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Cunningham : retour à la case? Maurice
■ PROLOGUE</B>
<B>« La mafia institutionnelle »
Au début, il était accusé de corruption. Puis, il a été assigné comme témoin. Un jour après son départ du pays, Bert Cunningham a jeté les bases et pourrait se retrouver comme plaignant dans une affaire juridique. Pourtant, on a cru avoir tout vu et entendu sur l?affaire de l?ancien receveur des douanes il y a une semaine.
Toutefois, l?expert canadien qui devait quitter le pays au courant de la semaine dernière s?est retrouvé à faire ses valises? pour déménager. Du moins dans un premier temps. Avant même de partir pour le Canada, il a préparé son retour au pays, car il réfléchit à la possibilité de poursuivre ses anciens employeurs. La boucle est bouclée et Bert Cunningham se retrouvera bientôt à la case départ : Maurice.
L?histoire commence il y a deux semaines, lorsque l?expert canadien a été remercié par la Mauritius Revenue Authority (MRA). Ceci, suite à des allégations de corruption qu?il a fait parvenir au Premier ministre. Le temps d?un répit qui a duré le week-end dernier, Bert Cunningham sort de son mutisme : il dénonce « une mafia institutionnelle » et explique, pour la première, fois cinq « grosses affaires de corruption ».
Cette « mafia », déclare-t-il, a ses entrées à la MRA et dans d?autres institutions importantes du pays. Commence alors une folle semaine pour Bert Cunningham.
■ LUNDI
« Diffamation criminelle »
Ses déclarations ? ou plutôt allégations ? à la presse n?ont pas plu à tout le monde, surtout au Directeur des poursuites publiques (DPP), Gérard Angoh. Ce dernier écrit au commissaire de police pour qu?il enquête sur un possible cas de diffamation criminelle, article 288 du Code pénal. L?enquête est référée au Central Criminal Investigation Department (CCID). Accusé de fraude sur l?importation d?un téléviseur dans un premier temps, puis assigné comme témoin dans cette même affaire, Bert Cunningham fait face à une éventuelle nouvelle charge criminelle.
Toutefois, la démarche du DPP fait tiquer. Car si l?enquête a été confiée au CCID, le dossier compilé sera remis au? DPP lui-même. La Constitution du pays est ainsi faite : seul le DPP peut décider ou pas de poursuivre quelqu?un en justice. Mais dans ce cas de figure, de nombreuses voix se sont élevées dans le public pour souligner ce fait singulier. Dans cette présente affaire, le DDP se retrouve juge et partie. Si Bert Cunningham est trouvé coupable, il risque une peine de prison n?excédant pas douze mois et une amende ne dépassant pas Rs 5 000.
■ MARDI
« Commission d?enquête inutile »
L?occasion était trop belle. A défaut d?avoir ouvert une boîte de Pandore, l?expert canadien a entrouvert une porte et s?attend à ce que d?autres réagissent. Ainsi, point de surprise lorsque la Private Notice Question (PNQ) du leader de l?opposition, Paul Bérenger, est posée. Bérenger veut des éclaircissements sur la déclaration de Bert Cunningham sur le fait qu?il y a une mafia institutionnelle dans le pays. Cette question était d?autant plus pertinente, car l?ancien directeur des douanes dit avoir référé le dossier contenant toutes ses allégations au Premier ministre.
Toutefois, Navin Ramgoolam répond que le pays dispose déjà de l?ICAC, organisme chargé de combattre la fraude et la corruption. Il assure que cet organisme dispose de pouvoirs étendus dans cette lutte et écarte le besoin d?instaurer une commission d?enquête présidée par deux juges pour se pencher sur la raison. Une pratique trop coûteuse, surtout dans cette situation où il y aurait duplication des rôles et des responsabilités. Selon Navin Ramgoolam, ce ne serait « pas dans l?intérêt public ».
Le Premier ministre profite aussi de l?occasion pour préciser les conditions dans lesquelles la MRA a résilié le contrat de Bert Cunningham : insubordination, incapacité à travailler selon la structure établie à la MRA et une résistance à se soumettre aux provisions légales.
■ MERCREDI
« Tentatives d?intimidation »
Les développements vont crescendo pour Bert Cunningham. Ses actions initiées en début de semaine ne seront pas sans conséquences, car à 14 heures ce mercredi, une équipe du CCID se présente au domicile de l?ancien directeur des douanes. Certains parlent d?arrestation. D?autres d?interpellation. Quoi qu?il en soit, Bert Cunningham accompagne les enquêteurs aux Casernes centrales pour donner sa déposition. Les médias ne s?en privent pas : les péripéties que connaît cette affaire ne finissent pas de surprendre les Mauriciens.
Au bout de trois heures d?interrogatoire, Bert Cunningham a toutefois été autorisé à rentrer chez lui. Les autorités réfutent alors les termes « interpellation » ou « arrestation ». Le Canadien a été « entendu ». Un responsable du CCID vient même rompre le mutisme pour lequel sont connues les Casernes centrales, en déclarant à la presse que Bert Cunningham a accompagné les policiers à leur quartier général de son propre gré. L?ancien directeur des douanes est invité à se rendre au bureau du CCID le lendemain.
Un peu plus tôt pendant la journée, l?assistant directeur du département recherche et planning de la MRA, Naimduth Bissessur, passe à l?offensive. Dans une déposition à l?ICAC, il formule des allégations envers Bert Cunningham sur deux cas : un voyage avec sa famille en Chine et une affaire de sous-facturation alléguée de Rs 25 millions concernant l?importation de documents, de passeports et de matériels d?imprimerie.
