Publicité

Construire vert - Les solutions qui marchent

19 juillet 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?OR BLEU : TROP PRECIEUX POUR ETRE GASPILLE

« J?ai un système de traitement qui recueille toutes les eaux usées et qui fonctionne avec un minuteur. L?avantage, c?est que je n?ai pas d?inondation de la fosse septique pendant les périodes de pluie et que j?arrose mon jardin », témoigne Jérôme K?nig, un habitant de Tamarin. Comme le village ne possède pas le tout-à-l?égout, notre homme a tout simplement décidé d?installer un système lui permettant de recueillir l?eau usée, de la traiter et de l?utiliser pour le nettoyage, le lavage, ou encore le jardinage. Alors que le pays est régulièrement en proie aux sécheresses et que nous subissons des coupures, les récupérateurs d?eau pourraient être une des solutions pour pallier à la fois à cette pénurie, mais aussi permettre de faire des économies. « Je ne pollue pas l?environnement et je récupère l?eau du bain ou encore de la vaisselle », poursuit Jérôme K?nig. S?il s?en tient à la récupération d?eau usée, il est tout aussi possible de capter l?eau de pluie. L?un des avantages, et non des moindres de cette pratique, c?est que le ciel n?enverra pas la facture ! L?eau de pluie peut, par exemple, être stockée dans une citerne, puis traitée afin d?éliminer les bactéries. Petit calcul : le besoin en eau de pluie ou usée diffère selon son usage. Un foyer mauricien consomme entre 9 m3 par mois et 12 m3 d?eau pour l?arrosage et l?habitat (toilettes, lave-linge et autres). Sachant que la CWA facture Rs 5,50 à un foyer consommant entre 0 et 10 m3 et Rs 6,50 à un foyer consommant entre 11 et 20 m3 d?eau, c?est une économie variant de Rs 49,50 à Rs 78 dont on peut bénéficier. Et sur le long terme, ça rapporte gros.

L?ECOLOGIE A UN PRIX? OU PRESQUE

Construire vert est tout d?abord un choix culturel, un changement de mentalité bien plus que pour se donner bonne conscience. Car si le coût de la consommation d?énergie continue à grimper aujourd?hui, investir dans un système qui réduit cette dépendance ne représente pas forcément une économie. En effet, si le choix d?installations « écolos » coûte environ 30% à 40% plus cher que des équipements conventionnels, c?est surtout parce que l?industrie de la construction ne s?est pas adaptée au concept de développement durable. C?est l?avis de Harish Goojah, un jeune entrepreneur qui ambitionne de construire une maison « écolo » dans le Nord de l?île. « Une maison toute faite coûte aujourd?hui environ Rs 1 000 le pied carré. Inclure une planification écolo augmente ce prix à Rs 1 500 avec la main-d??uvre et les techniques de cons-truction actuelles. » C?est pour cela qu?avec son partenaire français Olivier Dupré, Harish Goojah a cherché à adapter des techniques de construction françaises à sa maison.

« Avec ces techniques, je fais environ 30 % d?économie sur la construction, et environ 35 à 45 % d?économie sur ma consommation d?énergie une fois la maison construite. » Un investissement qui vaut le coup.

L?AERATION NATURELLE

Pour sa maison, Harish Goojah a prévu un vide-sanitaire. Cet espace de quelques centimètres de haut, situé entre le terrain et le plancher du bâtiment sert d?isolation. Les remontées d?humidité de la terre sont alors éliminées par la ventilation naturelle du vide obtenu et les bouches d?aération. Il existe d?autres solutions qui requièrent plus d?argent, à l?image du puits canadien. Il s?agit d?un système de climatisation encore méconnu à Maurice et ses performances sont remarquables. Ainsi, lorsque la température extérieure est de 31,5° C à l?ombre, l?air pénétrant dans le puits canadien est à 19,5° C. Le principe consiste à faire passer, avant qu?il ne pénètre dans la maison, une partie de l?air extérieur par des tuyaux enterrés dans le sol à un ou deux mètres. En hiver, le sol est plus chaud que la température extérieure: l?air froid est donc préchauffé. Et en été, le sol est plus froid que l?air extérieur, et ce puits va utiliser la fraîcheur du sol pour tempérer l?air qui entre. Ce type d?installation conviendrait parfaitement aux résidences situées dans des régions sèches et chaudes de Maurice. Exit alors les climatiseurs gourmands en électricité, et dont l?entretien coûte souvent les yeux de la tête. Selon les sites Internet dédiés au sujet, l?installation d?un puits canadien ne coûterait que 300 euros, environ Rs 12 000. Un investissement peu coûteux, et qui serait rapidement rentable, vu le coût de l?électricité qui ne cesse de grimper.

