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Cyrano de Bergerac, poète libertin

7 mars 2005, 00:00

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Il ne suffit pas de voir dans la date d?aujourd?hui la traditionnelle célébration de la naissance de Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655). Nous devons plutôt nous demander en quoi il est nécessaire, pour nous, hommes et femmes du vingt-et-unième siècle, de nous souvenir de cet écrivain né au dix-septième siècle.

Certes, on ne connaît pas grand-chose sur sa vie. Les documents manquent, même si Edmond Rostand a créé toute une légende, aujourd?hui bien répandue, sur lui. On sait par contre qu?il est issu de la bourgeoisie, qu?il s?est tourné vers une carrière militaire, puis vers la politique, avant de choisir la littérature. On sait qu?il se brouillait facilement avec ses amis, même avec les libertins avec qui il s?entendait bien. On sait également qu?en 1654, il reçoit par inadvertance une poutre sur la tête. Un an plus tard, il meurt à l?âge de trente-six ans.

Mais au-delà de tout ça, comment le décrire ? Incrédule, révolté et libre. Tels sont les substantifs qui siéent à merveille à sa personnalité quand il s?agit de décrire cet écrivain. Ce n?est pas étonnant qu?on assiste aujourd?hui à un net regain d?intérêt qui se manifeste à son égard, sous différentes formes : thèses, publications, émissions télévisées, pièces de théâtre et productions cinématographiques. Si notre génération est appelée à le découvrir ou à le redécouvrir, c?est parce qu?il était temps de le réhabiliter en brisant ce mythe réducteur que des critiques mal informés avaient construit autour de lui. Ce sera aussi l?occasion pour nous de revoir notre propre conception de sa littérature qui se cherche en plein XVIIe siècle.

Il faut voir dans l?écriture de ce polygraphe la quête d?une forme idéale qui symbolise celle même de la liberté. Avec Cyrano, il n?y a pas de demi-mesure. Si la littérature a une raison d?être, c?est bien celle qui consiste à se défaire de toutes les contraintes. Et le mérite de Cyrano, c?est de nous avoir indiqué une voie littéraire qui sera exploitée trois siècles plus tard par la littérature de l?existentialisme : l?écriture comme exercice de liberté. Bien avant Sartre qui a eu l?audace de ridiculiser un de ses professeurs dans son écrit de jeunesse, Jésus la Chouette, professeur de province, Cyrano avait déjà fait de son maître un cuistre dans le Pédant joué.

Son aspiration à la liberté fera de lui un révolté contre l?autorité établie, philosophique ou religieuse. Ses écrits sont donc une défense des droits du petit peuple et une réclamation de l?égalité de principe pour tous les hommes. C?est sans doute là que les actes de ce poète de la révolte nous servent d?exemple. Pas dans le sens où ils sont accomplissement. Mais parce qu?ils constituent justement un échec. Ce sera le résultat d?ailleurs pour tout le courant libertin, auquel il appartient. Comme les autres libertins, Cyrano finira lui aussi par se rallier au pouvoir établi.

La révolte de Cyrano est en faveur d?une morale individuelle. Or, les valeurs morales ne peuvent justifier le désir individuel. En ce sens, l?échec de Cyrano sera une indication à l?existentialisme que la morale, ainsi que la liberté, ne peuvent exister que dans leur forme authentique, c?est-à-dire, collective.

En somme, Cyrano de Bergerac est loin d?être un médiocre écrivain burlesque. Tour à tour romancier, épistolier, dramaturge et poète, il reste cependant la figure de liberté que tout écrivain baroque aurait aimé incarner.

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