Publicité

Choix difficile : sauver l?export ou combattre l?inflation

6 mai 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

A l?entendre, cela n?a pas été une sinécure pour Rundheersing Bheenick, gouverneur de la Banque de Maurice (BOM), de faire le choix entre sauver le secteur de l?exportation ? déjà aux portes de la débâcle ? et continuer résolument le combat contre l?inflation.

Bien que le Monetary Policy Committee (MPC) réitère sa détermination à ramener l?inflation à un niveau plus bas, sa principale mission étant «le maintien de la stabilité des prix et la promotion d?un développement économique ordonné et équilibré», il ne pouvait rester insensible au sort peu reluisant des entreprises d?exportation. Le MPC de la BOM, à travers son gouverneur, a tenu à s?expliquer sur la récente baisse du repo rate. Lors d?une conférence de presse hier, dans la matinée, il a énuméré les raisons qui ont motivé cette baisse intervenue vendredi, dans la soirée.

En effet, la BOM a procédé à la baisse de son taux d?intérêt directeur de 50 points de base. Cette baisse, la troisième depuis février 2008, ramène ce taux de 8,5 % à 8 %. De façon cumulative, le repo rate a perdu 125 points depuis le début de cette année. Son niveau actuel est plus bas de 50 points, si on le compare à son niveau initial de décembre 2006 (8,5 %), date à laquelle il fut introduit.

Mais Rundheersing Bheenick prévient que, cette fois, c?est bien la dernière. «La banque n?envisage plus d?autres réductions avant que ne soit observée une baisse soutenue du Headline et du Core 2 inflation», a-t-il averti.

Cette courageuse décision de baisser le taux d?intérêt a été prise de façon quasi-unanime, selon le gouverneur de la BOM. Et ce, malgré les difficultés (liées aux priorités de la banque) éprouvées par le MPC. D?ailleurs, la décision de baisser le repo rate est intervenue après «d?extensives consultations avec diverses parties prenantes de l?économie», selon le communiqué du MPC.

Les aléas du marché international</B>

En fait, sa décision a été basée sur différents facteurs. La révision à la baisse de la croissance économique et les difficultés qui rongent certains secteurs de l?économie locale, plus exposés aux aléas du marché international, ont été très déterminantes. En effet, la croissance économique à l?échelle mondiale est tombée de 0,5 %, se retrouvant à 3,7 %, selon les projections du Fonds monétaire international.

L?économie américaine connaît une récession modérée après la crise des crédits subprime.

L?Europe aussi a subi des répercussions de cette crise. Sa croissance économique à été révisée à 1,4 %, soit 0,2 % de moins. Même des économies émergentes telles que la Chine et l?Inde n?ont pas été épargnées. Leur croissance économique est rabattue de 0,7 % et 0,5 % respectivement.

A Maurice, le secteur manufacturier a subi de sérieux contrecoups. Cette situation a affecté autant les entreprises d?exportation que celles produisant pour le marché local. Selon le MPC, la situation du secteur manufacturier où, en décembre 2007, un total 101 867 emplois étaient en jeu, mérite une attention particulière. Les entreprises d?exportation, à elles seules, exposaient 67 314 employés au licenciement.

Selon le MPC, cette décision n?a pas été prise pour servir les intérêts de quelque secteur, «mais plutôt, elle est guidée par l?intérêt national». Force est d?admettre que le nombre d?emplois en jeu et le ralentissement des activités dans le secteur ont pesé lourd. D?autant plus que d?autres secteurs s?exposaient également à des risques systémiques, particulièrement le secteur bancaire, si les déboires du secteur manufacturier devaient perdurer.

Ainsi, «le secteur manufacturier a bénéficié de 11,4 % du total des crédits alloués par les banques au secteur privé. Sans compter que la majorité des employés de ce secteur ont contracté des crédits personnels ou immobiliers».

Cependant Rundheersing Bheenick tient à préciser que le taux d?intérêt ne doit pas être considéré comme étant le seul instrument indiqué pour juguler les revers de la croissance. «Toutes les parties prenantes de l?économie, y compris les décideurs politiques, les manufacturiers, les importateurs, les distributeurs, les consommateurs doivent contribuer pour arriver au bout de cette phase difficile», a insisté le MPC.

Il s?est réjoui, néanmoins, que ses précédents appels aux opérateurs économiques ont été entendus et ont commencé à porter leurs fruits. Selon le gouverneur de la BOM, les baisses de prix observées ces dernières semaines, découlant des appréciations successives de la roupie, contribueront à une réévaluation du taux d?inflation dans le moyen terme. Et ce, malgré la flambée continue des prix de l?énergie et des denrées alimentaires, entre autres.

La BOM a tenu à exhorter à la prudence lors de l?allocation des augmentations salariales. Cela, afin d?éviter les effets indésirables d?une création monétaire supplémentaire, qui pourraient affecter davantage la compétitivité chancelante des entreprises du pays. «Les augmentations salariales doivent être en conformité avec les gains de productivité», prévient le MPC.

Publicité