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Corée du Nord le spectre de la famine
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Corée du Nord le spectre de la famine
La Corée du Sud va fournir une aide alimentaire de 500 000 tonnes de riz à la Corée du Nord, ont annoncé les deux pays, le 12 juillet. Il s?agit de la cargaison la plus importante depuis le sommet intercoréen de 2000. Depuis, les fournitures ont été en moyenne de 400 000 tonnes par an. Cet accord survient alors que le Programme alimentaire mondial (Pam), contribue à nourrir les Coréens du Nord les plus vulnérables.
En attendant, dans les campagnes nord-coréennes, les citadines seront toujours à pied d??uvre. On les reconnaît à leur chapeau, à leur visage emmitouflé d?un foulard et aux longues manches de leur chemise. Depuis fin avril, les citadins sont envoyés aux champs pour le repiquage du riz et le désherbage.
Taches de couleur dans le vert tendre des rizières fraîchement repiquées, des milliers d?entre eux s?affairent, penchés sur le sol. D?autres se passent des pierres à la chaîne pour dégager le lit d?une rivière. Sur les routes, on croise des cars bondés qui vont vers la campagne ou en reviennent, tandis que, sur les bas-côtés, des groupes de « volontaires », assis par terre, attendent d?être affectés à une tâche.
À proximité des lieux de travail, des haut-parleurs perchés diffusent sans discontinuer des chants révolutionnaires ou folkloriques. Pendant la période de mobilisation générale, un fonctionnaire est aux champs de deux à trois jours par semaine et un étudiant pendant plusieurs semaines.
Ce que l?on peut voir dans un rayon de 150 km autour de Pyongyang est tiré au cordeau : rizières, champs de soja, d?orge, de maïs ou de pommes de terre. Sur les pentes des petites montagnes comme le long des routes, le moindre lopin de terre, le moindre remblai est défriché. La mécanisation est rare. Tout, ou presque, se fait à la main. On pousse, on tire, on ploie sous un fardeau : le transport des fagots, des semences est effectué à dos d?homme et sur des vélos de chaque côté desquels pendent des sacs. Le pompage de l?eau est manuel. L?effort est impressionnant.
Mais, cette année encore, la Corée du Nord enregistrera un déficit de près d?un million de tonnes de céréales. Dans les régions septentrionales, la situation n?a pas empiré, estiment des membres d?organisations internationales. Mais elle reste précaire, et le moindre facteur climatique négatif peut avoir de graves conséquences. À la suite de catastrophes naturelles entre 1995 et 1997, le pays a connu une famine dramatique : officiellement, 200 000 morts ; un million et plus selon les ONG.
Encore dépendante de l?aide extérieure, la Corée du Nord cherche à accroître les surfaces cultivables. Elle s?est lancée dans les doubles récoltes et de nouvelles cultures. Avec une production annuelle de 2 millions de tonnes, la pomme de terre, qui n?est pas un aliment traditionnel, fait désormais partie de l?ordinaire. L?élevage des chèvres est une autre innovation.
C?est à Gubine, à 80 km à l?est de Pyongyang, qu?a commencé cette activité. Autrefois perdue au fond d?une vallée « alpine », cette commune est aujourd?hui prospère. L?élevage des chèvres y a commencé en 1996, avec 300 têtes. Gubine en a aujourd?hui 5 000, et produira cette année 500 tonnes de lait.
<B>Une dangereuse déforestation</B>
Dans une fabrique rutilante équipée par la Suisse, des Coréens d?outre-mer et l?Armée du salut ? qui vient d?opérer un retour en Corée du Nord, où elle était présente jusqu?à la guerre de Corée, sont fabriquées 340 tonnes de yaourt.
Les deux tiers de la production sont destinés au système public de distribution. Le reste est écoulé via des réseaux privés. Les chèvres sont désormais omniprésentes et leur lait est une source de protéines. Mais l?animal arrache les racines des herbes, accentuant l?érosion des sols. Or, l?abattage des arbres pour le chauffage en l?absence de combustible et la conquête de nouvelles terres se sont déjà traduits par une dangereuse déforestation.
Ces terres, défrichées illégalement, continuent à s?étendre. « Nous n?avons pas les moyens d?importer de la nourriture et nous manquons d?engrais, d?énergie et de terres arables. Un jour, il faudra arrêter de conquérir des terres sur les hauteurs, mais, pour l?instant, nous n?avons pas le choix », dit-on au ministère de l?Agriculture.
<B> @ 2005 Le Monde ? Philippe Pons ? Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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