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In the cut

22 avril 2004, 20:00

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SOYONS honnêtes : la plus grande partie des spectateurs iront voir In The Cut non pas à cause du sujet intéressant, ni parce qu?il porte la griffe de Jane Campion, mais parce que c?est le film dans lequel l?actrice Meg Ryan dévoile (presque) tous ses atouts. La ?fiancée de l?Amérique? demeure toujours célèbre pour sa prestation dans la comédie romantique de Rob Reiner, Quand Harry Rencontre Sally. Elle se risquait à un moment de comédie osée en simulant un orgasme face à Billy Crystal dans un café, juste pour lui montrer que la chose était possible. Ce qui allait entraîner cette célèbre requête d?une cliente assise pas loin : ??J?aimerais la même chose qu?elle?. Après avoir rempli une multitude de rôles au cours des années, Meg Ryan a décidé de changer d?image, un peu comme on renouvelle sa garde-robe ou qu?on change de coiffure. Ce qui sied bien à sa belle maturité : ses personnages deviennent soit plus sombres, soit plus sulfureux ; en tous cas, ils sont plus intéressants.

Ainsi, dans In The Cut, le personnage qu?elle joue n?est pas nécessairement sulfureux, contrairement aux affirmations de certains articles de presse. C?est juste un personnage de femme moderne et indépendante qui vit dans un environnement urbain : Frannie Thorstin, professeur de lettres à New York. Elle enseigne à de jeunes adultes, se spécialise dans l?étude de l?argot et de la littérature policière et (comme nombre de gens de son milieu, dans les pays développés) elle a choisi de vivre dans un quartier un peu dangereux de la ville ? un quartier pas vraiment sordide, bohême plutôt, avec juste ce qu?il faut pour donner le frisson ? possiblement pour une raison du genre ?c?est là que se déroule la vraie vie?.

Cette recherche du frisson sans toutefois vouloir s?y engager carrément, est possiblement une des clés du film. En plus d?habiter ce quartier (qui serait l?équivalent à New York de Roche-Bois, chez nous ?) sans vraiment se mêler à ses habitants, Frannie Thorstin ne fréquente pas non plus les représentants de la pègre locale alors que sa spécialité aurait dû au moins l?y inciter. Elle a juste comme habitude d?aller prendre un verre au bar du coin avec Cornelius (Sharieff Pugh), un jeune noir qui lui apprend les nouveaux mots d?argot. Celui-ci a l?air dangereux, mais il n?est pas méchant pour un sou. C?est un de ses étudiants, en plus, et elle le titille juste un peu (encore que cela pourrait être sujet à interprétation) tout en lui faisant comprendre que les choses n?iront pas plus loin.

A ce commencement de portrait, au début même du film, vient s?ajouter l?intrigue policière. Alors qu?elle est dans les toilettes de son bar habituel, Frannie surprend un couple en pleins ébats, et elle se surprend à les observer, fascinée. La pénombre fait qu?elle ne voit pas les visages des deux amants, mais elle s?aperçoit quand même que l?homme a un tatouage à l?avant-bras. Le lendemain, elle fait la connaissance de James Malloy (Mark Ruffalo), un inspecteur de police qui vient l?interroger à propos du cadavre de femme retrouvé devant chez elle. La victime a été décapitée et, aux dires de l?inspecteur, elle serait la femme vue la veille dans les toilettes du bar.

Frannie n?a rien vu ou entendu de suspect ou même d?étrange cette nuit-là. Mais elle ressent une attirance pour ce policier un brin trop imbu de sa personne et dont elle accepte le langage cru lors de leur deuxième rencontre ? tout en n?acceptant pas que son coéquipier s?exprime de la même façon ? mais qu?elle ne cherchera pourtant pas à revoir, dans un premier temps. On peut comprendre alors que sur le plan sexuel aussi, Frannie est en quête du frisson mais que là aussi, elle n?ose pas.

Sympathie parfaite

Le film aurait pu se limiter à ce portrait, on a donc un peu de mal à s?expliquer sa déviation vers l?intrigue policière, d?autant plus qu?il y a autour de Meg Ryan au moins deux personnages qui viennent compléter le portrait. Le premier, c?est sa demi-s?ur Pauline (Jennifer Jason Leigh), avec qui elle a de longues conversations très intimes. Celle-ci est d?une nature toute différente : elle est aussi en quête du grand frisson mais elle, y va carrément, n?hésitant pas à braver les conventions et même la loi.

On comprend que les deux, bien que nées de mères différentes, se connaissent et se comprennent depuis toujours. Elles sont en sympathie parfaite et c?est en les voyant ensemble que l?on peut constater que Frannie n?est pas une personne insensible (aux vraies valeurs humaines, par exemple). Elle n?est pas, ou tout au moins ne paraît pas, une personne déséquilibrée non plus, à en juger par ses rencontres épisodiques avec John (Kevin Bacon), son ex qu?elle cherche généralement à éviter. Et pour cause, celui-ci est une sorte de maniaco-dépressif qui parvient à repousser jusqu?à l?extrême les limites de l?apitoiement sur soi-même (il y parvient toujours, après d?incroyables détours). Il y a aussi l?inspecteur Rodriguez (Nick Damici), le coéquipier de Malloy qu?elle apprécie moyennement. Elle ne le sent pas, c?est tout.

Pour satisfaire la curiosité des lecteurs (du moins, de certains lecteurs), Meg Ryan, dévoilant presque tout, révèle le corps aux courbes sympathiques de la quarantaine. Les scènes ?pouvant heurter? sont pleines d?énergie et on est heureux, ou du moins satisfait, de la voir enfin s?engager dans sa quête du grand frisson d?ordre sexuel. Cela est dit sans ironie, au point que l?on regrette que ce soit l?intrigue policière avec un tueur en série et des cadavres découpés qui, à partir d?un certain moment, vient prendre le devant de la scène.

On peut le regretter, surtout que cette intrigue est assez bancale, certains personnages ayant des comportements qui n?ont aucune justification. Il y a même certains moments où on pourra trouver le temps long. Certains ont parlé d?une obsession puritaine d?associer le sexe au mal. D?autres ont évoqué la possibilité que ce ?disfonctionnement? soit volontaire. In The Cut est un film adapté d?un roman (A Vif, de Susanna Moore qui coécrit le scénario avec Jane Campion) dont on a dit beaucoup de bien et il est possible qu?il y ait dans cette histoire des complexités qui ne sont pas apparentes lors d?un premier visionnage.

Ce qui m?amène à dire sans vouloir faire de jeu de mots, que In The Cut est un film à propos duquel il est très difficile de trancher. Réalisé par une cinéaste d?envergure et bien servi par ses interprètes : Meg Ryan saisissante de vérité, en tête, mais on pense aussi à Jennifer Jason Leigh, à Sharieff Pugh et à Kevin Bacon. Peut-être qu?il faudrait le revoir une deuxième fois?en supposant que cela ne soit pas en soi, un échec.

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