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Comment s?en sortir

7 octobre 2006, 20:00

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«Quand nous avons un problème, il faut trouver la solution. Nous sommes dans un contexte économique où nous voulons éponger le déficit budgétaire. Il faudra peut-être trouver une solution alternative. Mais le péage s?est fait ailleurs et nous le prenons en considération. » Déclaration du Premier ministre expliquant les hésitations du Conseil des ministres devant les recommandations de Jonathan Richmond. Ce consultant étranger, employé par le gouvernement, a soumis une liste de mesures à adopter pour décongestionner la circulation à Port-Louis.

Et devant ce que certains ont, par la suite, qualifié « d?ignorance du contexte mauri-cien », le consultant a même souligné l?importance de mesures drastiques pour faire face à l?immobilisme des autorités depuis son dernier rapport. Il a, ainsi, insisté sur le fait qu?un mode de transport alternatif seul ne suffirait pas à décourager les gens à utiliser leur voiture. D?où l?idée d?avoir recours à un péage à Rs 100 pour entrer à Port-Louis aux heures de pointe.

Les partis concernés seraient, bon gré mal gré, tombé sur un consensus selon les autorités et ils n?attendent que la volonté politique pour amorcer le début des dernières recommandations. En effet, le bruit court chez les techniciens que les propositions drastiques de cet énième rapport soulignent l?urgence de la situation. Mais sans l?aval politique, la situation empirera. Et on laisse entendre que, devant l?impopularité des mesures qu?il faudra alors appliquer, ce sera de nouveau le retour à la case départ, ce qui est le cas actuellement.

Mais il faut aussi savoir que les embouteillages monstres ne touchent pas seulement ceux qui se rendent vers Port-Louis, aux heures de pointe, mais aussi ceux qui en viennent, augmentant alors la densité des véhicules sur l?autoroute. Ce problème préoccupe les autorités depuis longtemps déjà, mais devant l?impopularité des mesures qu?il faudrait prendre, les nombreux rapports commandités ont été relégués aux oubliettes.

<B>Tracé dégagé à 90 % seulement</B>

Mais les dernières recommandations du consultant semblent faire l?impasse sur certains points. Et là les choses se compliquent, même si, selon les autorités qui disent n?attendre que la décision politique, ces points « bénins » seront considérés par la future Land Transport Authority.

La première pierre d?achoppement porte sur le tracé même de l?ancien chemin de fer qui relie Curepipe à Port-Louis, sur lequel devrait se trouver le Bus Way. Et là, les autorités avouent elles-mêmes que ledit tracé n?est dégagé qu?à 90 %. En effet, cet itinéraire est « occupé » sur plusieurs points par d?autres activités, parmi lesquelles on retrouve le marché de Quatre-Bornes, le marché de Rose-Hill (Arab Town), le bureau de poste de Beau-Bassin et de nombreuses zones résidentielles dans les environs de Sodnac.

De ce fait, l?utilisation de la route préconisée impliquerait une opération massive de Compulsory Land Acquisition par les autorités. Mais pour l?instant « ce ne sont que des détails, qui n?inquiètent pas les ingénieurs », répondent ceux qui cautionnent le projet. « Ces points seront traités par la Land Transport Authority. Mais, a priori cela ne devrait pas poser de problème. »

Mais, selon d?autres sources proches des autorités, la viabilité du projet est sérieusement mise en doute rien qu?à cause de l?itinéraire choisi pour le Bus Way. La raison avancée : le tracé passe à travers un quartier huppé de Sodnac, où vivent plusieurs hauts cadres de différents ministères et d?autres personnes influentes.

Les autorités locales disent ne pas être au courant de la situation. Varen Andee, le maire de Beau Bassin-Rose-Hill, affirme : « Nous n?avons pas reçu de proposition formelle. Il faudrait, à mon avis, voir les implications d?un tel projet pour la ville. Avant de prendre une quelconque décision, il faudrait que les autorités locales soient consultées. Je pense que le ministère des Administrations régionales et les autres instances concernées vont nous consulter avant de mettre le projet à exécution. Je ne sais pas,à ce stade, si ce sera possible ou pas. »

Quant au maire de Quatre-Bornes, Suren Appadoo, il estime que toute décision concernant la ville des fleurs doit se faire en consultation avec les autorités concernées. « Comme vous le savez, Quatre-Bornes est une des villes qui seront touchées par ce projet. La zone qui s?étend de Hill Crest jusqu?au marché se trouve sur le tracé du Bus Way. À ce jour, je n?ai pas été informé d?une quelconque mise en chantier. J?attends la décision du gouvernement central et nous aviserons alors en conséquence », affirme le maire de la ville des fleurs.

