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Chaussure locale cherche bonne pointure

7 novembre 2004, 00:00

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Quelles chaussures mettrez-vous sous l?arbre de Noël cette année ? Celles qui sont faites localement, espèrent les fabricants mauriciens. Pourtant, rien n?est moins sûr.

En effet, les chiffres parlent d?eux-mêmes; les Mauriciens préfèrent les chaussures étrangères. Alors que l?importation tourne autour de 4 millions de paires par an, la production locale atteint à peine 500 000. Où est-ce que ça coince ? Il y a plusieurs explications, mais encore et surtout cette perception que « soulie deor pli bon ».

Maria Moutou, de Shoepoint qui importe ses chaussures du Brésil, est le témoin privilégié de cette mentalité. Elle estime que si les produits venant de l?étranger ont plus de succès, c?est parce qu?ils sont associés à la qualité. « Cette notion est ancrée dans la tête des gens. Dans la chaussure importée, il y a le finish, un style tendance, ce n?est pas du mastoc. »

Maria est catégorique sur un point : même si ce n?est pas donné de s?offrir une bonne paire de chaussures, les gens ne font pas uniquement leurs emplettes pour les grandes occasions. « Ils achètent tout au long de l?année parce qu?il faut des chaussures spécifiques pour aller avec certaines tenues. »

<B>Savoir mariertous les ingrédients</B>

Où est donc le problème ? Un fan des West Coast, trouve que les chaussures pour hommes Made in Mauritius sont trop « glacées ». Pour d?autres, les « pompes » locales se décollent vite, manquent de souplesse. On trouve aussi qu?elles manquent de finesse. Les professionnels avancent qu?à Maurice on ne peut pas se permettre d?investir dans des équipements high tech pour une population d?un petit million d?habitants.

« Vous imaginez, si on doit fabriquer des moules de différentes tailles pour un même modèle ? Avec notre petit marché, ce ne serait pas rentable », explique un fabricant.

N?empêche que si vous allez chez Gazella ltée à Port-Louis, vous trouverez pas mal de choses relevant de l?esprit contemporain. La vitrine est hors du commun. Ici, des modèles de semelles. Là-bas, des tiges sur de faux pieds. Plus loin, une variété de talons. Tout y est pour que vous composiez les chaussures de vos rêves. À l?intérieur c?est une vraie caverne d?Ali Baba. On y trouve des catalogues qui contiennent des billes, des boutons, des papillons synthétiques, différentes boucles, bref tout ce qu?il faut pour enjoliver. De plus, les talons se déclinent en aiguille, en carré, avec des décorations dorées? de quoi ravir les coquettes !

« La chaussure est comme un gâteau, il faut avoir tous les ingrédients et savoir les marier. » Ah Kwet Li Kwong Ken, le directeur de la boutique a repris le flambeau de Gazella en 1978. Ses affaires marchent bien. Il fait importe les matières premières d?Extrême-Orient et vend même des badges avec des noms du style « Sport Chacal », « Donne Ricco New York », « High Fires »?qu?on colle sur les chaussures pour leur donner du peps.

Malheureusement ça ne suffit pas. Joyce Lo, directrice de National Shoes (spécialiste en chaussures de sécurité) et membre de l?Association of Footwear Manufacturers explique que le fait même d?importer les matières premières, et de payer le fret les désavantage dès le départ. Elle garde toutefois l?espoir que les choses vont bouger, qu?il y aura une suite à la task force du ministère de l?Industrie et à l?expertise grecque.

« Il ne suffit pas d?imposer la taxe sur les chaussures importées. Cela nous aide certes, mais là n?est pas le problème principal. Il faut une synergie entre les instances concernées pour trouver des solutions concrètes. » Si Joyce Lo est prête à accueillir les projets de formation, ou l?implantation de nouvelles technologies, elle prône surtout une politique de sensibilisation. « Il faut promouvoir l?image de la chaussure locale, l?associer au textile pour créer une touche typiquement mauricienne. »

Il faut dire que Young Bros mise déjà sur le style, la modernité et marche avec son temps. L?entreprise se spécialise en savates et sandales. Elle réinvente l?élégance en ajoutant des paillettes sur des savates ou en gravant des hibiscus sur certains produits. Un simple modèle prend alors de l?allure grâce à ces détails. Pour Laval Young, le directeur, le facteur prix est primordial. « Nos produits coûtent entre Rs 99 et Rs 299. Nous voulons que les gens aient plusieurs savates. Si une fille porte un top rose, elle peut avoir des savates qui vont avec, et marier la couleur de ses habits avec celle de ce qu?elle porte aux pieds. Quand les prix sont abordables, on peut se permettre d?avoir plusieurs paires. C?est notre but. »

<B>Donner la garantie de la qualité</B>

Young Bros prépare déjà sa collection janvier 2005 avec du filet. Actuelle-ment, il se propose d?assurer la formation des jeunes qui voudraient entrer dans ce créneau. Des futurs stylistes de chaussures, peut-être ? « On ne prétend pas créer à 100 %. On s?inspire des modèles étrangers, on fait venir des matériaux d?Italie et on adapte tout cela au contexte mauricien. » Mettre de la couleur, innover, donner la garantie de la qualité, ce sont là les maîtres mots de Young Bros.

Mais des lacunes demeurent pour ce qui est des chaussures chics. Il n?y a pas une pléthore de marques mauriciennes, pas de collections contemporaines pour marquer les esprits. Pourtant les Mauriciens achèteraient bien des classiques réinventés, des bottines courtes en velours couleur cognac alliant à la fois la décontraction et une élégance de bon aloi.

« Les fabricants manquent de fonds », fait ressortir Ah Kwet Li Kwong Ken. La chaussure locale reste souvent cantonnée à la petite entreprise. La firme grecque Elkede apportera sûrement des solutions. Quoi qu?il en soit, il faut une volonté d?avancer avec audace, sans trébucher. Après tout, n?est-ce pas les nouvelles règles de la compétition aujourd?hui ?

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