SOLEIL OU VENT = ÉLECTRICITÉ

Dores et déjà, le chauffe-eau solaire est répandu à Maurice. Il reste cependant encore à produire sa propre électricité grâce aux panneaux solaires ou encore aux éoliennes domestiques.

Car tôt ou tard, les énergies renouvelables constitueront une part importante dans notre consommation d?énergie ! La preuve, c?est qu?avec le prix du pétrole qui flambe, les factures d?électricité feront tourner bien des têtes. Et par souci d?économie ou d?intérêt pour l?énergie durable, les consommateurs se tourneront vers les énergies renouvelables.

Et au CEB, on s?active au projet qui permettra à des foyers de devenir des Small Power Producers (SPP). Le coup d?envoi sera donné en 2009, ce qui permettra aux Mauriciens de produire leur propre électricité et même d?en revendre l?excédent au CEB.

Dans ce domaine, le modèle réunionnais est une référence en la matière. Car à l?île de la Réunion, les foyers sont autorisés à produire jusqu?à un maximum de 30 kilowatts. Mieux, ils revendent les mégawatts excédentaires au réseau de l?opérateur EDF.

À Maurice, les fabricants estiment qu?un kilowatt d?énergie produit par l?éolien pourrait coûter Rs 80 000, alors que l?énergie photovoltaïque pourrait, elle, revenir à Rs 200 000 le kilowatt. Il faut savoir qu?une maison moderne consomme 3,5 kilowatts d?électricité en moyenne par jour. Et pour produire un kilowatt d?énergie solaire, il faut que 13 mètres carrés, soit l?équivalent de la surface d?une chambre, soient recouverts de panneaux photovoltaïques.

Dans les milieux autorisés, on estime que, d?ici 2018, la production d?électricité par le solaire, l?éolien et l?hydroélectricité permettra au pays de produire 65 % de son énergie à partir de sources renouvelables. Entre-temps, au niveau du CEB, un consultant étranger a été recruté pour conseiller le gouvernement sur les paramètres techniques du projet SPP et recommander le feed-in-tariff, à savoir, le prix auquel le CEB achètera de l?électricité produite par les particuliers.

L?OPTIMISATION DE L?ÉNERGIE

L?optimisation de sa consommation d?énergie est un sujet d?actualité, et cela demande une volonté pour bien faire les choses. Et quand on parle de ce concept, on a immédiatement en tête les ampoules à basse consommation. Même si leur prix peut décourager certains, elles trouvent aujourd?hui preneurs.

Deven Dahlia, directeur du bureau d?études ProFive, confie d?ailleurs que « depuis quelques temps, tous les bureaux d?études, prennent en compte deux aspects importants pour tout nouveau projet : les économies d?énergie et la protection de l?environnement ». Car, comme l?explique notre interlocuteur, « les gens deviennent de plus en plus soucieux de l?environnement ».

Signe que les choses ne se font plus comme avant, la nouvelle tendance, dans le secteur de la construction par exemple, est la Home Automation. Ce système centralisé permet des astuces comme l?allumage des lumières dès que l?on insère sa clé dans la serrure, ou l?extinction des lumières dès que quelqu?un quitte une pièce et ferme la porte.

De plus, la Home Automation peut être programmée selon les besoins du foyer. Par exemple, l?allumage des lumières de certaines pièces peut être prévu à une heure spécifique. Si cet investissement représente un coût supplémentaire dans le budget pour construire une maison, une bonne gestion de l?énergie électrique peut facilement faire économiser entre 15 % et 20 % sur la facture d?électricité.

Si cette démarche n?est pas toujours directement liée à une attitude « verte », investir dans un mécanisme qui aide à optimiser son utilisation d?électricité peut tout aussi bien aider dans la gestion des combustibles fossiles.

BÂTIR MALIN

C?est un fait, les constructions à Maurice pêchent par manque de planification. Gourmandes en énergie, pas écologiques et coûteuses, elles ne sont plus adaptées au contexte socio-économique actuel. Face à cette situation, de nombreux architectes proposent des solutions, parfois très simples, pour réduire la facture et protéger notre environnement.

Par exemple, avant d?entamer les travaux, il faudra vous assurer de la bonne orientation de votre maison. Vous profiterez ainsi d?une excellente luminosité et vous parviendrez à mieux réguler la température intérieure. Le salon est la pièce à vivre par excellence. Il doit être clair, panoramique, chaud en hiver, frais en été.

Les chambres doivent, de préférence, être orientées à l?est pour profiter du soleil levant, mais rester fraîches en fin de journée.

