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Chikungunya : les recherches avancent
Le gouvernement français, confronté à l?épidémie de chikungunya à la Réunion qui touche près d?un habitant sur trois, a donné son «feu vert» aux chercheurs pour mettre au point un vaccin à partir de travaux américains et pour tester chez l?homme une molécule qui s?est montrée efficace en laboratoire.
Xavier Bertrand, ministre de la Santé, a indiqué qu?il avait donné son «feu vert» pour reprendre des travaux de développement d?un vaccin contre le virus à partir d?un vaccin expérimental anciennement testé aux États-Unis.
Si tout va bien, les essais pourraient commencer «avant la fin décembre 2006», et «si la souche américaine est aussi prometteuse que le pensent les scientifiques, nous pourrions avoir un vaccin disponible dans les 4 à 5 ans», a-t-il par ailleurs estimé.
«La piste américaine a démontré sur le plan expérimental une réelle efficacité», a-t-il dit en évoquant les tests sur les souriceaux et les singes. Mais il reste à vérifier son efficacité protectrice chez l?homme, a-t-il averti. «Il s?agit de ne pas donner de vains espoirs», a souligné le ministre, tant au sujet du vaccin que de la molécule, un médicament anti-parasitaire déjà commercialisé, dont les essais devraient commencer «en mai».
Après des tests préliminaires sur l?homme, publiés dans une revue spécialisée en 2000, le développement du candidat vaccin avait été abandonné aux États-Unis. «Probablement pour des raisons de crédits et parce que les priorités avaient entre-temps changé», a commenté Frédéric Tangy (CNRS-Pasteur).
Le vaccin (virus vivant atténué - souche thaïlandaise isolée dans les années 1960) est stocké en vrac par l?armée américaine. Avant d?envisager d?utiliser ces doses pour des essais cliniques, des vérifications sanitaires, dites de «requalification», sont nécessaires. Il s?agit notamment de «garantir l?absence d?autres virus (VIH, hépatite C, etc.) ou autres pathogènes tel l?ESB (vache folle) en raison de l?utilisation de sérum de veau», a indiqué le Pr Hugues Trouvin, de l?Afssaps (agence du médicament).
La prudence est de mise
«Dans les années 80, le développement des vaccins ne prévoyait pas ces vérifications (recherche d?agents infectieux) des lots vaccinaux», précise le Pr Antoine Flahault, président de la cellule nationale de coordination anti-chikungunya. Après ces vérifications relevant de «l?extrême prudence», les essais vaccinaux se feront d?abord sur un «petit nombre de volontaires», ajoute-t-il.
Autre piste prometteuse, le médicament qui s?est montré efficace contre le virus en éprouvette au laboratoire de virologie de la Timone (Marseille) du Pr Xavier de Lambarellie.
«Il s?agit de vérifier si cette molécule est efficace sur des malades en phase de virémie» (présence du virus dans le sang, ndlr), a souligné M. Bertrand. Si c?est le cas, sa «commercialisation pourrait démarrer au début 2007», a-t-il précisé.
Nombre de molécules efficaces en éprouvettes se sont révélées décevantes par la suite, a toutefois rappelé le Pr Flahault.
La molécule anti-parasitaire fera, a expliqué le Pr Flahault, l?objet d?un «essai curatif probablement sur 200 patients». Les médecins envisagent également un «volet préventif». «Au total 600 personnes seront englobées dans ces essais» médicamenteux, la moitié traitée, l?autre sous placebo, après répartition par tirage au sort.
Le nom de la molécule n?est pas révélé pour éviter «un engouement indu, dommageable pour les personnes», a ajouté ce spécialiste. Sans compter le risque d?effets indésirables de tout médicament, une ruée sur les pharmacies pourrait empêcher la conduite rigoureuse des essais prévus, selon les chercheurs.
AFP et Reuters
CHIC, LA MOLECULE EXISTERAIT DEJA
La plus grande surprise est suscitée par l? annonce, du CHU de Timone, à Marseille, qui aurait testé in vitro la molécule efficace contre le virus du chikungunya. Le plus étonnant reste que, selon le professeur de virologie Xavier de Lambarellie, l?agent actif en question «a déjà été utilisé par des millions de gens, est très peu toxique, et ne présente pas de souci de tolérance». Ainsi, la molécule qui a donné ces résultats positifs en laboratoire est déjà présente sur les étalages des pharmacies, dans des médicaments prescrits contre les affections parasitaires. C?est justement pour cela que Xavier de Lambarellie refuse de communiquer sa dénomination : «Ce serait irresponsable de donner le nom de la molécule, tout le monde risque de se ruer pour la prendre. Et la pire chose, c?est l?automédication, car cela peut créer des problèmes sérieux». Il souligne également que son efficacité in vitro ne démontre en rien son effet bénéfique sur l?homme. Une étude clinique va être réalisée en mai sur l?île de La Réunion. Si les essais sont concluants, une campagne plus étendue sera menée en 2007. Pourquoi un tel délai, alors que c?est aujourd?hui que les malades ont besoin d?un médicament ? «Il est hors de question que nous négligions la moindre étape du processus», a expliqué Xavier de Lambarellie.
LE VIRUS SE TRANSMET PAR VOIE SANGUINE
Un soignant du Gard atteint de Chikungunya aurait été infecté par contact sanguin lors d?une intervention chez une patiente porteuse du virus. L?investigation menée par l?InVS pointe en effet ce mode de transmission comme «le plus probable».
Exit donc le scénario du moustique réunionnais transporté dans les bagages de cette patiente au retour d?un séjour à la Réunion. Et pour cause. «Le soignant a réalisé un prélèvement sanguin sans gants, lors duquel il a été exposé au sang de la malade». En faisant fi des mesures élémentaires de précautions.
Le Chikungunya se transmettrait donc par voie sanguine. Pour l?InVS en tout cas, l?affaire est quasiment entendue. «Ces éléments amènent à conclure au fait que cet accident d?exposition au sang (AES) est le mode le plus probable de transmission de ce virus»
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