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Chercher, trouver ?

28 octobre 2006, 20:00

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Le Général De Gaulle, qui fut à ses heures, volontiers pince-sans-rire, lança un jour cette boutade, à propos d?un vote de crédits supplémentaires destinés à la recherche pour le CNRS :

« En France, nous avons beaucoup de chercheurs mais peu de trouveurs? » Ce n?était ni très gentil, ni tout à fait vrai. Il est certain que dans tous les pays où l?on « cherche », les trouvailles restent rares. C?est moins une question de matière grise que de budget. C?est pourquoi l?on « trouva » beaucoup aux États-Unis. Parfois même, c?est le hasard qui trouva à la place des chercheurs et leur fournit ce qu?ils? ne cherchaient pas ! C?est un peu comme la tarte des s?urs Tatin. Si la tarte aux pommes, une fois cuite (et même un peu trop) n?avait pas glissé de la tourtière en se retournant sur le carrelage de la cuisine, il n?y aurait sans doute jamais eu cette recette tant appréciée des gourmets.

Ou bien ils inventent (au sens d?inventaire) ce qu?ils espèrent trouver. L?un des cas historiques les plus célèbres fut la découverte de la ville de Troie (Illion en grec) actuel village d?Afsarlik au nord-ouest de la Turquie.

Jusqu?en 1870, ce fabuleux récit d?Homère, « L?Illiade », immense poème fondateur de la tradition grecque, passait pour une légende ? récit d?une épopée fantastique de plus de quinze mille vers superbement racontée, mais pure légende, croyait-on. Il fallut attendre l?intuition passionnée d?un archéologue allemand, Schliemann, persuadé que cette fameuse cité de Troie ne pouvait pas se réduire à une fable, pour qu?enfin l?on se décidât à entreprendre des fouilles sur le lieu présumé du site?

On connaît l?extraordinaire « trouvaille » réalisée par l?équipe d?archéologues (Dörpfeld poursuivit le travail après la mort de Schliemann). Pas moins de huit villes successives avaient été reconstruites sur les fondations de la cité d?origine?

Cette recherche, tenace quoique risquée, livra de quoi satisfaire un chercheur acharné qui avait commencé par rêver à ce retour aux sources. Ainsi en va-t-il des chercheurs de trésors?

Et dans la vie que cherche-t-on ? À être heureux, mais encore ? Car le bonheur reste une aspiration bien vague, surtout quand elle est contrariée par les mille soucis du quotidien, sans même parler des drames et des horreurs qui endeuillent l?existence. C?est difficile le bonheur, et surtout fragile et fluctuant.

Pour l?animal, il suffit de satisfaire ses besoins élémentaires.

Pour l?homme, c?est beaucoup plus compliqué : c?est « réussir sa vie ». Globalement. Qui la réussit sa vie ? Quiconque estime l?avoir réussie. Pour y parvenir, les moyens et les méthodes diffèrent. On trouve de tout parmi les désirs : la force, la santé, la gloire, la richesse? On peut toujours rêver.

Jusqu?à ces derniers temps, les religions fournissaient leurs réponses. De plus en plus, pourtant, ces réponses ne paraissent plus suffisantes au plus grand nombre, à mesure que la foi dans l?absolu des doctrines est remise en question. La précarité de l?époque, la relativité du c?ur et de l?esprit, le coefficient d?incertitude de nos entreprises, tout nous incite à renoncer aux projets au long cours. À commencer par l?instabilité de la monnaie. Vivre à la semaine, au jour le jour, sans se préoccuper de quoi demain sera fait. Ce qui expliquerait, particulièrement en Occident, la vogue des disciplines spirituelles orientales comme le bouddhisme. Un des livres du maître bouddhiste vietnamien Thich Nhat Hanh s?intitule « La plénitude de l?instant ». C?est une sagesse du quotidien : comment vivre en pleine conscience dans l?instant présent?

Il est vrai que trop souvent nous nous déchirons entre le passé et l?avenir. L?un a disparu de notre champ d?action ; l?autre échappe à notre contrôle. Pourquoi se tourmenter à propos de sujets qui nous dépassent ? Louis Pauwels disait : « Les ennuis contre lesquels vous ne pouvez rien, faites en sorte qu?ils ne puissent rien contre vous. » Thich Nhat Hanh écrit : « Il nous faut simplement découvrir comment ramener notre corps et notre esprit dans l?instant présent. » Pour ce genre d?homme, la vie, déjà, est un miracle. Que chercher de plus ? Ce qui élimine les grandes questions : D?où venons-nous, où allons-nous ? (les plus avisés vous répondent : au Caudan, ou « chez Popo »). On a les certitudes qu?on peut. Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? « Parce que c?est plus gai » etc. Il y a une manière de répondre à tout.

En somme, nous ne possédons aucune réponse vraie, aucune certitude avérée. Nous sommes là et la Terre tourne. Cependant, le fait même de poser la question prouve que cette question se pose à nous. On lit, dans les dernières pages de « L?homme Révolté », cette phrase (si belle et si totale) d?Albert Camus : « Dans la lumière, le monde est notre premier et notre dernier amour. »

De son côté, Pierre Dac ? philosophe d?occasion, et qui n?eut jamais comme gourou que son « mètre soixante-trois » déclarait : « À force de chercher midi à quatorze heures, on finit par perdre son temps. »

Michel BÉDU

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