Il existe, par ailleurs, des auvents qui offrent, selon Tony Lee, d?Eco-sis Ltd, une ventilation adéquate à l?intérieur. « Le design intelligent ne doit pas se limiter seulement à la maison, mais aussi à l?exposition des murs au soleil », explique ce promoteur qui ouvrira prochainement un complexe résidentiel. Il existe, en outre, des gestes sim-ples qui abaisseront la température intérieure : fermer les volets dans la journée, aérer la nuit, étein-dre les appareils électriques... Pensez à mettre des plantes dans la maison comme à l?extérieur. Tous ces gestes sont économi-ques, écologiques et vous aideront à rafraîchir votre demeure.

Par ailleurs, de nombreux autres matériaux de construction naturels sont des alternatives viables au bon vieux parpaing. Toutefois, note Tony Lee, les solutions à proprement parler sont limitées à cau-se des conditions climatiques de l?île. En revanche, pour ce qui est des séparations entre les pièces, vous pouvez opter pour des panneaux en fibre de bois, en liège, ou encore en cellulose. Ces matières assurent une parfaite isolation phonique et thermique.

QUESTIONS À PRIYA BHADAIN-HURDOWAR, « PRODUCTIVITY EXECUTIVE » DU NPCC

« Imaginez une île Maurice sans plages ! »

Des icebergs qui fondent, nos plages menacées, n?est-ce pas un peu alarmiste venant du « National Productivity and Competitiveness Council » (NPCC) ? Pourquoi avoir choisi cette orientation pour l?« Innovators? Mauritius Award » ?

Mieux vaut prévenir que guérir ! Les gens ne se rendent pas compte de ce qui se passe autour d?eux. Nous avons mis le doigt sur une réalité, choquante, inquiétante?mais si nous n?agissons pas dès maintenant, ce serait malheureux de le dire, l?île Maurice ne sera plus connue pour ses belles plages. Imaginez une île Maurice sans plages ! Que me diriez-vous ?

Il vous suffit d?aller faire un tour dans le Sud de l?île ou même à Flic-en-Flac pour constater l?avancée de l?érosion. Tout d?abord, je tiens à préciser que c?est un comité qui a travaillé sur le thème. Le choix d?eco-living pour la troisième édition de l?Innovators? Mauritius Award cadre aussi avec la vision du gouvernement de faire de Maurice une île durable.

L?année dernière, la compétition avait peiné et n?avait finalement pas accordé de premier prix. Pensez-vous que cette année certains Mauriciens arriveront avec des idées originales ?

Je ne suis pas tout à fait d?accord avec le choix du mot « peiné ». C?est vrai que le Gold Award n?avait pas été décerné dans les éditions précédentes. Mais l?Innovators? Mauritius Award opère dans un cadre dont les paramètres sont définis, et il en va de même pour la sélection des projets pour un Gold/Silver ou Bronze Award. C?est peut-être une leçon à tirer ? nous ne sommes pas encore une nation innovatrice. Mais cela ne veut pas dire que les Mauriciens ne pensent pas, au contraire. Au niveau mondial, notre indice d?innovation pour 2001-2002 était de 1,71 et le chiffre est revu à la hausse : 3,60 en 2007-2008 pour le World Economic Forum. Nous avons, cette année, choisi un thème beaucoup plus large, eco-living : cela peut avoir attrait à notre style de vie, à notre façon de manger, au moyen de transport, au bâtiment écologique, à l?énergie : le choix est vaste. On veut que ce thème touche tout le monde. En fait, la devise pour 2008, n?est autre que : On peut tous faire une différence.

Nous devons encore attendre, mais on a au moins sensibilisé une majeure partie de la population.

Cette compétition éveillera sans doute la conscience mauricienne, mais le NPCC n?est qu?un maillon de la chaîne. Comment s?insère cette orientation dans la politique des institutions de l?Éat aujourd?hui ?

Le changement de mentalité des Mauriciens est un travail de longue haleine, qui est aussi un des objectifs du NPCC. D?ailleurs, notre stratégie est de viser la compétitivité et la productivité. Dans ce contexte, la première stratégie qui ressort, c?est la promotion de l?innovation. Quand nous parlons d?une conscience écologique, cela demande un effort national. Tout d?abord, il faut changer notre mentalité et ensuite, adopter un mode de vie qui montre une conscience écologique. Le NPCC a réalisé que cette dégradation écologique au niveau mondial et à Maurice est un problème qui demande tant l?implication des individus que celle des institutions et des gouvernements. On est ravi de voir qu?au même moment le gouvernement a pris ce problème en main et que le ministre des Finances, dans son budget a fait, une provision financière de 1,3 million de roupies pour l?île Maurice durable.

La Rédaction

Publicité