Publicité

Connexion trop chère et trop lente

24 mai 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Faire de Maurice une cyber-île est une gageure que nos autorités ont tenté de relever. Le succès est au rendez-vous. Ou presque. L?accès à l?Internet est d?importance capitale pour se targuer d?un tel titre. Or, les tarifs restent élevés malgré un taux de connexion croissant. Et avec la baisse du pouvoir d?achat des ménages mauriciens, s?offrir une connexion Internet devient un engagement financier lourd à tenir. Par contre, pour les entreprises, la connexion à l?international s?avère souvent bien trop lente.

En 2003, l?Information and Communication Technologies Authority (ICTA) avait lancé un appel d?offres à l?attention de fournisseurs d?accès à Internet. Une quinzaine de compagnies ont répondu à l?appel. Mais la réalité est que nous sommes loin de comptabiliser autant d?opérateurs. Est-ce à dire que le secteur n?est pas totalement libéralisé ? Ou plutôt que la concurrence ne peut soutenir la domination d?un opérateur en position quasi monopolistique ?

Pour le moment, les vitesses de connexion restent incomparables à celles qui ont cours en Europe. Bien entendu, les réalités techniques ne sont pas les mêmes. Cela dit, l?entrée de France Telecom dans l?actionnariat de Mauritius Telecom (MT) prévoyait dès le départ un apport technologique d?ampleur. Nous restons, au final, sur notre faim.

Shyam Roy, directeur général d?Emtel, estime que «ce n?est pas possible qu?un pays qui se dit cyber-île ne puisse offrir une connexion à 8 mégabits à ses internautes». Son entreprise compte d?ailleurs baisser ses tarifs d?ici la fin de l?année en augmentant la vitesse de connexion offerte à ses usagers. La concurrence affûte ses armes dans un domaine qui pour l?instant semble stagner.

Dependance du cable optique safe

La position quasi monopolistique de MT est un frein à toute initiative visant une baisse des prix et une amélioration de la connectivité. Selon Rémi Loyer, directeur de la compagnie Iroise et responsable du groupe de travail Internet de la Chambre de Commerce et d?Industrie France-Maurice (CCIFM), «le secteur de fourniture d?accès à Internet n?est pas libéralisé. Il n'y a pas de concurrence sérieuse comparable à l'Europe ou l'Asie, notamment à cause du poids de la dépendance des infrastructures possédées par MT.» Pour autant, cela explique-t-il une baisse sans cesse repoussée des tarifs ? On évoque le contrôle des tarifs par l?ICTA. Emtel en attend du reste une réponse pour ses nouveaux tarifs.

Cependant, l?excuse ne semble pas tenir. Rémi Loyer détaille ainsi la structure des coûts en soulignant que les prix ne devraient pas être si élevés. Si l?on s?intéresse, entre autres, aux «coûts de la recherche et des équipements d'infrastructure» : ils ne sont pas assurés par Maurice et sont amortis à l'échelle mondiale ; donc toute chose étant égale par ailleurs, les Mauriciens ne devraient pas payer plus cher que les autres».

Maurice dépend en outre du câble à fibre optique SAFE. Le projet d?un second câble ayant été abandonné, le goulet d?étranglement que représente le câble à l?international est un handicap majeur, surtout pour les entreprises. En substance le risque de performance réduite à l?international est reconnu.

Le directeur de la compagnie Iroise s?interroge également sur «le coût pour l?exploitation des licences Orange et le coût pour le câble SAFE». Ces deux données sont aussi à prendre en considération dans la structure des tarifs proposés. Car de nombreux professionnels dont l?activité dépend des connexions Internet se plaignent de la lenteur du débit. Ainsi, les vitesses de connexion à Maurice sont qualifiées de «déplorables». Pour le moment, les segmentations de débit en dessous de 1 Mbps sont les plus utilisées.

