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COP15 : La conférence du compromis

14 décembre 2009, 20:00

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COP15 : La conférence du compromis

Dans les prochains jours, le sort de la planète sera décidé. Force est de constater que l’accord qui émergera de Copenhague ne sera pas à la hauteur des espérances.

Des dizaines de milliers de personnes se sont mobilisées dimanche à Copenhague pour clamer haut et fort leur souhait de voir les dirigeants politiques venir avec un accord «juste, ambitieux et contraignant» le 18 décembre. Leurs attentes seront-elles entendues dans les jours à venir ou bien seront-elles anéanties ? Si la réponse à cette question reste toujours insaisissable, la première semaine de négociations offre toutefois des éléments de réponse.

Pour commencer, tentons de cerner l’essentiel. La volonté politique est-elle là ? La présence de plus de 110 chefs d’Etat et de gouvernement tend à démontrer que la communauté internationale veut endiguer le problème du changement climatique avant qu’il ne soit trop tard. Toutefois, à en juger par les échanges de récriminations entre les pays développés et les pays émergents, il est clair que les plus gros pollueurs veulent quitter Copenhague avec le sentiment de ne pas avoir fait trop de concessions.

C’est cela la vraie tragédie de la COP15. Les deux derniers mois ont vu les ambitions des principaux acteurs décroître de façon significative. La fuite d’e-mails de l’université de East Anglia n’a pas non plus contribué à renforcer les engagements des uns et des autres. De nombreuses ONG ont accusé les négociateurs d’être arrivés dans la capitale danoise avec un sérieux «déficit d’ambition».

Alors que les pays développés et émergents continuent à se regarder en chiens de faïence, les petits Etats insulaires ont tout de même réussi à tirer leur épingle du jeu la semaine dernière en soumettant leur propre proposition à travers l’Alliance des petits Etats insulaires (APEI).

Intitulé «Proposition de l’APEI pour la survie du Protocole de Kyoto et d’un Protocole de Copenhague pour améliorer la mise en oeuvre de la Convention-cadre des Nations unies pour le changement climatique (CCNUCC)», ce document veut jeter les bases d’une «vision commune» pour les réductions de gaz à effet de serre à long terme. «Notre proposition met en avant des amendements visant à assurer une seconde période d’engagement pour le Protocole de Kyoto []]]]la première période expire le 31 décembre 2012], ainsi qu’un nouveau protocole qui pourra être adopté sous la CCNUCC avec des objectifs contraignants pour les États-Unis», a expliqué Collin Beck des îles Salomon.

L’APEI, qui représente les pays les plus vulnérables au changement climatique, n’en a donc que faire des affectations des poids lourds de la planète. Elle veut voir un – ou plutôt deux – accords qui contraignent tous les pays à réduire leurs émissions de manière à limiter le réchauffement à 1.5 ºC. Pour l’instant, leurs efforts ont été vains. Selon la communauté scientifique internationale, il faudra des réductions globales de GES de 25 à 40 % d’ici 2020 et de 80 à 85 % d’ici 2050.

Gouffre immense entre pays riches et pauvres Parmi les gros pollueurs, seule l’Union européenne (UE) se dit prête à réduire ses émissions de GES de 20 % (éventuellement de 30 %). Les États-Unis ont pour leur part dressé la barre des réductions à 17 % (par rapport aux niveaux de 2005). Les pays émergents ont, quant à eux, pris l’initiative de réduire les émissions par habitant, ce qui entraînera néanmoins une hausse globale de leurs émissions. La survie des petits Etats insulaires est donc loin d’être assurée. Faute de vouloir entreprendre les efforts nécessaires pour «contrôler» les hausses futures de température, les pays riches sont-ils disposés à débourser les sommes nécessaires pour permettre aux pays vulnérables d’atténuer les impacts du changement climatique et de s’adapter à celui-ci ? Là aussi, le gouffre qui sépare les attentes des pays pauvres des engagements des pays industrialisés est grand. À l’entame de la conférence, le secrétaire exécutif de la CCNUCC, Yvo de Boer, avait dit espérer voir la création d’un fonds de $10 milliards par an pendant les trois prochaines années pour l’atténuation et la mitigation. Les pays pauvres et émergents estiment cette somme dérisoire.

L’objectif de la première semaine des négociations était d’élaborer la structure d’un accord potentiel afin de permettre aux décideurs de venir apposer leur signature sur des engagements chiffrés en fin de semaine.

Selon une source proche des négociations, il reste encore du chemin à faire avant de trouver une formule qui puisse satisfaire tous les partis. Ce qui laisse très peu de temps aux chefs politiques de revoir leurs ambitions à la hausse.

En fait, très peu de pays sont venus à Copenhague dans un état d’esprit propice à un deal historique. Au mieux, l’accord qui émergera de Copenhague sera un accord de compromis et, au pire, un accord de compromission. On pourra toujours placer nos espoirs en la COP16 qui se déroulera au Mexique en décembre 2010.

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