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Corruption électorale
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Le député Ashock Jugnauth joue son avenir politique devant le Conseil privé ce matin. Son élection a des chances d?être invalidée. De plus, en cas de verdict défavorable, il court le risque d?un procès au criminel pour corruption électorale. Il sera alors sérieusement menacé de prison. Mais prenons garde de préjuger de l?issue de l?appel qu?il interjette devant l?instance juridique suprême. Pour autant, on peut considérer comme acquis, d?ores et déjà, une prise de conscience de la nécessité de traiter le problème de la corruption électorale.
Quelle que soit la suite des événements, cette affaire marquera une étape importante dans l?histoire électorale. Les partis au pouvoir ont toujours accordé ou promis des avantages à des électeurs en échange de leur soutien. On avait fini par penser que la corruption électorale était une fatalité. Mais Raj Ringadoo, candidat battu de la circonscription Quartier- Militaire/Moka a changé le cours des choses. Il a contesté l?élection d?Ashock Jugnauth aux dernières législatives au motif qu?elle était entachée de corruption électorale. Il a gagné son procès devant la Cour suprême, ce qui constitue déjà une avancée.
Même si Ashock Jugnauth est le premier député trouvé coupable de corruption électorale par la Cour suprême, ce fléau sévit au vu et au su de tous depuis longtemps. Chaque gouvernement a tenté de soudoyer les électeurs sans que les magistrats, ni les instances de contrôle, n?interviennent. Des 21 000 emplois offerts peu avant le scrutin de 1982 aux «tempos» de Flacq/Bon-Accueil, en passant par les cahiers d?écolier de Beau-Bassin/Petite-Rivière, le folklore électoral n?a cessé de se dégrader. En général, l?on s?est accommodé plutôt bien de ces pratiques jusqu?ici. Ce ne sera plus le cas dorénavant. Grâce à la persévérance de Raj Ringadoo, le pays a pris la mesure du mal.
Condamnant Ashock Jugnauth pour corruption électorale, les juges Lam Shang Leen et Domah signalaient la persistance du problème: «There has always been an outcry of malpractices committed by the government in power by misusing its authority and most of the election malpractices are attributed to the partisanship of the government coupled with the electoral largesse to different sections of the community during election time.»
Les deux juges vont plus loin et indiquent le chemin du droit aux politiciens : «The incumbent government must ensure that their actions for example the making of significant appointments or the entering into major contracts or undertakings do not bind an incoming government ? To curb down that temptation, the idea of a caretaker government has been considered in many countries? Its duties consist solely of performing the day to day administrative jobs and it is not supposed to deal with policy functions which may influence the election results."
Cette recommandation des juges devrait inciter les dirigeants à adopter un «Fiscal Responsabilities Act». Cela fait dix ans que des politiciens en parlent mais sans passer aux actes.
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