■ JEUDI
« Rupture de contrat »
Dans les couloirs des Casernes centrales, certains racontent que les membres du CCID sont sensibles à la cause de Bert Cunningham. Afin de soutenir une éventuelle accusation de diffamation criminelle, les enquêteurs se penchent à nouveau sur l?affaire de l?importation de 7 000 bouteilles de whisky. Dans leur démarche, Bert Cunningham est plus un témoin qu?un possible accusé, justifiant sa décision de s?être « volontairement » rendu au quartier général du CCID pour donner sa déposition.
Pendant ce temps, le dossier compilé sur une possible diffamation criminelle est déjà traité par le DPP. Ainsi, pour éviter tout conflit d?intérêt dans cette affaire, le DPP et son bureau ont laissé au commissaire de police, Dhun Iswar Rampersad, la responsabilité de diriger cette enquête et de décider de la marche à suivre.
Les enquêteurs concluent qu?il n?y a pas matière à le poursuivre pour diffamation, sous-entendant que les éléments que le Canadien a fournis les satisfont.
Le soulagement du côté de Bert Cunningham est de courte durée toutefois. La nouvelle tombe en cours de journée : décision de dernière minute du conseil d?administration de la MRA de ne pas lui verser des indemnités représentant six mois de salaires (environ Rs 6 millions) pour son renvoi. La raison évoquée est que l?ancien directeur des douanes a violé les clauses de confidentialité de son contrat en exposant certains faits à la presse. Le Canadien qui se prépare à quitter le pays ce jeudi matin doit tout annuler. Il compte se battre pour ses droits et demande à rencontrer le Premier ministre.
■ VENDREDI
« Déménagement avant le départ »
On aurait pu imaginer une fin de semaine plus calme pour Bert Cunningham, mais elle se terminera au même rythme qu?elle a commencé. Pris entre son départ de Maurice, son rôle de pseudo-témoin dans des affaires qu?il a dévoilées au CCID et son combat pour récupérer les indemnités de rupture de contrat, Bert Cunningham renvoie son départ à deux reprises. Il partira samedi matin. Mais avant son départ, il déménage, car il songe déjà à son retour à Maurice.
Car entre-temps, il consacre sa journée de vendredi à des réunions avec son homme de loi, Me Hervé Duval Jr, avec qui il discute de la marche à suivre pour réclamer ses indemnités de six mois. Même s?il quitte le pays, il ne compte pas abandonner ses droits, surtout que selon lui, la MRA est la première à avoir rompu la clause de confidentialité entre les deux parties. Les avocats du Canadien s?attelleront à constituer un dossier sur cet argument.
■ EPILOGUE
<B>« Départ pour des raisons de sécurité »</B>
L?ancien directeur des douanes cède finalement. Pour « des raisons de sécurité », il a pris l?avion hier matin pour rejoindre Paris avant de prendre une correspondance vers le Canada. Malgré le goût amer qui lui reste après ces deux folles semaines qu?il a connues, Bert Cunningham ne quitte pas Maurice définitivement.
Il a d?ailleurs un combat inachevé ici, ce même combat pour lequel il avait signé il y a six ans et qui aujourd?hui est la seule chose qui le lie à notre île. Et il a déjà jeté les bases ? changement de domicile et instigation d?une affaire légale ? pour son retour.
<B>Mauvais signal pour les étrangers</B>
« C?est un mauvais signal qu?on envoie aux investisseurs potentiels », a déclaré Bert Cunningham comme pour résumer la semaine qu?il vient de passer. Le rayonnement que connaît cette affaire n?est pas négligeable, quoi que puissent dire les autorités. Au moment où certains fustigent le Canadien anciennement receveur des douanes, des organismes internationaux ont les yeux braqués sur l?affaire. Déjà, en début de semaine, l?ambassade américaine avait émis une déclaration officielle disant que « l?ambassade suit la situation avec un grand intérêt. Nous sommes confiants que toutes les procédures concernant Bert Cunningham se feront dans l?esprit de la transparence et selon la loi. » A ce moment,Cunningham était « interrogé » par le CCID. Toutefois, aux Casernes centrales, on ne parle pas d?arrestation ni d?interpellation. Suite à cela, Jacques de Navacelle, président de Transparency International (Mauritius) a averti la maison mère de cette institution sur le dénouement de cette affaire. Toutefois, il ne s?agit pas d?une tentative de dénoncer. « Ce qu?on peut attendre de Transparency International (TI) c?est une insistance de leur part afin de proposer leur aide au gouvernement dans la lutte contre la fraude et la corruption. C?est intéressant d?avoir leur point de vue et leur avis sur la question, surtout face à la situation où le receveur de douanes est concerné », explique-t-il.
« TI pourra, je pense, suggérer des idées au gouvernement dans cette lutte. Après, c?est au gouvernement de décider s?il retiendra ces idées. » Quoi qu?il en soit, les instances internationales, de même que des investisseurs présents ou potentiels, suivent avec attention les développements de cette affaire. Surtout au moment où la Mauritius Revenue Authority a refusé de verser la totalité des indemnités dues à l?expert canadien, sous prétexte qu?il a enfreint les clauses de confidentialité de son contrat. Affaire à suivre.
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