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Crise alimentaire et lutte contre la pauvreté

20 avril 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La planète Terre vit des moments graves. Une centaine de millions de personnes dans au moins 33 pays sont concernées par la crise alimentaire. En neuf mois, une hausse de 45 % du prix des denrées alimentaires est en train de provoquer « l?insurrection de gueux » dans les pays où l?on vit en majorité avec un ou deux dollars par jour, ce fameux « étalon de la misère ». Les « émeutiers de la faim » sont prêts à mourir parce qu?ils meurent déjà de faim. Si rien n?est fait, les conséquences seront terribles.

La grave crise alimentaire mondiale est la résultante de plusieurs facteurs tant structurels que conjoncturels : dérèglement climatique avec des sécheresses exceptionnelles qui a fait chuter la production de céréales des pays comme l?Australie, la Turquie, les États-Unis, le Brésil ; modifications dans les habitudes de consommation des populations dans les pays émergents, comme la Chine et l?Inde, qui sont devenus, avec la hausse de leurs revenus, demandeurs de viande et de céréales ; la production des biocarburants parce qu?elle détourne du marché alimentaire des hectares de cultures ? soit 100 millions de tonnes de céréales chaque année désormais consacrées à la production d?énergie.

Le monde subit aujourd?hui les effets pervers du développement des biocarburants comme alternative au pétrole.

Alors que la politique agricole commune en Europe a obligé la mise en jachère de 10 % des surfaces agricoles, soit un total de quelque 3,5 millions d?hectares, l?urbanisation accélérée de la Chine aurait fait disparaître de la carte environ 3 millions d?hectares de terres agricoles. Et pour couronner le tout, la Banque mondiale et le FMI ont longtemps préconisé dans les pays en développement des politiques d?« ajustement structurel » visant à assainir les finances publiques, au détriment de l?investissement dans l?agriculture. Ce n?est qu?en 2007, que la Banque mondiale a tiré la sonnette d?alarme sur l?importance de l?agriculture.

Au niveau mondial on se mobilise pour les mesures d?urgence afin d?éviter des catastrophes en attendant qu?on se concerte pour relancer l?agriculture.

Qu?en est-il à Maurice ? L?attitude responsable de nos dirigeants politiques ? gouvernants et opposants ? et le ton consensuel du débat méritent d?être salués. Devant la gravité de la situation Paul Bérenger a, lors des débats sur sa PNQ mardi dernier, proposé les quatre axes d?une stratégie pour faire face à la crise. Le ministre de l?Agro-industrie, Arvin Boolell, a eu le ton juste et a parlé un langage de vérité quand il a affirmé que le temps de « cheap foods » est bel et bien révolu. Cette crise alimentaire est venue comme un « wake up call » non seulement pour les politiques, mais aussi pour la population. Elle commence à prendre conscience que la question de la flambée du prix du riz, de la farine et d?autres denrées alimentaires est un problème mondial sur lequel le gouvernement ne peut faire grand-chose. Face à la crise alimentaire c?est aux politiques de tout bord et aux acteurs économiques de faire preuve de c?ur, d?intelligence et de raison pour trouver des solutions d?urgences, en particulier pour ceux qui vivent dans la pauvreté. C?est aussi le moment pour nos responsables politiques et économiques de repenser la politique de diversification agricole, comme l?a toujours réclamé le Parti Lalit.

Pour diverses raisons, Maurice n?a pas réussi sa politique de diversification agricole malgré les différents plans stratégiques. Il en est de même des initiatives au niveau régional, avec les terres à Madagascar et au Mozambique dont les potentiels n?ont pas été réalisés à ce jour. Dans la recherche d?alternatives à l?exploitation du capital foncier dans le sillage de la crise du sucre, c?est le développement immobilier ? morcellement et IRS ? qui a pris le dessus, au point que certains y ont vu la panacée à tous les problèmes du pays. La décision d?implanter la cybercité sur le triangle d?Ébène, soit sur des terres parmi les plus fertiles de l?île est tout un symbole d?une certaine conception de la modernité qui fait fi des besoins de bases de la population. Cette crise démontre clairement la nécessité de trouver un équilibre dans l?exploitation post-sucre du capital foncier afin de donner à l?agriculture la place qu?elle mérite.

Comme ailleurs dans le monde, ceux qui seront les plus touchés par la crise alimentaire à Maurice seront les familles pauvres. Personne n?a le droit d?en tirer un capital quelconque. La campagne d?information et de sensibilisation de la population sur les différents aspects de la crise, dont celui d?un nécessaire changement des habitudes alimentaires, a besoin d?être approfondie, sans que quiconque vienne faire référence à « le temps margoze ».

Une des conséquences de la crise alimentaire c?est qu?elle vient compliquer davantage la lutte contre la pauvreté qui figure à l?agenda du ministre des Finances. Ce dernier est résolument déterminé à trouver les moyens les plus efficaces de cette lutte dans le cadre d?un partenariat actif Etat? entreprises-ONG en vue d?une synergie des moyens, des ressources et du savoir-faire. Un des axes d?une politique concrète d?intégration économique des pauvres serait le développement de micro et petites entreprises agricoles dans les régions et poches de pauvreté. Au-delà des 2 000 arpents du récent accord entre le gouvernement et les sucriers, il y a des milliers d?arpents qui sont aujourd?hui mal ou sous-exploités. Ils peuvent être mis en valeur à travers ce partenariat dans la lutte contre la pauvreté. Ce serait une composante essentielle d?un « new deal alimentaire » à imaginer.

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