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Crue dévastatrice de la Rivière-des-Pluies
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Crue dévastatrice de la Rivière-des-Pluies
La rivière en furie a parachevé son travail destructeur. Déjà à moitié emportées lors du week-end du 18 et 19 février, plusieurs maisons de la rue Lorion et de l?impasse Isambert, à Rivière-des-Pluies, sont depuis ce week-end définitivement rayées de la carte. Avalées, englouties, disparues à jamais dans les flots déchaînés.
Ce ne sont pas seulement les bâtiments qui se sont évaporés, mais aussi les terrains sur lesquelles elles étaient construites depuis au moins vingt ans. Les maisons Taochy, Tellier, Cadet et Dalleau ne sont plus que des souvenirs dans les esprits de ces familles meurtries. Des relevés GPS effectués hier ont montré que la rue Lorion avait été amputée de 35 mètres !
Et il y avait encore des jardins entre le bout de la rue et le lit de la rivière. Encore propriétaires de coquettes villas il y a quelques jours, les quatre familles aujourd?hui sans logis résident à l?hôtel ou dans des locations.
Mais une demi-douzaine d?autres maisons, situées juste derrière celles qui ont disparu, ont également dû être évacuées par leurs occupants. Des déménagements forcés, forcément traumatisants. Un petit lieu de culte, avec une grande croix plantée dans le jardin, a dû être abandonné. Déracinées elles aussi, les statues religieuses d?une pieuse famille du quartier.
Voir la puissance destructrice de la nature</B>
À quelques dizaines de mètres de la rivière vorace, la maison des Lebon est toujours intacte. Frédéric, le fils de la maison âgé de 19 ans, affirme qu?il n?a pas peur : ?La rivière est encore loin. Pour l?instant...? Le jeune homme, qui a toujours vécu ici, finit par reconnaître que, lorsque les énormes galets sont chahutés par les flots, ?les fenêtres et le sol tremblent un peu?. Hier, le ballet des camions de déménagement était quasiment achevé.
De nombreuses maisons sont à présent désertes. Mais des badauds ont afflué toute la journée pour voir de leurs propres yeux le résultat de la puissance destructrice de la nature. Et les commentaires vont bon train.
Les anciens évoquent l?époque où la rivière coulait près de l?actuelle église. D?autres accusent la piste tracée au milieu du lit de la rivière pour permettre le passage des engins du chantier de basculement des eaux, en amont de l?Îlet-Quinquina. Et une phrase vient conclure la discussion : ?La rivière finit toujours par reprendre son lit?.
<B>D.V.</B>
<B>Cilaos, une île dans l?île</B>
Coupé du monde depuis ce week-end, Cilaos vit en quasi autarcie. Le cirque connaît de gros problèmes d?alimentation en eau. ?Les précipitations sont tellement importantes que cela occasionne des trop plein dans les tuyaux et des coupures?, précise Yannis Yebo, adjoint au maire. Les robinets fonctionnaient de nouveau mardi à Cilaos ville, mais trois écarts étaient encore à sec : Peter-Both, Bras-Sec et Ilet-à-Cordes. Pour ce dernier, les nouvelles sont mauvaises. Un éboulis s?est produit entre le captage et le village. Le site est difficile d?accès. Si le temps s?améliore, la Saphir interviendra en hélicoptère. Sinon, il faudra être patient. Au minimum une semaine. Diwa n?a pas fait de dégâts majeurs dans les habitations. Onze sinistrés ont tout de même été admis au centre d?hébergement. Mais ils ont tous regagné leur domicile. ?Il reste le problème des lycéens, tempère Yannis Yebo. Ils sont 240 à être coincés ici et il y a le bac à la fin de l?année?. En ville, la vie suit pourtant son cours. La plupart des commerces sont restés ouverts en puisant dans leurs réserves. Les deux pharmacies ont été approvisionnées par le biais de la navette de la Civis. Bref, ça s?arrange. En attendant le retour du soleil.
<B>Effet Fujiwhara</B>
Dans l?évolution de la tempête tropicale modérée Diwa, une perturbation née au nord de la Réunion a joué un rôle. Il y a eu interaction entre les deux phénomènes, un processus que les météorologues connaissent sous le nom d?effet Fujiwhara. Lorsque deux systèmes sont distants de moins de 1 300 à 1 500 km, ils agissent l?un sur l?autre autant sur leur intensité que sur leur déplacement. Du nom d?un météorologiste du début du siècle qui a longtemps étudié l?action réciproque de typhons dans le Pacifique Occidental, cette action a parfois comme conséquence de mettre en rotation, de faire tournoyer en quelque sorte les deux systèmes l?un autour de l?autre, s?ils ont des intensités équivalentes ou le plus faible autour du plus puissant. Dans la zone sud de l?océan Indien on avait observé un tel cas de figure en février 2003 lorsque Gerry et Hape se sont creusées à 1 000 km de distance l?un de l?autre.
La perturbation s?est dégonflée dans la journée de samedi, fusionnant avec Diwa qui, une fois qu?elle sera passée au large de la Réunion, pourrait continuer à s?intensifier jusqu?à devenir selon les projections une forte tempête tropicale mais heureusement plus loin dans le sud.
