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Corrigeons l?histoire officielle...
On serait étonné de savoir à quel point et dans beaucoup de cas comment l?histoire a été confortablement installée dans des fauteuils de convenance parce qu?il était plus facile et plus politiquement correct d?aller dans le sens des idées du moment. Un exemple parmi d?autres : juste après la Seconde Guerre mondiale en Pologne, un immense charnier d?officiers polonais fut découvert et connu comme le massacre de Katyn qu?on imputa d?abord aux Allemands parce que ces Allemands étaient les agresseurs du moment et qu?il fallait donc les charger de tous les maux. Alors que beaucoup savaient que c?étaient les Soviétiques qui avaient massacré tout l?état-major polonais. Ce n?est qu?il y a vingt ans qu?on a officiellement accepté l?origine de ce massacre parce qu?à l?époque il fallait faire plaisir aux communistes ! Avant ça les livres d?histoire parlaient catégoriquement du massacre de Katyn par les officiers allemands.
L?histoire de la colonisation et de la présence de l?homme blanc en Afrique souffre encore du même syndrome et il est souvent difficile aujourd?hui d?expliquer que les choses ne se sont pas passées exactement comme on veut nous faire croire. Au moment de la décolonisation, l?Afrique avait besoin d?une histoire taillée sur mesure pour la glorifier et stigmatiser ceux qui malgré des erreurs de parcours l?avaient développée souvent malgré elle. Au même titre que les fashion victims il existe aussi des history victims. C?est à eux que je m?adresse sans pour autant croire que je détiens la vérité absolue. J?ai tout simplement le sentiment de tenir dans la main une lampe qui va essayer de chercher dans une autre direction pour éclairer l?histoire d?une lumière nouvelle?
C?est à ce titre que je vais répondre point par point à Madame Prayag.
1- Messieurs Jesseramsing et Osman et mon attitude «non courtoise» envers eux. Je ne connais pas Monsieur Osman et ses compétences en matière de géopolitique. Par contre je sais qui est Monsieur Jesseramsing et c?est pourquoi je considère qu?un ex-diplomate de haut rang comme lui n?a pas le droit de venir dire qu?il n?y a pas eu de «rigging» électoral au Zimbabwe. S?il avait été le dernier venu en politique j?aurai pu comprendre que l?interprétation de ces choses si évidentes bute sur une méconnaissance du problème ou une naïveté pardonnable. Je soupçonne tout simplement Monsieur Jesseramsing de ne pas accepter certains faits patents afin d?alimenter des agendas cachés qui sont :
(1) de continuer à charger l?homme blanc dans sa dimension géopolitique pour ce qu?il a accompli à l?est d?Aden depuis les temps de la colonisation.
(2) de continuer d?excuser les dictateurs fous et sanguinaires sous prétexte qu?ils ont été les victimes du colonialisme.
Au sujet de débat sur le Zimbabwe lui-même, je voudrais rappeler certains faits historiques à Madame Prayag.
Entre 1890 et 1895 lors des débuts de la colonisation le Zimbabwe est presque vide : six cent mille individus répartis en plusieurs tribus dispersés sur 400 000 kilomètres carrés. Cette partie de l?Afrique est encore en proie à d?horribles massacres entre tribus. Cinquante ans avant l?arrivée des Blancs, les guerriers N?goni avaient mis fin à la dynastie régnante du royaume de Monomapata à l?issue d?un horrible carnage de plusieurs dizaines de milliers d?individus.
Entre-temps Mashonas, et Matabélés s?étripaient joyeusement et épisodiquement selon l?humeur de leurs chefs. On est très loin de l?image du pauvre Africain qui cueille des fruits et pêche paisiblement pour manger, et qui est brutalement envahi par des Blancs violents. Au risque de passer pour un horrible réactionnaire je dis et redis que Cecil Rhodes, lorsqu?il est entré en Afrique le 1er septembre 1870, venait apporter avec lui le progrès et le développement dont ce continent aurait eu besoin tôt ou tard pour faire face à la modernité du monde en marche.
Cecil Rhodes, n?en déplaise à Madame Prayag, avait eu, lui, la vision d?une Afrique qui prendrait un jour sa place dans le concert des nations développées. Et c?est très bien qu?on ait appelé ce pays Rhodésie car il rend hommage à l??uvre d?un homme qui a fait pour ce pays cent mille fois plus que beaucoup de leaders africains pour les leurs. En 1882, lorsqu?il commença à développer la Rhodésie, il apprenait à construire pour très longtemps. Si on comprend ça, on peut comprendre le reste.
