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Choix décisif pour l?Allemagne
Les élections ont commencé hier en Allemagne. Des millions d?électeurs devaient encore se décider quant à un résultat qui aura des implications majeures pour la réforme économique en Europe.
Moins de vingt-quatre heures avant l?ouverture des bureaux de vote, le chancelier Gerhard Schröder et sa rivale conservatrice Angela Merkel ont poursuivi samedi leur duel à distance pour séduire les électeurs encore indécis.
A moins d?un retournement spectaculaire, la chef de file de la CDU-CSU devrait cependant devenir la première femme à la tête de la chancellerie fédérale. Son accession marquerait une autre première: jamais un responsable politique issu comme elle de l?ex-Allemagne de l?Est n?a dirigé un gouvernement dans l?Allemagne réunifiée.
Mais la plus grande incertitude pèse sur sa capacité à former un gouvernement de droite avec l?appui des libéraux du FDP. Alors même qu?elle juge cette alliance indispensable aux réformes profondes qu?elle entend mener pour sortir de la crise la troisième puissance économique mondiale, Angela Merkel pourrait être en effet contrainte d?y renoncer et de se résigner à une ?grande coalition? avec le SPD.
<B>Une courte majorité</B>
Le Parti social-démocrate de Schröder a en effet réduit une partie de l?écart des chrétiens démocrates, qui, de plus de vingt points début juin, est tombé dans la dernière ligne droite à 7 à 9 points.
Les derniers sondages publiés vendredi annoncent une courte majorité pour la CDU et le FDP dans le futur Bundestag, renversant une tendance qui accréditait ces derniers temps le scénario d?une ?grande coalition?.
Rien n?est cependant totalement joué, et Merkel et Schröder, rompant avec la tradition, ont poursuivi leur campagne jusqu?à l?heure de clôture des bureaux de vote hier, à 18h00 (16h00 GMT).
Samedi, les deux têtes d?affiche ont tenu de nouveaux meetings, Schröder à Recklinghausen, dans l?ouest de l?Allemagne, et Merkel à Bonn, avec une attention particulière aux indécis dont le poids est sans précédent.
<B>Incertitude et appréhension</B>
?Au moment de voter, je vous demande de le faire dans un esprit de responsabilité et de penser à celui ou celle qui fera avancer l?Allemagne?, a déclaré la candidate de la CDU-CSU lors d?un meeting devant la cathédrale de l?ancienne capitale de la RFA.
Le chancelier sortant a, quant à lui, mis en garde contre les réformes encore plus draconiennes que prendrait un gouvernement de droite et qui déboucheraient, selon lui, sur l?injustice sociale. ?L?autre camp veut priver la population de ses droits?, a-t-il martelé.
Dix millions d?électeurs, sur un électorat de 62 millions de personnes, n?auraient en effet pas encore pris leur décision. Cette proportion, souligne Richard Hillmer, qui dirige l?institut de sondage Infratest Dimap, ?est plus haute que jamais à la veille d?élections législatives?.
Leur importance traduit l?incertitude et l?appréhension profonde de la population allemande face à l?avenir. Cinq millions de personnes sont exclues du marché du travail, le système des retraites est au bord de la crise, les écoles et les universités attendent des investissements, la démographie est en recul.
Les études d?opinion suggèrent que la plupart des Allemands admettent la nécessité de réformer le ?système rhénan?, mais ils sont indécis quant au rythme et à l?ampleur de ces réformes.
?Cela signifie que l?issue des élections allemandes sera la plus importante depuis des décennies, non seulement pour l?Allemagne, mais pour l?Europe tout entière, et qu?elle aura de la sorte de profondes implications sur l?euro et les marchés financiers?, analysent Julian Callow et Thorsten Polleit, économistes de Barclays Capital.
Vendredi soir, devant 10 000 partisans réunis sur la place Gendarmenmarkt, dans l?est de Berlin, Gerhard Schröder a insisté sur la nécessité d?une mise en oeuvre graduelle des réformes, indispensable à la sauvegarde de la justice sociale.
?Nous devons expliquer aux gens que nous ne pourrons conserver notre système social qu?à condition d?être prêts à le changer (...) Nous avons entamé ce processus et nous sommes les seuls à pouvoir le faire?, a-t-il dit d?une voix enrouée.
En meeting dans une autre partie de la capitale fédérale, Angela Merkel a appelé ses troupes à ne pas se démobiliser.
?Nous devons nous servir de ces dernières heures. Il y a de nombreuses personnes qui sont indécises, inquiètes, ou qui ignorent ce qui les attend. Nous devons leur donner du courage?,a-t-elle dit.
En 2002, Schröder avait réussi à s?imposer sur le fil après avoir été longtemps distancé dans les sondages par le candidat CDU Edmund Stoiber.
Le vote de dimanche est un ?tournant décisif?, a insisté Merkel. ?Il décidera du sort de l?Allemagne pour les années à venir.?
<B>James MACKENZIE</B>
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