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Comme dans «Matrix»
Quand il parle du virtuel, c?est si réel. Que l?on est immédiatement transporté dans un monde de tous les possibles. Vous en connaissez beaucoup vous, de scientifiques qui ne s?abritent pas derrière un jargon ? Qui savent rendre les concepts les plus complexes aisés à comprendre pour l?intelligence moyenne. Ramesh Ramloll est de cette catégorie-là.
Pas simple de lui faire parler de lui-même, tant ses recherches le passionnent. Tant elles sont au c?ur même de sa vie. Et pendant qu?il nous parle de l?hôpital virtuel qu?il a créé. Des internes qui peuvent venir y pratiquer l?auscultation au stéthoscope, par exemple, ou encore les exercices d?évacuation du bâtiment, on imagine sans peine un homme passant de longues heures devant l?ordinateur. Oubliant l?espace et l?heure.
Un homme qui n?éteindrait pratiquement jamais son ordinateur. «Si, si», corrige sa femme Jayshree, «en général vers 2 heures du matin». Mais dit sans rancune, sans que cela n?ait l?air de déranger le couple. Monsieur et Madame ayant l?avantage de travailler ensemble.
Car s?il y a un facteur contre lequel le monde virtuel ne peut pas encore lutter, c?est bien les décalages horaires. Ramesh Ramloll vit pratiquement avec huit heures de décalage avec Maurice. Research Assistant Professor à l?Institute of Rural Health, à l?Idaho State University, il ne voit pas le temps passer. Tant il est passionné par ce qu?il fait.
Mettre les ordinateurs au service de la santé. Ou comme il le dit lui-même, «rendre les ordinateurs plus faciles à utiliser». À tel point qu?il est impossible de lui soutirer une réponse précise sur ses loisirs, sur ses sorties. Toutes les tentatives ? Dieu sait qu?au cours de la conversation, il y en a eu plusieurs ? seront infructueuses. À chaque fois qu?on lui demande à quoi il s?occupe en dehors de son projet d?hôpital virtuel ou des avatars (représentation virtuelle d?un être humain), Ramesh Ramloll y revient toujours.
Expliquant comment, avec une psy s?occupant d?enfants autistes, ils ont inventé une sorte de manège muni d?un écran et de caméras. «Car les enfants autistes évitent le contact visuel avec les autres, ils regardent soit par terre, soit ailleurs. On a voulu savoir où ils regardaient. Sur l?écran, on leur a mis un visage. C?est seulement quand ils regardent les yeux que le petit manège bouge.»
Paradoxal. Cet homme qui, on l?imagine, ne sort pas beaucoup, a pour moteur : «mettre les gens en réseaux», les faire communiquer, les faire collaborer. Car ? on revient toujours à «son» hôpital, il a été construit par des gens de partout dans le monde. Des spécialistes connectés sur la toile.
«Les enfants autistes évitent le contact visuel avec les autres; ils regardent soit par terre, soit ailleurs. On a voulu savoir où ils regardaient.»</I>
Cet intérêt soutenu naît quand il a 13-14 ans. À l?époque, Ramesh Ramloll est au Collège du St Esprit. Son père, un instituteur, fait des pieds et des mains pour lui acheter un ordinateur. D?autant que dans les années 80, c?est «surtout considéré comme une plate-forme de jeux». L?ado se fait la main : Pac man, Donkey Kong, Pong, il les découvrent tous. De joueur, il décide d?en faire son champ d?études. Après le Higher School Certificate (HSC), il décroche une bourse du Indian Institute of Technology à Kapur en Inde, pour y étudier Computer Science & Engineering.
À son retour, il est chargé de cours à l?université de Maurice, avant que ses recherches ne le poussent vers l?université de Lancaster pour son doctorat en computer science. Il enchaîne, en 2001, avec une thèse post-doctorale sur des équipements auditifs pour les malvoyants, à l?université de Glasgow en Ecosse, où il est également Research Assistant.
Le Nouveau monde l?appelle. Ce parcours académique lui ouvre les portes du National Rehabilitation Hospital à Washington. Avant qu?en 2004, il ne s?installe à l?Institute of rural health dans l?Idaho, dans l?Ouest américain.
Un CV éloquent. Que Ramesh Ramloll commente ainsi : «Je n?ai jamais vraiment planifié.» Difficile à croire. Tant ce cheminement respire l?effort, l?assiduité, l?enthousiasme académiques. Tant il veut, «nous sortir de l?isolation», car le monde virtuel est un «outil qui offre tant de possibilités».
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