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Crise de maires

22 novembre 2003, 20:00

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Tout le monde veut être maire. Mais entre vouloir et pouvoir, il y a un grand fossé, dans lequel s?engouffre, année après année, la bonne gestion de nos villes. Une gestion qui, minée par des considérations bassement politiques, se retrouve aujourd?hui en déclin : qualité en baisse des élus et des cadres administratifs, ambiance malsaine des réunions du conseil, ingérences du gouvernement central?

Guy Troylukho, conseiller de Quatre-Bornes, est l?exemple le plus bruyant des m?urs entourant le choix des maires. Après avoir crié sa colère d?avoir été écarté du fauteuil de premier magistrat de la Ville des fleurs, cet entrepreneur en bâtiment de la Résidence Kennedy s?est calmé tout de suite après une seconde promesse : un représentant de son quartier, « peu importe lequel », sera maire l?année prochaine, lui a confirmé Ivan Collendavelloo, secrétaire général du MMM.

« Sur le plan populaire, c?est une bonne chose d?offrir la chance d?être maire à tout le monde, mais administrativement est-ce bien ? Je ne le pense pas? », observe un ancien lord-maire. Il évoque les qualités essentielles pour gérer un budget qui se chiffre en millions (voir hors-texte), pour assurer la bonne marche des affaires afin de garantir un climat serein.

Moorgesh Veerabadren, travailleur du port, également ancien lord-maire, ne partage pas cet avis : « Le MMM a démocratisé le poste de maire. Ce n?est plus réservé à certains privilégiés. Et puis le travail du premier magistrat se fait beaucoup plus sur le terrain, à l?écoute des citadins. » L?année dernière, le choix de Gérard Nina comme lord-maire, récompense de sa longue fidélité envers le MMM, avait surpris : certains agréablement et d?autres désagréablement. Un mandat vite passé et déjà, Nina dépose son bilan demain?

Cette année, à Port-Louis, plus d?un conseiller MMM grogne contre la nomination d?un MSM, Tirat Moossun, comme lord-maire. « C?est un arrangement purement électoraliste de l?état-major du MMM, en vue de la partielle du n° 7. Et à cause de cela, le MMM doit céder le fauteuil de lord-maire », se plaint un conseiller de Port-Louis, qui tient à garder l?anonymat. Mais pourquoi, comme Troylukho, ne s?élève-t-il pas contre ce choix ? « C?est le gouvernement central qui décide. Si je proteste, je brûle mes chances de devenir un jour lord-maire? »

Si plus d?un reconnaît que la logique communale ? pour assurer un certain équilibre ? a toujours dicté le choix des maires, en revanche, les alliances politiques viennent compliquer la donne. « De mon temps, à Beau-Bassin-Rose-Hill, le PMSD décidait seul du choix des maires parmi les siens. Il y avait moins de frictions qu?aujourd?hui. Et le choix n?était pas automatique : le conseiller choisi devait réunir un certain nombre de qualités de gestionnaire et avoir une expérience reconnue comme conseiller », explique Raymond Rivet, maire des villes-soeurs en 1965. « Zordi bien pli compliqué, bisin respecté communautés ek accords politiques. Mais même péna compétences, tous zotte choisir, du moment ki deux critères-là respectés. Et toute l?année, sa créé enn grand la guerre entre conseillers », nous dit ce jeune conseiller de Curepipe, qui patiemment « attend son tour ».

Les temps changent. Pendant longtemps, les mairies étaient considérées comme la pépinière des états-majors politiques. Nombre de nos tribuns y ont fait leurs armes : Sir Seewoosagur Ramgoolam, Jules Koenig, Renganaden Seeneevassen, Raoul Rivet, Razack Mohamed, Sir Gaëtan Duval, entre nombreux autres. À ses débuts, le MMM a, lui aussi, aligné ses principaux lieutenants, mais cette tendance a changé ; de nos jours l?investiture municipale est considérée comme étant de « deuxième grade ».

Députés-conseillers

« À notre première participation aux municipales, en avril 1977, une bonne vingtaine de députés étaient candidats. Sur les douze députés de Port-Louis, au moins dix se portaient candidats aux municipales et un autre à Beau-Bassin-Rose-Hill. Neuf d?entre nous ont été élus », fait ressortir Cassam Uteem, ancien président de la République et ancien conseiller municipal.

