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Désucrons la mélasse où nagent Ringadoo et licenciés
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Désucrons la mélasse où nagent Ringadoo et licenciés
Deux experts finlandais de la Finnish Sugar Co Ltd, MM. Christian Heydemann et Hannu Paananen, ainsi que MM. Peter White et René Noël de la Lonrho mettent en garde contre tout optimisme béat et tout pessimisme destructif au sujet de la viabilité économique de la récupération du sucre que pourrait contenir une mélasse mauricienne, ressemblant étrangement à un contribuable sortant du bureau de l?Income Tax de l?époque pré-Lutchmeenaraidoo. Des études appropriées s?imposent dont l?initiative revient au Dr Swalay Kasenally. La Finnish Sugar s?intéresse au raffinage du sucre depuis? 1759. Elle a mis au point un procédé révolutionnaire de désucrage de la mélasse. La faiblesse du cours sucrier sur le marché mondial ne favorise guère les investissements dans ce sens. Les Finlandais tiennent compte de l?efficience locale en matière d?extraction du sucre de la canne ; autrement dit notre mélasse est moins sucrée que celle de nos concurrents. Le meilleur scénario laisse espérer (mais à quel coût !) une production additionnelle de 45 000 tonnes de sucre à partir des 200 000 tonnes de mélasse produites annuellement. La mélasse désucrée se prête toujours à la nourriture du bétail.
René Noël (qu?il ne faut ?sirer? indûment encore qu?il mérite amplement de l?être) n?ignore rien des essais brésiliens de remplacer des produits pétroliers par l?alcool de canne. Il conseille l?examen à tête reposée de l?exploitation des sous-produits de la canne. En théorie tout est possible ou presque mais on ne peut sous-estimer les exigences de la viabilité économique.
L?infortuné Ringadoo, notre Grand Argentier, se trouve, pour sa part, dans la mélasse la plus salée qui soit. D?autres que lui se seraient plaints ici de la chaleur excessive du poêlon. A court d?argent et de réserves en devises étrangères pourtant, il se contente de brosser le tableau le plus sombre de l?économie mauricienne, d?annoncer une possible réduction forcée des importations, de menacer les compagnies d?autobus de l?institution d?une commission d?enquête sur leurs finances, refuse d?annuler leurs dettes, justifie par avance les mesures économiques à venir, brrh ! car les propositions du FMI sont à prendre ou à laisser. Il voit bien les commerçants faire la queue pour obtenir les permis requis pour leurs importations abusives. L?expert du FMI, qui aurait pu faire passer la pilule, a chopé la malaria au Sierra-Leone, laissant la petite chopine du ?package deal? encore plus amère et indigeste. L?argent n?est rien. Ce qui compte, c?est de trouver le moyen de sortir de la crise, de sortir le pays de la mélasse dans lequel on l?a plongé. Les importations se sont élevées à Rs 2 milliards en 1975. Elles atteindront Rs 3,5 milliards en 1979/80 contre seulement Rs 2 milliards d?exportations. Il ne veut punir personne mais demande que chaque travailleur, chaque consommateur, soit conscient de ses responsabilités, de ses devoirs. ?Je veux d?un pays où existent l?ordre, la discipline et la justice sociale?.
Les grévistes licenciés d?août sont dans une mélasse comparable à celle de Ringadoo. Un comité dit des Cinq siège régulièrement pour essayer de les tirer d?affaire. Mais quand Yousouf Mohamed ne manifeste pas son allergie viscérale à l?égard d?un Bérenger par moments trop narquois, ce sont les patrons qui opposent un ?Niet !? trop stalinien aux appels gouvernementaux à la clémence. D?où le cri du c?ur de Kher en direction des employeurs : ?Reprenez les licenciés, ils ont été assez? punis !? Jagatsingh est, on le sait, ministre de l?Education mais on peut s?étonner de l?utilisation d?un vocabulaire aussi scolaire pour ne pas dire primaire, en matière de relations industrielles. D?autant plus que le même Kher a mal au c?ur à l?idée que ses instituteurs ne portent guère dans leur c?ur sa réforme des examens de la VIe, réforme qui annonce CPE et ranking de sinistre mémoire.
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