Le président de l?ICTA, Trilock Dwarka, rappelle que «l?opérateur historique fait la vente en gros de l?ADSL en direction des fournisseurs d?accès Internet. L?ICTA analyse les tarifs qui lui sont proposés afin qu?ils reflètent aussi la réalité des coûts d?opération». Cela explique en partie les prix élevés actuellement en cours.

Une révision à la baisse des tarifs de l?Internet est à l?étude. En vérité, en septembre 2006, les tarifs de l?ADSL ont connu une baisse. Cependant, les abonnements restent trop élevés si l?on tient compte du pouvoir d?achat, des vitesses de connexion et de la volonté de faire de Maurice une cyber-île.

Avec cette ambition, Maurice devrait pouvoir se targuer d?un taux d?équipement des ménages bien supérieur, de vitesses de connexion qui n?ont rien à envier à celles des pays du Nord, de grilles tarifaires compétitives et d?un panel d?opérateurs plus important. Nous en sommes loin. Néanmoins, le dégroupage du câble SAFE concourra, selon Trilock Dwarka, à la stimulation de la concurrence et donc à une baisse des tarifs.

COMPARATIF DES COUTS

L?Internet à Maurice reste relativement cher. C?est le constat que font les opérateurs économiques qui utilisent l?Internet dans le cadre de leurs activités. Ainsi, la Chambre de Commerce et d?Industrie France-Maurice (CCIFM) travaille sur la question. Plusieurs entreprises, tant françaises implantées dans l?île que mauriciennes, ne sont pas satisfaites des services offerts. Or, la vitesse de connexion et le coût sont des constantes avec lesquelles ces entreprises doivent faire. Les débits offerts à Maurice 128 kilobits par seconde (kbps), 512 kbps et 1 Méga bps sont considérés comme obsolètes. Il est vrai qu?en Europe, les connexions de vitesse inférieure à un méga sont de plus en plus rares. Comment travailler avec l?étranger lorsque la vitesse de connexion est limitée ? Comment travailler lorsque l?on sait que le câble SAFE est engorgé et que la connexion internationale est donc réduite ? Il s?agit d?un réel problème que montrent du doigt ces entreprises, notamment des investisseurs venus s?installer suite aux campagnes de la cyber-île du «Board of Investment», surtout à Paris. La CCIFM épingle en premier les coûts des connexions. Pour les particuliers, le tarif, à mesure équivalente, est 4,2 fois plus élevé à Maurice qu?en France. Pour les entreprises, le rapport est de 4,1 fois plus cher à Maurice. Pire, il n?existe pas d?offres intermédiaires pour les moyennes entreprises. Elles sont donc contraintes d?opter pour des offres moins avantageuses. Concernant les services, les vitesses de connexion apparaissent dérisoires, même «déplorables», si l?on tient compte de celles qui sont courantes à l?étranger.

Par ailleurs, la télévision par Internet n?est pas vraiment utilisable. Le débit ne permet pas une utilisation optimale de cette technologie. Pour finir, en comparant les offres en France et à Maurice, les tarifs locaux ne sont absolument pas en ligne avec une quelconque démocratisation de l?accès à l?Internet. En principe, le salaire minimum en France est de 1 100 euros et l?abonnement ADSL (avec Internet illimité, téléphone gratuit et illimité, télévision par Internet) coûte environ 30 euros. L?abonnement ne représente dans ce cas que 2,5 % du revenu minimum.

Par contre, avec un salaire moyen d?environ Rs 8 000, un abonnement ADSL à environ Rs 1 000 représente pour un Mauricien moyen 12,5 % de son salaire. Bien entendu, les réalités socio-économiques ne sont pas les mêmes. Justement, l?accès à l?Internet n?est donc pas une réalité à Maurice. Pire, il participe au creusement d?un fossé entre ceux qui peuvent avoir accès à cette technologie, donc à l?information, et ceux qui ne le peuvent pas. Ce hiatus se retrouve d?autant plus en milieu scolaire.

Publicité