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Choisir de grandir
Notre conscience professionnelle, encore elle, persiste à réclamer que l?on reste aussi respectueux que nous l?avons toujours été des choix éditoriaux de nos confrères. Elle nous suggère de faire fi des nouvelles critiques faites, dans son éditorial d?hier, par le rédacteur en chef de ?Le Mauricien? sur notre traitement de l?information, critiques d?autant plus désobligeantes qu?elles sont infondées. Cependant, Gilbert Ahnee nous donne une occasion de mieux expliquer à nos lecteurs la démarche journalistique que nous privilégions depuis quelques années. Il n?est en effet pas inutile que nous l?explicitions. Dans la mesure où elle est nouvelle dans le paysage médiatique, elle peut perturber quelques-uns. Une lectrice nous a d?ailleurs avoué l?avoir été.
Eliminons d?abord les confusions. Gilbert Ahnee nous reproche de manquer d?éthique parce que nous n?avons pas fait un compte-rendu fidèle du rassemblement du Comité interculturel pour le respect de la vie, qui remonte au 5 juin. ?L?express? et ?Le Mauricien? ont définitivement du mal à s?entendre sur le sens des mots. En évoquant l?éthique journalistique pour déplorer ce qu?il considère nos manquements, Gilbert Ahnee veut probablement parler de ?techniques?. L?éthique règle la conduite ?morale? du journaliste. Elle lui commande par exemple d?être équilibré, de donner la parole à toutes les parties. Les ?techniques?, en revanche, sont des outils qu?il utilise pour transmettre l?information.
Notre confrère brandit le choix d?une technique d?un genre particulier, le compte-rendu, pour justifier son respect de l?éthique. Mais quel est le rapport ? Son choix est technique, et n?a, à proprement parler, rien à voir avec l?éthique. Notre journaliste a fait sien le choix d?un traitement technique autre que le compte-rendu, tout en respectant les mêmes règles d?éthique dans le traitement.
Cette confusion dissipée, expliquons notre choix. Nous le justifions simplement par le fait que le compte-rendu, sorte de procès-verbal, est un genre qui a de moins en moins la cote dans la presse écrite, surtout depuis que la radio a l?avantage de pouvoir ?rendre compte? de l?information plus tôt. Par manque de formation, cependant, les journalistes locaux continuaient jusqu?à récemment à ne pratiquer que le compte- rendu. A la faveur de contact avec des professionnels étrangers, ils apprennent petit à petit à maîtriser les outils nouveaux. A ?l?express? du moins.
Notre démarche aura donc été d?utiliser ce rassemblement comme prétexte pour faire de la légalisation de l?avortement le sujet d?un papier où nous menions le débat. Nous avons donc posé le sujet, qui était la polémique et non le rassemblement, avant de confronter les arguments des uns à ceux des autres. Nous aurions pu brasser plus large, citer plus généreusement les intervenants, nous aurions pu être plus précis sur tels ou tels détails, mais là n?est pas la question. C?est le positionnement, l?angle d?approche adopté, qui a été mal compris.
?Le Mauricien? a choisi de présenter l?opinion des anti-légalisation un jour, celle des pro-légalisation un autre jour. Il semble penser que l?ancienne école est plus adaptée à son lecteur. Nous respectons son choix. Mais nous avons du mal à comprendre non seulement qu?il ne respecte pas le nôtre, mais qu?un professionnel des médias interroge une démarche somme toute reconnue par la profession. D?une lectrice habituée à un certain mode d?écriture qui s?étonne de lire un débat alors qu?elle avait, elle, assisté à toute autre chose, on peut sans doute le comprendre?
L?initiative de traiter ainsi l?information, de faire le tour d?une question afin d?en faciliter la compréhension pour le lecteur plutôt que de rendre compte de ce qui a été dit dans telle ou telle manifestation, nous la prenons aussi souvent qu?il nous est possible. Et à l?avenir, nous diversifierons de plus en plus notre traitement de l?information. Nous faisons d?ailleurs ces jours-ci le plein ?d?outils? : un de nos journalistes a repris hier son poste, après deux ans d?absence, avec une maîtrise en journalisme international de Londres; deux autres de nos jeunes reviennent après sept mois à l?Ecole des métiers d?information, à Paris. Nous sommes résolus à poursuivre dans cette voie non seulement parce que nous pensons éclairer mieux le lecteur par cette approche, mais aussi parce que celui-ci semble l?apprécier. Le dernier Media Focus de Taylor Nelson-Sofres indique que sur quatre lecteurs de quotidiens, trois choisissent ?l?express??
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