Si les autorités municipales attendent une décision formelle du gouvernement, ce n?est pas pour autant qu?elles ne se tiennent pas informées des modalités du projet. Ainsi, le lord-maire de Port Louis, Reza Issack, déplore le fait que la capitale ne survivra pas éternellement.

« Nous ne voyons pas la lumière au bout du tunnel. La situation empire de jour en jour. Ici à la municipalité nous ferons ce que nous avons à faire, mais la décision finale revient bel et bien au gouvernement central. »

<B>Une marge de man?uvre réduite</B>

L?autre casse-tête que les autorités qualifient de « détail » concerne l?infrastructure autour des points de départ d?arrivée des autobus. Aucun aménagement n?est prévu à ce stade pour amorcer l?arrivée des bus dans le centre-ville de Port-Louis. Devant la marge de man?uvre réduite qu?offre la gare Victoria, on parle du Champ-de-Mars comme éventuel terminus. Mais là encore, il reviendra à la Land Transport Authority d?y mettre bon ordre, et les autorités balayant ces « détails » d?un revers de main.

Enfin, les opérateurs, qui depuis de nombreuses années plaident pour le Bus Way, se réjouissent que le gouvernement veuille aller dans cette direction, contrairement à ce qui a été dit récemment.

« Il n?y aura pas de problème pour Rose-Hill Transport », affirme ainsi son directeur général, Sanjiv Goburdhun. Cette compagnie a développé une stratégie qui lui permettra de s?adapter facilement à la nouvelle configuration du système de transport en commun si la formule des lignes dédiées aux autobus est adoptée par le gouvernement.

Ainsi, depuis trois ans déjà, 30 minibus de la compagnie assurent la navette entre Rose-Hill est Camp-Levieux, en passant par Beau-Bassin et d?autres localités. Les questions qui préoccupent Sajiv Goburdhun sont d?ordre plutôt pratique. Il cite, entre autres, la nécessité de bien agencer les horaires aux différents points de départ. Mais rien de tout cela n?a été soulevé jusqu?à présent, du moins pas avant la mise en place de la tant attendue Land Transport Authority.

Autant de points qui justifient le silence du Conseil des Ministres à ce stade. Jonathan Richmond fait ce pour quoi il était payé, mais outre la question sur-médiatisée du péage, le dossier du Bus Way est loin du projet prêt à être appliqué qu?on veut bien faire croire. Toutefois, la seule certitude de ce débat demeure le fait que le public attend depuis trop longtemps qu?une solution soit trouvée pour mettre un terme à la congestion routière, et le temps presse.

<B>Les propositions de Jonathan Richmond</B>

■ Frais de péage de Rs 100 pour les voitures et Rs 200 pour les véhicules de marchandises entrant dans la capitale entre 7 et 10 heures le matin.

■ Élimination des parkings dans les rues de la capitale.

■ Imposition sur les espaces de parking privés.

■ Interdiction de plusieurs rues de Port-Louis aux véhicules pour permettre aux autobus de quitter le Bus Way et de man?uvrer dans la capitale pour déposer les passagers le plus proche possible des bureaux.

■ Une nouvelle voie pour contourner le centre.

■ Réforme du réseau routier qu?empruntent les autobus et révision du tarif avec une majoration sur les tickets de bus en période de pointe. Ceci permettra aux compagnies de maximiser leurs activités et de moderniser leur flotte.

■ Un bus lane sur l?autoroute entre St-Jean et Port-Louis.

■ Raccordement de la Terre-Rouge-Verdun Road à Réduit.

■ Une politique pour maintenir un système de financement visant à l?amélioration des routes et à la mise en place des projets.

■ Amélioration de l?espace pour la circulation des piétons dans la capitale.

■ Introduction du flexi-time.

■ Élimination des ronds-points sur les autoroutes en faveur d?intersections avec des feux de signalisation.

