dans sa chambre. La conversation s?engage. « ça va, dit F., en fermant les yeux. Mais je voudrais revoir ma maman? »
Habitudes des uns, galères des autres
Devant le bâtiment, les hommes des équipes mobiles, tous professionnels, grillent une cigarette avant de reprendre la route. Les conversations s?engagent avec des SDF qui entrent et sortent. Les habitudes des uns, les galères des autres : tous se connaissent. « Hey, les gars du Samu social, vous devriez arrê-ter de fumer ! lance un passant. Parce que si vous crevez, on crèvera nous aussi? »
À 22 heures, un vieil homme, croisé par hasard, attend devant un feu rouge, un sac sur la tête.
Il accepte volontiers une soupe mais il refuse l?hébergement. « J?ai construit une cabane dans les bois, raconte-t-il. Je vis à l?écart et je vais y retourner. Je vous appellerai quand j?aurai besoin. Merci pour tout. » La nuit est dense, le thermomètre chute et les appels au 115, relayés par portable, s?enchaînent.
Dans le hall d?un hôpital, une femme a réclamé du secours. Cachée dans un recoin, elle dort lorsque l?équipe la retrouve enfin. On n?ose pas la réveiller. À l?extérieur, un couple, compagnons d?infortune, tue le temps avant d?aller se coucher. La soupe réchauffe les c?urs et les esprits.
De Saint-Maur à Ivry en passant par Fontenay, les visites se multiplient.
À Villiers, où un repas chaud est servi toute la nuit, le centre se remplit. « L?un de nos principaux buts est de créer un lien et ensuite de le maintenir, affirme Damien, intervenant. Nous prenons en considéra-tion les personnes qui vivent dans la rue, et ça leur fait du bien. » Il est 3 heures, il fait -3 °C maintenant.
A. est couché à l?extrémité du pont qui enjambe l?A6. Sous un amas de couvertures, exposé à tous les vents, il (sur) vit ici depuis plusieurs années.
Plus de 270 appels en 24 heures
Marc, depuis huit ans au Samu social, décide de prendre sa température. Mais à cause du froid, le thermomètre auriculaire ne fonctionne plus. Après discussion, A. obtempère et, dans la chaleur de la fourgonnette, confie ses envies d?exil.
Les appels deviennent sporadiques vers 4 heures et le Samu maraude. « Une nuit classique », affirme Marien, de retour à Joinville au petit matin. Un compteur indique que le centre a reçu, en moins de 24 heures, plus de 270 appels. « Il faut du courage pour composer le 115, explique Stéphane, écoutant nocturne. Lorsque l?on est en pleine détresse, il faut réunir des efforts et c?est parfois coûteux. Il n?y a que le prix de l?appel qui est gratuit? »
@ 2 008 Le Monde ? Pierre LEPIDI ? (Distribué par The New York Times Syndicate)
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