Publicité

Cheveux ?

18 mai 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les cheveux, comme les poils, les ongles, bien que tributaires de la chimie générale du corps, (consommateurs de vitamine B, entre autres) en sont indépendants, tout comme les griffes animales. Dépourvus d?influx nerveux, sauf dans le bulbe de leurs racines, ils sont insensibles ; et c?est pourquoi on peut les couper sans douleur, ni dommage pour le corps. Comme les ongles, qui sont objets de soins délicats destinés à embellir la main, prolonger la finesse des doigts, les cheveux, selon les goûts et les modes, ont toujours fait partie de la parure, modifiant au gré de chacun l?aspect et l?expression d?un visage. La femme, mais aussi l?homme, ont toujours eu le souci de leur chevelure?

Du côté masculin, les cheveux passaient jadis pour un signe de force. Rappelons-nous, à ce propos, l?épisode de la Bible, dans lequel Samson, juge d?Israël, est réputé tenir sa force de son abondante chevelure, ce qui lui permet de lutter victorieusement contre les Philistins, (à coups de mâchoire d?âne !). Dalila, perçant son secret, et profitant de son sommeil, lui fait couper les cheveux et le livre à ses ennemis? Ce thème fut illustré par Camille Saint-Saëns dans son drame lyrique « Samson et Dalila » : les cheveux de Samson, ayant repoussé, il retrouve sa force et renverse les colonnes du temple de Dagan, où périssent écrasés des milliers de Philistins? Jusqu?à nos jours d?ailleurs, les Juifs intégristes portent chevelure et barbe, insoumises au rasoir.

Chez les Gaulois et les Francs, la longue chevelure indiquait le rang royal. Pour le combat, les cheveux étaient serrés en tresses. En Occident, la tête rasée est une marque d?humiliation : on rasait les bagnards ; comme les prisonniers de la Terreur, hommes et femmes, en 1793. La fin de la dernière guerre s?illustra par ce spectacle navrant des « femmes tondues », celles qui avaient eu des relations avec l?occupant allemand, entre 1940 et 1944?

Dans la Chine ancienne, en Afrique, au Viêt-Nam, on observait la même coutume des cheveux longs. Lesquels, une fois ravis à l?ennemi, passent pour des trophées victorieux. Ainsi, le scalp du vaincu chez les Indiens Sioux. En Grèce et à Rome, on tondait les esclaves et les voleurs.

Quant à la coiffure féminine, notamment en Afrique, elle offre une grande variété traditionnelle, liée aux ethnies, aux âges et aux circonstances. Les divergences de coiffure sont des signes d?appartenance et d?identité, selon que la femme est mariée ou non, mère, veuve ou divorcée. Qu?elle se prépare pour une fête, une parade ou un mariage? Parfois, des postiches « gonflent » la chevelure, ce qui permet une décoration rituelle. On retrouve d?ailleurs toutes sortes d?usages comparables en Inde, au Pakistan, en Europe centrale, en Amérique du Sud, lorsque la tradition est demeurée assez forte. Nous avons en France une tradition comparable à l?occasion des fêtes de la mer, en Bretagne ; et pour les « félibrées » occitanes, qui sont des grandes fêtes de pays, magnifiquement décorées?

L?usage des coiffes, des cheveux nattés, des chignons, des chapeaux et des foulards reste vivace à travers toute l?Europe rurale. Les cheveux défaits peuvent signifier le deuil. Le cheveu restant imputrescible (au contraire du corps) explique l?usage des « mèches-souvenir », ce que l?on gardera d?une personne morte, comme un prolongement du vivant?

En Occident, c?est l?aspect de la parure qui a prédominé dès le xiiie siècle, faisant de la coiffure un ornement de la mode, allié à la toilette. La chevelure longue et libre a toujours magnifié l?harmonie d?un visage. Ce sont les commodités et les contraintes du travail manuel qui ont introduit, à l?époque moderne, l?usage des cheveux courts, laissant aux très jeunes filles la parure intacte de leurs cheveux blonds ou bruns. La coiffure « à la garçonne » des années 30 symbolisa la première « libération » de la femme, accompagnant le port du pantalon?

Le recours à la perruque remonte à l?Égypte ancienne, puis aux élégantes romaines qui apportaient grand soin à leur coiffure. Au Moyen Âge, désapprouvées par l?Église, les perruques se dissimulent sous des « guimpes » (voile léger) et s?ornent d?arceaux décoratifs.

De la Renaissance au siècle de Louis XIV, la coiffure féminine évolue vers plus de fantaisie, mêlant chignon et cheveux bouclés tombant sur les épaules. Elle est un élément capital de la toilette. Cette fantaisie se complique avec la coiffure « à la Fontanges » ? (Melle de Fontanges fut l?une des dernières favorites du roi) ? petite colline de rouleaux superposés?

Bref, la coiffure se prête à mille fantaisies, alliant esthétique et invention. Chez les hommes également, qui portent, à l?époque, cheveux longs et perruques? C?est que les cheveux sont le seul élément du corps qui permet, docilement, une originalité maximum sans dommage pour sa texture. Cheveux fous qui flottez au fond du Temps.

Publicité