Mais si on reste dans une logique qui consiste à affirmer que tout le mal africain vient de l?homme blanc, on ne pourra comprendre cette logique de développement qui plane très haut au-dessus des couleurs blanches et noires. C?est d?ailleurs la même logique de développement qui a amené l?Afrique du Sud là ou elle est aujourd?hui car sans les Blancs ce pays serait peut-être encore la proie des guerres tribales. C?est politiquement incorrect mais c?est vrai.
Ce que j?avance ne consiste pas à réécrire l?histoire mais à venir corriger certaines anomalies qui l?ont plombée pour longtemps.
Beaucoup plus que le poing levé du camarade Bob, le chemin de fer rhodésien par exemple permet déjà à l?époque au pays de vivre à l?allure du monde moderne au même titre que le Transaustralien, le Central de Java ou le Djibouti ? Adis-Abeba.
Ensuite, les rendements miniers étant médiocres l?homme blanc laboure la terre et fait de l?agriculture la base économique du pays. Au départ le travail introduit par les Blancs s?accorde mal avec la vie tribale qui consiste à danser et à palabrer. Moi aussi je préfère ça mais est-ce compatible avec le développement ? Pour mieux vivre l?homme blanc dit alors qu?il faut travailler.
Quant à l?apartheid décrit par Madame Prayag, il s?explique ainsi. L?homme blanc veut faire cesser les guerres tribales entre Matabélés et Mashonas qui se tapent dessus depuis la nuit des temps. En 1896, on introduit donc un laissez-passer de travail pour savoir qui va où et pourquoi. À partir de 1902, les Noirs enregistrés dans un district doivent y demeurer en attendant que Mashonas et Matabélés acceptent de vivre ensemble sans s?égorger. Il semble bien hélas que ces mesures auraient dû perdurer puisque dès son arrivée au pouvoir en 1980, le Shona Bob Mugabe fait massacrer entre 20 et 30 0000 Matabélés de la tribu de Nkomo pourtant son allié au gouvernement !
Et c?est ainsi en faisant régner une discipline de fer entre tribus noires que ce pays va devenir ce qu?il avait été jusqu?en 1990. Un pays riche où tout le monde mangeait à sa faim, un pays qui exportait sa viande, et ses céréales et qui faisait vivre les pays voisins qui en avaient tant besoin. En 1964, un rapport de l?UNESCO préparé pour la conférence des chefs d?états Africains d?Abidjan dit ceci : «La Rhodésie dépasse tous les autres pays du continent, Afrique du sud exceptée.» La balance commerciale rhodésienne a accusé en 1964 un bénéfice de 35 millions de livres. La scolarité touche 91,5 % de la population d?âge universitaire, contre 40,8 % au Nigeria, 29 % au Tanganyika, 15,9 % au Soudan, 7,7 % au Mali et 5 % en Éthiopie. Ça Madame Prayag, c?est réécrire l?histoire parce que ça on ne l?a jamais dit parce que ça n?arrangeait pas !
En 1965, lorsqu?il proclame unilatéralement l?indépendance de la Rhodésie, Ian Smith déclare que l?avenir de ce pays exige de donner à la population noire des techniques de travail, un esprit différent et finalement des droits pour qu?ils soient capables UN JOUR d?assurer eux-mêmes une part de leurs progrès et de n?être plus des enfants à charge de la communauté internationale, ce qu?une grande partie de l?Afrique est devenue aujourd?hui. Dans le même temps les nouveaux dirigeants rhodésiens expliquent qu?ils souhaitent la prospérité pour tous mais qu?ils doivent impérativement protéger les conditions qui mèneraient à cette prospérité pour Blancs et Noirs?
<I>«Commence alors la guerre civile avec d?un côté ceux qui ont fait croire qu?ils luttent pour la liberté et de l?autre ceux qui se battent pour protéger et maintenir un degré de civilisation dont ils ont été les outils.»</I>
Hélas pour l?Afrique, la rivalité politique instaurée dès le lendemain de la Second Guerre mondiale entre les USA et l?URSS allait jeter cette dernière à corps perdu dans la «défense des peuples opprimés». En Rhodésie cela se traduit par la création de mouvements terroristes ZANU et ZAPU dont le message et «Tuez, pillez, violez et détruisez ». Commence alors la guerre civile que l?on sait avec d?un côté ceux qui ont fait croire qu?ils luttent pour la liberté et de l?autre ceux qui se battent pour protéger et maintenir un degré de civilisation dont ils ont été les outils. Si c?est cette guerre que Madame Prayag appelle atrocités je pourrai lui en citer des nombres égaux de chaque côté.
Sur le plan international l?Angleterre, complexée par la soudaine montée du communisme se sent coupable là où elle se trouve en dehors de chez elle et laisse la porte ouverte à la démagogie qui, bientôt alliée à sa propre perfidie, va installer la politique de largage que l?on connaît.
