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Contrepoints
<B>Par Eric NG PING CHEUN</B>
Après les deux éditions spéciales pré-budget et post-budget, le baromètre retourne à l?édition normale. Un mois après la présentation du budget 2007-08, les analystes économiques et financiers confirment le bel optimisme qu?ils affichaient dans leurs premières réactions des mesures budgétaires. Ainsi, 93 % d?entre eux demeurent optimistes sur les perspectives de notre économie sur un an.
Le mot est lâché. Lors du dernier baromètre, nous disions entrevoir un boom économique d?ici 2010. On est aujourd?hui plus à l?aise de susurrer le mot ?boom? même à l?oreille des plus incrédules ! En octobre dernier, lorsque nous affirmions que les estimations de la comptabilité nationale annonçaient un printemps économique, certains se montraient très sceptiques. En janvier, ils finissaient par y croire, mais précisaient que la reprise économique ne profiterait qu?au ?big business?. Maintenant que l?idée d?un éventuel boom économique devient acceptable, ils ne l?attendent même pas se réaliser : ils l?assimilent déjà pour dire qu?après le boom surviendrait la récession?
La dernière trouvaille donc, c?est que le problème n?est pas le boom, mais le ?boom and bust?. Or, c?est aller vite en besogne que de dire que l?économie mauricienne va sombrer après une période de croissance soutenue. La gestion de l?économie est un art qui consiste à composer des politiques en superposant des mesures d?ajustement. Sachant qu?une croissance créatrice d?emplois et non inflationniste reste le point central de toute politique macroéconomique, il est bon de faire ressortir quelques points secondaires, mais ayant une réalité propre.
Premier point : un gouvernement ne crée pas à dessein un boom économique. Il ne fait qu?établir des conditions favorables à son émergence. Lorsque le boom prend corps par la magie de la main invisible, aucune main interventionniste ne pourrait le maîtriser. On n?arrête pas le progrès ! Deuxième point : il n?y a pas de choix à faire entre un boom sur une courte période et une croissance modeste sur une longue période. Dans toute politique, on a pour objectif d?optimiser la croissance, c?est-à-dire la maximiser sous contrainte de rareté. Comme nos ressources sont rares, nous ne pouvons nous permettre de laisser passer des opportunités de croissance. Les mêmes personnes favorables au contrôle des prix cherchent maintenant à contrôler la croissance ! Ce prurit de vouloir contrôler des phénomènes économiques vient d?une vieille tradition travailliste qui, si elle est suivie, risque de caler la croissance.
Troisième point : le cycle économique, défini comme la succession régulière des périodes d?expansion et de contraction, trouve ses causes dans le fonctionnement même de l?activité. Le comportement des variables est soumis à des lois qui se perpétuent et qui constituent un cadre obligé de la vie économique. Si la structure de l?économie est fondamentalement cyclique, alors on ne peut espérer l?abolir, mais seulement prétendre l?atténuer.
Quatrième point : l?évolution de nos taux de croissance depuis 1984 indique une atténuation de nos cycles économiques en ce sens que les expansions durent plusieurs années alors que nos récessions durent une année, précisément en 1999, en 2002 et en 2005. A mesure qu?elle évolue vers les services, notre économie deviendra encore moins volatile. Pour autant, les autorités doivent développer une politique monétaire plus prudente, une meilleure supervision bancaire et une plus grande efficience des marchés financiers en vue d?aplatir les fluctuations cycliques.
Cinquième point : on sait que c?est une politique monétaire laxiste qui rompt les équilibres économiques et mène vers une récession inévitable mais nécessaire. Il faut croire qu?en relevant assez brutalement le taux d?intérêt, la Banque de Maurice (BoM) a envoyé un signal clair aux établissements du crédit pour qu?ils réallouent le capital vers les activités rentables. Mais la gestion des agrégats monétaires sera délicate avec de grosses entrées de capitaux sous forme d?investissements directs, d?investissements de portefeuille, de prêts et de dons. Les 500 millions de dollars d?investissements de Tianli, les 200 millions de dollars des autorités chinoises en bons du Trésor et les 830 millions de yuans de prêts auront pour contrepartie 27 milliards de roupies, soit 14 % du montant actuel de notre masse monétaire. Une telle injection de liquidités dans le circuit monétaire risque d?anéantir les effets à long terme du resserrement du taux d?intérêt.
Sixième point : il y a déjà excès de liquidités dans une situation où la demande de bons du Trésor s?avère deux fois supérieure à l?offre. Cela permet à la BoM de ne pas répercuter la hausse de 0,75 % de son taux directeur sur les taux des obligations publiques. Pour éviter la taxe sur les intérêts, les liquidités excédentaires trouvent un débouché naturel dans le marché boursier malgré un faible rendement de l?action de 3,2 %.
Dernier point : c?est l?excès de liquidités qui entretient artificiellement le boom à la Bourse de Port-Louis. Pendant que la Banque de Maurice ignore l?inflation des actifs, les analystes ne se soucient guère du prix du pétrole ni du déficit courant de notre balance des paiements. Belle concordance de vues qui rend taboue l?idée d?une chute inévitable du marché boursier.
En deux ans (2004 à 2006), le Semdex a progressé trois fois plus vite que le ?Gross Operating Surplus? enregistré au niveau national.
A 59 % du produit intérieur brut, la rentabilité des entreprises est pourtant à un record historique. En assumant que celle-ci continuera de croître au détriment du pouvoir d?achat des salariés, les analystes tablent sur une éternelle hausse du Semdex, sans se rendre compte qu?elle sera un facteur d?instabilité sociale. Un boom boursier qui précède de loin un boom économique ne peut être qu?une bulle financière. Les chargés de communication auront à expliquer à la population pourquoi la bulle éclatera au moment où nous serons en plein boom économique. La Bourse et l?économie réelle dansent toujours sur de fausses notes de partition quand elles n?évoluent pas en contrepoint.
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