<B>Plusieurs habitations emportées par les eaux</B>
Le bruit devient assourdissant lorsque l?on s?approche du bout de la rue Lorion à la Rivière-des-Pluies. Assourdissante l?eau qui s?écoule avec furie mais aussi le bruit des galets qui roulent dans le lit. Assourdissant aussi le ronronnement des camions de déménagement qui stationnent devant les maisons. Tous les habitants du quartier s?activent à charger leurs meubles et leurs biens. Il faut dire que dans la nuit trois maisons et une petite chapelle ont été emportées par les flots. Le quartier est devenu très dangereux. Déjà fragilisé par les intempéries survenues lors du week-end du 18 et 19 février dernier, les pluies de Diwa ont fini le travail. Hubert Pedurand, directeur de la Nouvelle imprimerie dionysienne, un carton dans les mains, est furieux. ?Cela fait un an que je suis ici, et jamais je n?ai vu cela. La maison a été construite en 1982 et il n?y a jamais eu de problème. J?ai été évacué avec ma famille lors des premières pluies. Cela fait maintenant 15 jours que je suis à l?hôtel avec ma femme et mes deux enfants. La mairie prend une partie du prix en charge, mais pour un mois.
Et après, s?interroge Hubert Pedurand. Il faut impérativement que les assurances prennent le relais. Il faut que le décret de catastrophe naturelle soit pris le plus rapidement possible. Quelques minutes plus tard, le pan d?une autre maison s?effondre. Une jeune femme d?une trentaine d?années est prise d?un malaise. Elle est immédiatement prise en charge par les sapeurs-pompiers de Sainte-Marie. ?J?ai tout perdu, constate effondré l?une des victimes de la nuit. Mon fils, qui avait sa maison à proximité de la mienne l?a vue aussi disparaître dans les flots. Tout est partie. Cette zone n?est pas dans le plan de protection des risques. C?est le lit de la berge ouest qui est en zone à risque. Nous nous ne sommes même pas en zone inondable. Que s?est-il passé ? Comment en est on arrivé là ?? Malgré tout, c?est dans les situations de détresse que l?on prend conscience de la solidarité des gens. Tous les habitants du quartier se sont donnés la main pour aider ceux qui devaient déménager en urgence leur habitation. Une brève éclaircie humaine dans le gris de la tempête.
<B>Presque toute la population de la Réunion menacée</B>
La quasi totalité de la population de la Réunion risque à terme d?être touchée par l?épidémie de chikungunya, en raison d?une faible proportion de porteurs sains, montre une étude rendue publique mercredi dans ce département français d?outre-mer.
Selon cette étude de séroprévalence, sur 567 femmes enceintes de l?île, dont le sang a été prélevé entre le 15 janvier et le 15 février, 19 % présentaient des traces d?anticorps générés par le virus.
Ce pourcentage est similaire à celui de la population déjà atteinte par le chikungunya à la même date.
?Cette cohérence nous a surpris. Nous avions tendance à penser qu?il y avait des formes asymptomatiques. En fait il y en a extrêmement peu?, a déclaré à la presse le professeur Antoine Flahaut, directeur de recherche à l?Inserm et chargé de la coordination des recherches sur le virus. ?Cela veut dire que cette histoire n?est pas derrière nous.?
Les analyses ont été pratiquées par le Centre national de référence des arboviroses, à Lyon.
La quasi-absence de porteurs sains du virus, c?est-à-dire qui ont été infectés mais n?ont pas développé de symptômes de la maladie, indique que la marge d?infection est encore très forte sur l?île. Selon le préfet de la Réunion Laurent Cayrel, ?80 % de la population risquent encore de contracter le chikungunya puisque 20 % ont déjà été atteints?.
Les derniers chiffres communiqués par l?Institut national de veille sanitaire montrent qu?au 26 février 186 000 personnes avaient été touchées par le virus, sur une population totale de 780 000 habitants.
Quatre-vingt-treize décès sont d?autre part imputables, directement ou indirectement, au virus. L?âge médian des victimes est de 78 ans.
<B>Reprise des opérations de démoustication</B>
En l?absence de vaccin, la démoustication et la protection individuelle contre les piqûres de moustique restent les seuls moyens de lutte contre l?épidémie.
Les opérations de démoustication, menées par 3 600 civils et militaires, ont été suspendues de samedi à lundi en raison des fortes pluies générées par le passage de la tempête tropicale Diwa à proximité de La Réunion. Ces opérations ont repris mardi dans certaines régions de l?île.
La tempête a eu un effet destructeur sur les vecteurs de la maladie mais ?la population de moustiques va chercher à se reconstituer?, souligne le préfet.
La prolifération des moustiques s?interrompt naturellement au début de l?hiver austral, en mai-juin.
Invité du ?Grand Jury? RTL-Le Figaro-LCI, le ministre de la Santé Xavier Bertrand s?était montré prudent, dimanche, sur l?évolution de l?épidémie.
?Nous semblons aujourd?hui avoir moins de nouveaux cas de chikungunya?, a-t-il dit, tout en ajoutant qu?il ne fallait pas ?donner le sentiment que le gros de l?épidémie était passé?.
<B>Bernard Grollier</B>
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