■ Réforme du système de taxis.

■ Suppression des opérateurs illégaux de taxis et autres minibus ou vans.

■ Un plan pour l?amélioration et la réhabilitation du réseau routier.

■ Un plan pour intégrer le réseau routier au développement foncier afin de faire de Port-Louis une attractive city.

■ Création d?une nouvelle Land Transport Authority pour réunir, sous un même toit, toutes les instances concernées par le trafic routier.

<B>« Bus Way » :

L?ultime solution ?

Le tracé du Bus Way préconisé par Richmond, et cautionné par les techniciens du ministère devrait reprendre la route de l?ancien chemin de fer. Cette ligne, dédiée aux bus, sera desservie par des véhicules aux standards minimaux équivalents à ceux des Blueline. Dans un premier temps, des bus de 11 mètres emprunteront ce tracé, et on projette d?introduire des modèles « accordéon », avec une envergure de 17 mètres, une fois le projet arrivé à maturité. Toutefois, ce tracé n?est dégagé qu?à 90 %,selon les autorités. Appliquer le projet de Bus Way impliquerait d?énormes travaux de Compulsory Land Acquisition dans certaines régions commerciales et résidentielles des hautes Plaines-Wilhems. De plus, aucune provision n?a été faite pour les infrastructures aux alentours de Curepipe et de Port-Louis en ce qui concerne la circulation de ces chenillesmécaniques dans un environnement urbain.

<B>Il était une fois? les rapports</B>

De nombreuses études ont été faites et maints rapports ont été soumis aux autorités mauriciennes au cours des dernières années. Et de tous les études et rapports soumis aux gouvernements successifs, certains ne sont jamais sortis des tiroirs. Des tonnes de documents et des sommes pour le moins conséquentes ont été investies dans ces études. Si certaines institutions ont financé ces expertises, c?est surtout la Banque mondiale qui aurait mis la main au porte-monnaie.

1997- Rapport de CITRA ? groupe de consultants français sur le métro léger.

1997- Rapport de Scott Wilson Kirk Patrick sur le métro léger et le Bus Way.

2001- L?équipe de consultants Halcrow Fox soumet un document sur l?Integrated Transport Strategy.

Le métro léger est alors préconisé comme moyen de transport.

2001-2002 : Une étude est effectuée par les consultants de la CIS, sur la construction d?une Ring Road à Port-Louis.

2004 : Le Professeur Menon, de Singapour, préconise, quant à lui, le Congesting Price, introduisant le concept de péage afin de décongestionner la capitale. Au cours de la même année, le Deputy General Manager de la CNT, Pradeep Kumar Dash, soumet un rapport sur le Bus Way et bon nombre de ses recommandations recoupent celles du professeur Jonathan Richmond.

2005 : L?Institut des ingénieurs mauriciens livre ses conclusions sur l?Elevated Highway.

2006 : Le professeur Jonathan Richmond fait une synthèse de plusieurs rapports et suggère l?introduction d?un Bus Way sur le corridor Curepipe-Port-Louis. Il recommande, entre autres, le droit de péage dans lafourchette de Rs 100 à Rs 200 pour limiter le nombre d?entrées à Port-Louis.

<B>En chiffres</B>

<B>28 000</B>

personnes se rendent à Port-Louis par autobus, en moyenne, pendant les heures de pointe, contre environ 35 000 qui y vont en voiture.

<B>73 %</B>

Tel est le volume de circulation qui se dirige vers la capitale aux heures de pointe et il concerne essentiellement les voitures, alors que les autobus ne représentent que 7 % de cette masse.

<B>62 000</B>

voitures entrent dans Port-Louis du Nord et du Sud de 7 heures du matin à 18 heures.

<B>500 000</B>

C?est le nombre de voitures privées que comptera Maurice en 2020, selon les prévisions, si un mode de transport alternatif n?est pas appliqué pour décourager leur utilisation.

<B>80</B>

Tel est le volume de voitures par kilomètre de route (densité routière) actuellement, alors que les prévisions tendent vers un niveau de saturation de 160 véhicules par kilomètre pour 2020.

<B>1,5</B>

milliard de roupies. C?est ce que la congestion routière coûte à l?État et, ironiquement, également la somme des dommages causés par les accidents, selon les chiffres de l?an 2000.

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