<B>Les terres</B>
En 1965, les 200 000 Blancs qui ont développé la Rhodésie vivent sur bien moins de la moitié de la terre de ce pays (36 millions d?acres) et les Noirs possèdent 44 millions d?acres soit 53 % des terres. Le reste, 6 millions d?acres, n?appartient à personne (State Lands). Notons aussi qu?à ce moment-là un million cinq cent mille Noirs travaillent sur les domaines agricoles des Blancs et habitent soit dans leurs maisons soit dans les villes. Ce sont donc un million sept cent mille Blancs et Noirs qui vivent sur 36 millions d?acres alors que les deux millions cent mille Noirs restant vivent sur les 44 millions d?acres qui restent.
Au départ posséder la terre pour les nomades Matabélés n?a aucun sens. Après avoir épuisé les sols par des techniques de labour très rudimentaires ils quittent la parcelle de terre usée pour s?en aller ailleurs. Seul le troupeau qui suit les pérégrinations est symbole de richesse. Le droit coutumier ignorait la propriété de la terre.
La colonisation européenne renverse ces données naturelles. La civilisation arrive avec sa délimitation des terres, l?ordre, la stabilité et le gouvernement. Des nouvelles données qui s?opposent à un ordre naturel qui, de toutes les façons se serait écroulé un jour ou l?autre.
Déjà en 1914 le secrétariat d?État aux colonies anglais était sensible à la question des terres puisque la commission spécialement chargée de la protection des intérêts africains met à la disposition des Noirs 21 millions d?acres.
Mais cette terre ne produit peu ou pas car l?Africain n?est toujours pas soucieux du développement car il n?a pas compris encore ce que la civilisation pouvait lui apporter. C?est ainsi qu?en 1965, l?essentiel des richesses produites par la Rhodésie l?était sur des terres gérées par l?homme blanc.
<I>«Au même titre que les ?fashion victims?, il existe aussi des ?history victims?. C?est à eux que je m?adresse sans pour autant croire que je détiens la vérité absolue.»</I>
Ça aussi l?histoire ne vous le dit pas, Madame Prayag. Puis, comme le dit si bien Madame Prayag arrive le Lancaster House Agreement pour résoudre la crise issue du malaise des terres. Et c?est là où toute la mauvaise foi du monde vient faire croire encore une fois que le bon Noir a été la victime de l?affreux fermier blanc. Alors qu'en réalité le bon Noir a été la victime du président Mugabe, noir comme eux. Mais ça, Madame, on ne le dit pas car ça ferait désordre dans le paysage politiquement correct dessiné par les Tiers-mondistes de tous poils?
Ce qu?il faut savoir à ce sujet c?est que :
(1) en 1980 lorsque Mugabe arrive au pouvoir ceux qui ne l?acceptent pas vendent tout et s?en vont ailleurs dans les six mois qui suivent l?élection.
(2) Ceux qui restent sont les vrais. Ceux qui aiment leurs terres, ceux qui les ont développées.
(3) Les accords de Lancaster House prévoyaient un fonds de compensation pour dédommager les fermiers qui allaient être expropriés. Contrairement à ce que Madame Prayag avance plusieurs «willing sellers» fermiers ont vendu leurs fermes et ont reçu en contrepartie des sommes prélevées sur ce fonds de compensation. Mais les Anglais se sont aperçus après un certain temps qu?il y avait eu «misappropritaion of funds» car cet argent passait par le gouvernement zimbabwéen. C?est à ce moment la que le mouvement de compensation a été arrêté par les autorités britanniques.
(4) La fuite en avant du gouvernement zimbabwéen commence lorsque Monsieur Mugabe vole au secours du président Kabila au Congo pour des sombres questions d?intérêts que sa femme, grâce, possède là-bas. Ce corps expéditionnaire achève de ruiner l?économie du Zimbabwe.
(5) Ne voyant rien venir comme compensation, les vrais war veterans marchent sur Harare pour protester contre les autorités. Acculé, Mugabe lance alors ses partisans à l?assaut des fermes de la façon violente qu?on connaît afin de masquer l?énorme entreprise de détournements de fonds mise en place par la nomenklatura ZANU-PF.
(6) La meilleure preuve que les système compensatoire mis sur pied par les accords de Lancaster House avait commencé de fonctionner c?est que dans le cas des «willing buyers et willing sellers» le gouvernement disposait d?un «first refusal clause» et que ce même gouvernement a ensuite donné des «certificate of no interest» à ces fermes qu?il n?avait pas voulu racheter.
Mais je m?arrête là car mes cheveux recommencent à pousser.
<B>Jean Pierre LENOIR</B>
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