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Créole rôle décomposé
Les conformistes du sérail pourraient s?en étonner, voire s?en offusquer. Mais la parole qui longe la rivière de l?irrévérence n?obéit à aucune autruche. Et elle dit que ceux qui se proclament iconoclastes au sein d?un système ne sont souvent que l?étendard des croyances établies. Ce sont de telles postures qui trahissent une lecture réductrice de l?identité. En ces jours où les célébrations s?enchaînent, on a eu l?occasion de constater que l?identité mauricienne est plus que jamais figée dans des approximations théoriques tant elle est bridée par notre incapacité à concevoir l?universalité des êtres et des choses.
Dans la même logique lorsqu?on parle de débat, ce n?est qu?une occasion pour mieux affirmer ses convictions. Or, le débat est surtout le moment de la remise en question. Si on corsette une langue, une culture, une identité dans ses idées arrêtées ou dans une foi antérieure à soi, on les dépouille de leurs substances pour en faire des concepts inanimés. C?est ce que nous faisons de notre langue, de notre culture et de notre identité quotidiennement dans ce pays. Des principes secs. Une démonstration bigote de sa bondieuserie. Comment donc espérer sortir de cette impuissance à ne concevoir l?être que comme le coffret des disques lancinants.
Les ratonnades qui puisent des malaises identitaires ne conviennent pas à notre société. Encore heureux que nous ne sommes pas programmés pour des débats et des idéologies qui font recette dans certaines sociétés. Mais nous sommes abonnés à d?autres ridicules. Cloisonnement de l?esprit critique. Des croyances millénaires portées en bandoulière comme autant d?ingrédients pour fabriquer la même compote. Bref on le sait, la douleur de la mémoire historique est prégnante pour les uns. D?autres rejettent la sécularisation pour mieux affirmer la particularité de leur radicalisme pour ne pas dire fanatisme. Des modèles d?exclusion mutuelle comme ceux-là ne manquent pas. Nous avons fait le choix de la vulgate ethnique et c?est tant mieux pour notre fameuse harmonie sociale qui est citée en exemple et devant laquelle s?extasient de nombreux étrangers. Mais est-ce les limites de notre ambition identitaire?
Nation arc-en-ciel? L?unité dans la diversité ? Euh? Coexistence pacifiquement artificieuse ? Certainement. Un constat qui risque de sembler trop sévère. Pourtant, on peut difficilement affirmer le contraire quand on voit à quoi s?arrête l?intelligentsia mauricienne. à une vaste entreprise d?archéologie des lieux communs. Une classe d?individus qui s?arc-boutent sur les fantasmes de la race, de la caste, de la masse? et surtout d?une lassante béatitude à se complaire dans l?immobilisme identitaire.
Il ne faut toutefois pas désespérer. Il y a quelques notes d?espoir. ?Nu Langaz se nu limanite?, clame le groupe Abaim dans le cadre de la Journée internationale de la langue et de la culture créoles. Une autre manière de transcender non seulement son appartenance mais aussi sa seule condition d?homme. Une langue, une culture. Une manière de dire. Une manière de se dire dans une langue. Une manière d?être. Une manière de s?anéantir dans l?être universel. Celui qui ne connaît de définition qu?en dehors des rites et du nid douillet des âmes égarées.
Le message d?Abaim mérite qu?on s?y arrête parce qu?il met en scène un concept que nous occultons souvent. Celui de l?humanisme. Lorsqu?on commence à dire l?humain, on quitte la voie sinueuse des identités kitsch et morcelées pour prendre celle de l?innocence originelle, de la pureté divine de l?humain, nous efforçant de les débarrasser des vains oripeaux historiques et culturels auxquels on est souvent tenté de les réduire.
C?est de cette identité qu?il est question. Celle où la langue et la culture créoles disent avec tant de lyrisme et de poésie notre mauricienne créolité indépendamment de la question de l?appartenance et indistinctement de nos origines.
Chante Abaim et on déhanchera?
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