Publicité
Désethniciser l?école
Une critique du système d?allocation des bourses d?État m?a valu un jour une volée de bois vert de la part d?un lecteur. J?avais juste suggéré que l?argent investi dans des boursiers qui ne reviennent pas, serve à multiplier des sièges de premier cycle universitaire à Maurice. Mais, un lecteur en avait eu une lecture sévère. Du fait de mon « appartenance » à un groupe, mes chances de prétendre à une bourse étaient réduites, jugeait-il. Donc, la mauvaise élève que j?étais forcément se vengeait du système.
Cette anecdote, enfouie avec toutes les paranoïas que l?on préfère taire pour ne pas désespérer, resurgit aujourd?hui pour servir une évidence. Ce monsieur insinuait que ma relation à l?éducation et la sienne n?étaient pas la même du fait de nos « différences d?origine ». Peut-être n?avait-il pas tort. Peut-être que l?attitude envers l?éducation est plus intimement liée à la culture que l?on a tendance à le croire.
Si l?on admet que les valeurs de l?éducation occidentale ne sont pas les mêmes que celle des pays asiatiques, nos appréciations différentes de l?éducation, lui élitiste et moi démocratique, pourraient effectivement avoir à faire avec nos liens culturels respectifs. Pourquoi toute la guerre de l?école ne serait-elle pas après tout que la difficile réconciliation de ces philosophies a priori opposées ?
Il est permis de penser qu?un milieu asiatique conservateur perpétue, à son insu ou pas, l?idéologie et l?esprit qui aura soufflé longtemps sur les écoles d?Asie, où l?accent est mis sur la connaissance, le résultat, la mémorisation. À l?opposé, il est communément admis que l?école occidentale, elle, privilégie le « critical thinking », l?analyse, l?autonomie. Il est tout aussi plausible que ceux qui critiquent aujourd?hui l?école élitiste de Gokhool ait eu l?occasion, par descendance ou par affinité, de se familiariser avec cette autre école de pensée. La divergence des philosophies explique la violence des partis pris.
Dans les tiraillements sur la réforme scolaire, quel est le poids de ces facteurs et celui de la conviction pédagogique ? Il faut faire la part des choses pour enfin relativiser le premier aspect et amener le débat sur l?autre plateforme. La frontière entre l?école occidentale et l?école asiatique se dissipera peu à peu devant une obligation : l?école doit être plus pragmatique, efficace, que celle, idéologique, des politiciens. À force de serpenter entre deux cultures éducatives au gré des affinités ministérielles, notre école n?a toujours pas de projet éducatif. Il est grand temps de lui en trouver un, en commençant par restituer à ceux qui sont capables de dessiner ce projet leur autorité sur la question.
Pour désethniciser, il faut dépolitiser. Mettons une bonne fois sur pied un comité mixte de pédagogues, capables d?une vision suffisamment large pour deviner ce que devra être l?enfant de demain, de « human ressource experts », d?économistes. Plus on avance dans le débat, plus il devient clair qu?une vraie réforme de la pédagogie est inévitable, mais Veena Ballgobin a déjà identifié cette semaine l?urgence : amener une « compétition », oui, mais « positive » qui ne produit pas une élite arrogante comme c?est actuellement le cas, et encourager les écoles privées à l?enseignement anglais. Ce serait déjà un pas pour réconcilier les cultures.
Publicité
Publicité
Les plus récents