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Coup de force raté à Antananarivo
Grosse peur hier à Antananarivo. Dans un tract distribué aux alentours du ministère de la Défense nationale, en fin d?après-midi vendredi, le général Randrianafidisoa, jadis proche de Ravalomanana et candidat disqualifié à l?élection présidentielle, a annoncé la fin du pouvoir de Marc Ravalomanana et la prochaine mise en place d?un régime de transition dirigé par un directoire militaire. Il était entouré d?une demi-douzaine d?officiers supérieurs.
Par la suite, il s?est rendu à la base aéronavale d?Ivato où il a établi ses quartiers. « C?est ici que j?attends mes frères d?armes qui veulent rejoindre nos rangs », a-t-il déclaré. Toutefois, il nie avoir voulu faire un coup d?État. « Je prends ma responsabilité pour défendre la légalité », a-t-il déclaré à la presse. Le général Randrianafidisoa trouve que Marc Ravalomanana est dans l?illégalité parce qu?à son avis, ce dernier aurait dû démissionner de ses fonctions après l?annonce de la date des élections. Dans une boutade, il déclare : « Il n?est pas question de faire un coup d?État car il n?a plus d?État, le régime actuel est illégal. » Mais les choses n?allaient pas en rester là.
Au petit matin, quelques centaines d?éléments mixtes des forces armées malgaches, comprenant gendarmes, policiers et militaires sont venus donner l?assaut à la base aéronavale d?Ivato. Il y a eu échange de coups de feu et un soldat a été mortellement touché. « Un militaire est décédé à la suite des échanges de tirs entre les hommes du général Randrianafidisoa et ceux de l?état-major mixte », a confirmé le service de presse du ministère de la Défense. Les responsables du service confient pourtant ne pas être en mesure de savoir d?où vient l?ordre d?attaquer.
Quelque temps après, il y a eu un arrêt des opérations et le général Raonenantsoamampianina, chef d?état-major de l?armée, est venu discuter avec les mutins. Il n?y a eu aucune arrestation et le général Randrianafidisoa a même pu se rendre en ville et faire une intervention dans une radio privée. Il y a déclaré qu?il ne « faisait pas un coup d?État, mais qu?il voulait tout simplement se battre contre l?illégalité ».
Joint au téléphone dans la matinée d?hier, le chef d?état-major de l?armée s?est contenté de déclarer que « la situation est en train de revenir à la normale » et d?ajouter « nous nous efforçons d?arranger les choses ». Quant au général Randrianafidisoa, il a déclaré à l?express de Madagascar, hier après-midi, que son action « visait surtout à combattre l?illégalité et à attirer l?attention de l?opinion sur les conditions de service dans l?armée ». Il a affirmé que « des négociations sont en cours pour une reconsidération des conditions financières et matérielles des militaires ».
Dans le camp gouvernemental, le coup d?éclat du général Randrianafidisoa, n?émeut pas outre mesure, même si l?incident a contraint Marc Ravalomanana à apporter une petite modification à son plan de campagne. En effet, le président de la République malgache était attendu à Ivato à l?aube hier matin. Il revenait de Bruxelles où il avait assisté à la conférence Aid for Trade. Le Premier ministre Jacques Sylla et d?autres membres du gouvernement étaient sur les lieux pour l?accueillir, mais ils sont rentrés chez eux après que l?avion présidentiel eut été détourné vers Mahajanga, la province de l?Ouest où il a atterri.
<B>« Un incident isolé qui ne mérite pas d?être considéré »
Comme Marc Ravalomanana avait prévu de visiter les régions occidentales de Madagascar pour la suite de sa campagne, il s?y est rendu directement sans passer par Antananarivo. Manifestement satisfait de la tournure des événements dans la capitale, le président de la République malgache, candidat à sa propre succession poursuit sa campagne dans la sérénité.
« J?ai trouvé un président très cool qui a fait un petit briefing avec ses collaborateurs, le temps du ravitaillement de son avion dans notre région », nous a déclaré Jean de Dieu Raveloson, chef de district Antsohihy, qui se trouve dans la province de Mahajanga.
Le ministre de l?Économie, des Finances et du Budget, Benjamin Andriamparany Radavidson qui fait partie de la suite de Marc Ravalomanana, relativise le coup d?éclat du général Randrianafidisoa : « C?est un incident isolé qui ne mérite même pas d?être considéré. Le président n?en fait même pas mention dans ses interventions », déclarait-il à l?express de Madagascar, à Mahajanga, hier en début de soirée. Entre-temps, le candidat Marc Ravalomanana continue sa campagne dans le nord-ouest du pays, où il remporte des succès d?affluence à chacun de ses meetings. Ils étaient presque 20 000 à l?attendre hier au stade municipal Mahajanga.
À Antananarivo, c?est le calme habituel. Les citadins vaquent à leurs occupations en attendant le prochain meeting des candidats qui se sont tous rendus dans les provinces en cette fin de semaine.
<B>Jérôme BOULLE et Lova RABARY-RAKOTONDRAVONY</B> d?Antananarivo
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