Aujourd?hui les donnés ont drastiquement évolué : l?actuel conseil municipal de Port-Louis ne compte qu?un député du MMM, en l?occurrence Jean-Claude Barbier. « Même ceux qui ne sont que de simples députés ne sont plus dans les conseils municipaux », observe Cassam Uteem.

Mais il n?y a pas que le problème du personnel politique, il y a aussi et surtout l?absence de leadership et de « dévotion » parmi les élus. « Autrefois, les conseillers municipaux accordaient pratiquement tout leur temps à la gestion de leur ville, animant des réunions tardives devant une foule de citadins passionnés par les projets de leur ville. J?ai aujourd?hui le sentiment que l?on attache davantage d?importance au superficiel », se plaint Bashir Khodabux, ancien lord-maire. Il partage lui aussi l?avis que le manque d?engagement personnel et une relative indifférence de la classe politique dans son ensemble envers les municipalités expliquent la lente dégradation de nos conseils urbains. « Avant, il y avait dans chaque conseil un noyau de quatre ou cinq meneurs. »

Si la qualité des élus laisse à désirer ? le ministre de l?Administration locale les avait récemment qualifiés de « conseillers manger-boire » ? il en va de même pour les cadres administratifs. Dans les municipalités, les politiques tendent à caser leurs proches et autres activistes, s?ingérant sans gêne dans les travaux de la Local Service Commission, d?où les nombreux remous qui agitent cette dernière.

« Quand j?étais maire, c?était un privilège de pouvoir compter sur le savoir-faire du Town Clerk, André Decotter, qui maîtrisait tous les dossiers. C?était lui qui guidait les maires à leurs débuts », se remémore avec regret Raymond Rivet. Comme Decotter, il y avait d?autres cadres, tels Somduth Buckory et Dabee Seesaram, qui ont suscité l?admiration des conseillers d?alors?

Aujourd?hui, les compliments sont rares mais les attaques entre cadres administratifs et élus politiques pleuvent. En arbitre, le ministère de l?Administration locale tente alors de gérer plus ou moins bien la crise?

Plus d?un regrette ce manque de cohésion ? parfois carrément une guerre ouverte ? qui gêne le bon déroulement des travaux. Il y a bien l?approche collégiale du Joint Negociating Council qui est censé regrouper des cadres administratifs, conseillers et représentants des syndicats d?employés. Mais cette instance, qui permet de dégager une gestion collective, ne se réunit presque plus?

Sur le banc des accusés de la mauvaise gestion de nos villes, plus que les facteurs humains, on pointe depuis des années le Local Government Act de 1989. « Selon cette loi, être maire se révèle un périlleux honneur. Quand on est nommé, on pense grand et si on n?est pas préparé aux lourds rouages administratifs, on risque de terminer le trop court mandat d?une année très déçu », explique Deven Nagalingum, deux fois maire de Beau-Bassin-Rose-Hill.

Cette loi contraignante fait que les conseillers sont des « marionnettes sans pouvoir aucun », pour reprendre une expression de feu Freddy Appassamy, ancien haut cadre municipal. La réforme tant attendue entre en vigueur dès l?année prochaine. La nouvelle loi suffira-t-elle pour sauver nos municipalités ?


Un milliard entre les mains des conseillers

Plus d?un milliard de roupies par an et un personnel d?environ 4 600.

C?est du moins ce que l?État confie à la gestion des conseillers municipaux des cinq villes. De par son importance sur le plan de l?administration, des affaires et du nombre de ses habitants, Port-Louis dispose d?un budget plus de deux fois plus important que les autres villes. Pour l?exercice en cours, la capitale a prévu des dépenses de l?ordre de Rs 403,6 millions.

La situation pour les autres villes est la suivante : Curepipe : budget de Rs 189 millions pour 688 employés ; Beau-Bassin-Rose-Hill : budget de Rs 170 millions pour 800 employés ; Quatre-Bornes : budget de Rs 166,3m pour 658 employés ; Vacoas-Phoenix : budget de Rs 150,7 millions pour 785 employés.

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